Comment le mythe du prince charmant a biaisé nos vies sentimentales

Comment le mythe du Prince Charmant a biaisé nos vies sentimentales
Comment le mythe du Prince Charmant a biaisé nos vies sentimentales
On a passé notre enfance à espérer qu'un jour notre prince viendrait. Résultat, notre image de l'homme a un goût de sauveur amer. On décrypte le phénomène et comment il a réussi à biaiser notre vision de l'amour.
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Depuis qu'on doit avoir 3 ans, on se bourre le crâne de contes de fées. La Belle au Bois Dormant, Blanche-Neige, La Petite Sirène... Les histoires de princesses et de princes semblent faire partie intégrante de notre enfance et on a même tendance à s'en repasser quand on sent une poussée de nostalgie régressive pointer le bout de son nez - généralement à Noël ou en lendemain de cuite, jeunes adultes responsables que nous sommes.

Le scénario varie peu : il y a une (très) jeune fille qui est belle, fine, et qui chante bien. Elle attend désespérément qu'on vienne l'enlever à sa vie monotone voire misérable pour la conduire vers un futur plus brillant. Un jour, elle rencontre un prince (l'hétéronormativité de la chose est catastrophique), et au bout de trois rimes en chanson et d'une danse parfaitement maîtrisée dans une clairière, sur la plage ou dans un palais, les deux tombent éperdument amoureux.

Deux trois obstacles à base de soeurs jalouses et de sorcières marchandes de pommes plus tard (des femmes qui se battent entre elles pour être la plus belle, on est loin des valeurs de sororité), le jeune couple finit par se marier, vivre heureux et avoir beaucoup d'enfants. Qu'on nous dit. Perso, je crois plus au sequel de Cendrillon dépeint par Téléphone, qui prédit que le prince se barrera avec une autre dix ans plus tard pendant qu'elle se tapera le ménage sans souris magiques, mais soit.

Du haut de nos trois ans, et sûrement même plus tard, on n'a pas encore complètement conscience de la graine que ces histoires inventées vont planter dans notre petite tête plus ou moins chevelue. On est petite, on aime les chansons, on aime les robes, on aime les animaux qui parlent.

Sauf que ce genre extrêmement présent de contes de fées va instaurer un but inconscient dans notre cerveau de jeune femme en devenir : rencontrer à tout prix notre prince charmant pour "finir" heureuse et comblée. Comme ce qu'on nous vend à la télé. En s'identifiant presque automatiquement aux princesses, on se met dans la même position qu'elles, et on attend l'homme sauveur comme le messie.

Il viendra nous sortir de notre manque de confiance en nous avec son beau cheval blanc et nous emmènera loin d'ici comme la demoiselle en détresse que nous sommes. Evidemment, une fois projetée dans le tourbillon de la vie sentimentale réelle, ça coince. Car si l'heureux élu s'appellera peut-être Philippe, il y a peu de chance qu'il nous ait trouvée en demandant son chemin à un hibou.

Le déséquilibre relationnel n'a rien de charmant

A force de nous inculquer ce genre d'histoires comme si elles reflétaient la vraie vie, on finit par y croire dur comme fer, et par ne vouloir ou ne chercher que ça. Du coup, quand on rencontre quelqu'un, on se met quasi automatiquement en position de vulnérabilité. On a besoin de lui, et lui vient nous secourir. On n'a pas réfléchi deux secondes au fait que, peut-être, l'amour ne serait pas un sentiment de "besoin", mais plutôt de partage, d'échange, et de soutien mutuel.

Au-delà d'une pression silencieuse que l'on met sur ses épaules (qu'il n'a d'ailleurs pas forcément pour guérir tous nos traumatismes passés), on instaure une relation complètement déséquilibrée dès les premières rencontres. On le voit avec des yeux qui brillent et en même temps, il ne peut que nous décevoir car comme nous, il a des failles - la figure de prince charmant nourrit d'ailleurs la masculinité toxique. On ne se laisse donc presque aucune chance d'égalité, et on finit par le regretter.

Autre problème, on s'attend à ce qu'il nous cueille comme une fleur fragile incapable de vivre sa vie sans lui, qu'il nous prenne comme on est pour nous faire aller mieux instantanément. Sur ce point, il peut effectivement y avoir discussion. Il est vrai que quand on aime quelqu'un, on l'accepte avec ses défauts et ses bagages. Seulement est-ce qu'il ne serait pas plus sain qu'on aille déjà bien de notre côté, qu'on soit heureuse et épanouie seule, et qu'on considère sa rencontre comme une cerise sur le gâteau ? Qu'on n'encourage pas d'éducation malsaine façon Pygmalion ? Ni de relation élève-maître plus ou moins avouée ?

Les contes de fées mettent également en place une sorte d'idéalisation du romantisme qui nous conditionne pour notre vie sentimentale à venir. L'homme est fort, il se bat contre les dragons pour gagner notre coeur. Le drame est inévitable voire pire : il est la preuve d'un grand amour. On nous explique donc qu'il n'y a qu'un modèle valide : le coup de foudre immédiat suivi d'une tripotée de péripéties quasi mortelles qui mèneront au Graal, j'ai nommé le mariage en blanc. Vous avez dit clichés ?

Alors bien sûr, on peut regarder des dessins animés à base d'histoires de princes et de princesses sans finir complètement névrosée et formatée par un moule patriarcal dépassé. L'ingrédient essentiel pour qu'on en ressorte indemne, c'est le recul. Chose que l'on n'a pas à 3 ans, quand on passe sa journée à en bouffer.

C'est donc à nous, adultes, d'expliquer à nos neveux et nièces, aux enfants de nos ami·es et aux nôtres, que ces films-là oublient une chose : la princesse est aussi forte et indépendante que le prince, qu'elle peut aussi être amoureuse d'une princesse, que le prince n'est pas le but en soi et qu'il ne viendra pas résoudre tous nos soucis avec sa grosse épée.

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