Le business florissant des médecins "réparateurs de virginité" en Angleterre

Quand le patriarcat s'invite en salle d'opération.
Quand le patriarcat s'invite en salle d'opération.
Des médecins britanniques gagneraient une petite fortune en pratiquant des opérations chirurgicales au but spécifique : "restaurer" la virginité des jeunes musulmanes. A vomir.
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Quelques milliers de livres sterling. C'est la somme que reçoivent les chirurgiens britanniques qui acceptent de pratiquer des opérations aussi intimes que périlleuses sur de jeunes femmes de confession musulmane. A coups de scalpel, ils s'exercent à "restaurer leur virginité". C'est une réalité écoeurante que nous dévoile ce reportage du Sunday Times : ce commerce, aussi secret que considérable, de "revirginisation", qui perdure au Royaume-Uni.

A la source de cette industrie, les fortes pressions exercées par les parents (et frères ou oncles) traditionalistes. Ceux-ci cherchent à s'assurer de la virginité de leurs filles avant le mariage. Autrement dit, vérifier avec grande attention que l'hymen de celles-ci n'est pas déjà brisé - un signe de "pureté". C'est cette pression (pour ne pas dire cette menace) qui incite les jeunes femmes à avoir recours à une hyménoplastie. L'hyménoplastie est une opération chirurgicale consistant à reconstruire l'hymen d'une patiente, autrement dit à le "réparer", par le biais d'incisions et de sutures censées reconstituer une couche de peau sur ladite membrane.

Et les chirurgiens qui la proposent la facturent lourdement : 2 302 livres (2 689 euros) par patiente. En l'état, ce sont pas moins de 22 cliniques privées qui, aujourd'hui, surfent sur ce "marché" très rentable. Ni vu ni connu.

Le corps des femmes ? "Des biens d'occasion"

Ces lourdes opérations durent une heure et sont effectuées sous anesthésie locale, comme le précise Metro. "C'est une pratique épouvantable", assure une patiente anonyme au Sunday Times. Cette jeune musulmane de 18 ans a subi un mariage arrangé avec un homme plus âgé. Mais en parallèle, elle entretenait déjà (et dans le plus grand des secrets) des rapports avec un autre homme. Or, le Coran interdit les relations extraconjugales. Sachant qu'elle devait saigner le soir de son mariage pour ne pas susciter les réprimandes (physiques) de sa belle-mère et de son frère, la jeune femme a du s'en remettre aux services d'une clinique privée britannique. Le coût de l'opération ? 1 500 livres sterling (1 752 euros).

Cette décision prise dans l'angoisse et la précipitation, nombre de jeunes femmes l'ont déjà éprouvée. Et cela dépasse de loin les lits des hôpitaux. Comme nous l'apprend effectivement Metro, il est possible de trouver (et d'acheter) en ligne des kits "d'hymen artificiel" : dans ces boîtes, on découvre, entre autres choses, des poches de faux sang, employées pour mimer la cassure de l'hymen sur le lit conjugal. De quoi halluciner.

Ces hyménoplasties qui s'effectuent dans la peur et l'appréhension n'ont évidemment rien d'anodin. Elles disent toute la violence d'un système patriarcal dominant et répressif. Car quand les hommes cherchent à contrôler les femmes, ils s'en prennent toujours à leur corps. Et à leur sexualité. Dans ce cas précis, les futures mariées sont considérées comme des "biens d'occasion", fustige l'autrice, magistrate et défenseuse des droits de l'homme Aneeta Prem dans les pages du Sunday Times. On ne saurait mieux dire.

Comme l'énonce encore The Independent, l'indignation des nombreuses associations de protection des droits des femmes ne perturbent en rien ce commerce indigne. Des établissements hospitaliers, comme la Regency International Clinic de Londres, proposeraient encore ce type d'opérations aux jeunes femmes de confession musulmane. "L'addition 'hymen = virginité' n'est qu'un mythe. Mais alors que [dans certains pays] les femmes sont assassinées car leur hymen n'est pas intact, les médecins en profitent pour en recréer un. Cela n'existe que dans le patriarcat !", ironise avec amertume l'association de défense des droits des femmes FILIA.

Hélas, le mythe de la virginité n'est pas l'ingrédient le plus problématique de ce système de surveillance et d'instrumentalisation des corps. Soit dit en passant, la dignité masculine, elle, est bien trop rarement restaurée.