"Maman, ne va pas travailler" : la chanson sexiste qui crée le (bad) buzz en Chine

"Maman, ne va pas travailler" : la chanson sexiste qui crée le (bad) buzz en Chine
"Maman, ne va pas travailler" : la chanson sexiste qui crée le (bad) buzz en Chine
Un duo père-fille performé à la télévision chinoise a rapidement suscité la polémique. En cause, les paroles sexistes de la chanson, qui demande aux mères de ne pas aller travailler parce que les enfants ne sauraient pas avec qui jouer - et que de toutes façons, elles ne gagnent "pas beaucoup d'argent".
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"Maman, ne va pas travailler, ou je n'aurai personne avec qui jouer. Maman, même si tu vas travailler, tu ne gagneras pas beaucoup d'argent... Quand je serai grande, je ne laisserai plus maman aller travailler." Ces douces paroles ont été chantées lors d'une émission chinoise façon The Voice, sur la chaîne CCTV, par un duo père-fille qui pensait certainement toucher l'audience. Manque de bol, la séquence est certes devenue virale sur Weibo (réseau social chinois) mais abouti à un véritable tollé. La raison, s'il faut la préciser : le sexisme des mots composés par Yan Lifei, wannabe Henri Dès local et auteur-compositeur-interprète qui ne brille pas par son talent - et décidément pas par son progressisme non plus.

Les internautes, parents et féministes, n'ont d'ailleurs pas manqué de le tacler sur le choix de ses mots, rapporte The Guardian : "Il semble qu'il ait manqué d'amour de sa propre mère - peut-être qu'elle l'a abandonné il y a longtemps, avant que sa haine malicieuse des femmes ne devienne évidente dans ses paroles", a écrit l'un·e d'eux et elles. "Dégoûtant", signe un·e autre. "Je n'arrive pas à croire que ce soit écrit en 2019", lance un·e dernier·e.

Une discographie douteuse

Yan Lifei s'est exprimé sur le sujet, assurant qu'il n'avait pas voulu froisser la population, et s'était inspiré d'une situation rencontrée dans son foyer. Il aurait ainsi écrit cette chanson comme une "blague" faisant référence à sa petite fille qui pleurait à chaque fois que sa mère partait le matin. En ce qui concerne le commentaire sur le salaire en revanche (le merveilleux "même si tu vas travailler, tu ne gagneras pas beaucoup d'argent", qui ne sort certainement pas de la bouche de sa progéniture), il persiste et signe.

"En fait, ma femme doit travailler tous les jours, très dur, mais le salaire n'est pas très élevé. Je tenais à exprimer ce point. Je ne voulais pas blesser mes compatriotes féminines. Je suis très respectueux des femmes et je comprends aussi à quel point l'amour d'une mère est grand."

Si on fait un tour du côté de ses autres titres, les paroles parlent d'elles-mêmes. Cette fois, l'artiste n'aborde pas la maternité mais les relations amoureuses hétéros - et plonge une fois encore dans les bas-fonds du machisme. Pour preuve, le morceau I have a good wife (J'ai une bonne femme, en anglais), dans lequel il chante : "Ma femme, tu écoutes ce que je dis. Je t'aimerai toujours." Dans un autre, un duo sur le mariage, il entonne : "Ton avenir, c'est mon affaire maintenant", ce à quoi la femme répond : "Je te suivrai partout où tu iras."

Certes, ses idées conservatrices et réductrices ne regardent que lui, tant qu'il ne les impose à personne. Seulement en composant une comptine destinée aux enfants, qui - dénués de recul - s'imprègnent facilement des mots et des histoires qu'on leur raconte, il joue aussi un rôle dans leur éveil et la façon dont ils verront les choses plus tard. Au-delà du propos en lui-même, ce qui reste très problématique est donc bel et bien la très jeune foule à laquelle il s'adresse.

D'après SupChina, pour se racheter, Yan Lifei aurait effacé les paroles controversées de certaines chansons et supprimé Mom, Don't Go to Work des services de streaming.