La misogynie pourrait devenir un "crime de haine" au Royaume-Uni

Une grande avancée pour le Royaume-Uni ?
Une grande avancée pour le Royaume-Uni ?
Faire de la misogynie un "crime de haine" ? C'est là la dernière grande proposition de loi du Royaume-Uni. Une décision qui pourrait bien être historique. Et, on l'espère, renforcer la protection des victimes de violences.
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C'est une proposition potentiellement majeure que vient d'annoncer la Law Commission, la commission indépendante du droit d'Angleterre et du Pays de Galles. A l'heure des grandes révolutions féministes, l'organisme recommande une évolution juridique : considérer la misogynie comme "un crime de haine". Enfin ?

Rappelons ce qu'est la misogynie, selon le dictionnaire de référence Larousse : "A trait à l'individu qui éprouve du mépris, voire de la haine, pour les femmes ; qui témoigne de ce mépris". Oui, le mot "haine" est fondamental. Cohérent alors de voir cette violence traitée comme telle au sein de la loi. En ce sens, la Commission en appelle carrément à "une refonte de la législation", comme le souligne le Guardian. Selon le journal britannique, ce changement a pour but de "protéger les femmes", comme le font les lois prenant en considération le racisme, la transphobie, l'homophobie ou les discriminations que subissent les personnes en situation de handicap.

Commissaire au droit pénal, la professeure Penney Lewis explique le pourquoi de cette décision : "[Nous souhaitons] garantir que les femmes bénéficient pour la première fois d'une protection contre les crimes de haine car ils n'ont pas leur place dans notre société, et nous avons vu les conséquences terribles qu'ils peuvent avoir sur les victimes". A l'origine du débat ? La recrudescence d'appels de victimes, justement, dénonçant un harcèlement de rue systématique, phénomène que l'on peut considérer comme "un crime de haine genré".

CQFD.

"Un changement vital"

Et pourtant, cette proposition de la Law Commission ne fait pas l'unanimité. Au sein-même de la Commission du droit, on se demande encore si la question capitale du "crime de haine genré" devrait prendre en considération (et protéger) les deux sexes, ou simplement les femmes. Sur les réseaux sociaux, quelques anonymes y vont d'ailleurs de leur "Et la misandrie alors ?" [la misandrie désignant, à l'inverse de la misogynie, l'expression d'un mépris ou d'une haine à l'égard du sexe masculin, ndlr]. Réaction prévisible...

Toujours est-il que cette annonce amène avec elle d'autres propositions. Prendre davantage en compte l'incitation "délibérée" à la haine sur les réseaux sociaux par exemple. Renforcer le traitement au sein de la loi des "infractions aggravées" - agressions, harcèlement. Mieux protéger les femmes, tout simplement. En tête de cette révision, des députées, et parmi elles, la travailliste Stella Creasy. Au Guardian toujours, la politicienne le rappelle aux plus perplexes : "La misogynie entraîne des crimes contre les femmes". Pour la députée, améliorer la loi "aidera à détecter et prévenir les agressions sexuelles, les viols et les violences conjugales".

Les citoyennes britanniques l'espèrent également. "La Commission du droit considère que la misogynie devrait devenir un crime de haine. Enfin ! La loi reconnaît que les femmes sont maltraitées en raison de leur sexe. C'est une grande nouvelle !", se réjouit par exemple la militante féministe Charlotte Proudman. A l'unisson, la Fawcett Society, association luttant pour l'égalité des sexes et des droits des femmes au Royaume-Uni, considère que cette évolution judiciaire "est vitale". Ni plus ni moins.

C'est aussi là l'opinion de la députée écologiste Amelia Womack, qui s'est longtemps battue pour cette réforme. Sur Twitter, elle nous assure que "cette loi transformera la vie des femmes et des filles". Et la politicienne de conclure : "N'attendons pas un instant de plus pour faire de la misogynie un crime de haine".