Les tips pro/perso de Milda Midkute, fondatrice de Vinted

Milda Midkute, fondatrice de Vinted
Milda Midkute, fondatrice de Vinted
Douze ans après sa création, Vinted, réseau social dédié aux vêtements de seconde main, est devenu incontournable. Mais comment sa fondatrice Milda Midkute a-t-elle eu l'idée de créer cette friperie géante en ligne ? L'entrepreneuse lituanienne dévoile son parcours et ses conseils de pro.
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Tout est parti d'un déménagement. En 2008, Milda Mitkute, jeune Lituanienne de 23 ans, quitte le nid familial pour partir s'installer dans la capitale, Vilnius. "J'étais en Master Management Culturel et à cette époque, je pensais vraiment commencer ma carrière dans la musique ou la danse". Mais la fashionista, accro au shopping, croule sous les vêtements. Elle décide alors de créer un vestiaire en ligne pour vendre certaines pièces et désengorger son dressing : l'idée de Vinted était née. Depuis, sa petite plateforme est devenue florissante : présente dans 12 pays, elle compte près de 30 millions d'utilisateur·rice·s en Europe. Et pas moins de 12 millions d'abonné·e·s qui furètent, négocient, revendent en France- son marché le plus important.

Une croissance insolente qui n'a rien d'anodin. En effet, le marché de la seconde main connaît un essor considérable ces dernières années. En dix ans, la proportion d'amateurs de fripes a doublé (31 % des Français en 2018 selon l'Institut Français de la Mode). Une prise de conscience face aux ravages de la fast-fashion ? Certainement. Car l'industrie de la mode- l'une des plus polluante du monde - abîme durablement la planète. Un rapport éloquent des Nations unies estime par exemple que la fabrication d'un seul jean nécessite 7 500 litres d'eau, soit l'équivalent de l'eau bue par un être humain pendant sept ans. Sans compter les colossales émissions de gaz à effet de serre (liées à la production et au transport), le lavage, les produits chimiques et les microplastiques contenus dans les vêtements. En encourageant l'économie circulaire, Vinted se veut donc un lieu d'échanges utile pour la communauté grandissante des conso-acteur·rice·s.

Après avoir quitté (volontairement) Vinted il y a 4 ans pour souffler et reprendre ses études en finance et en économie, la working mum Milda Mitkute revient pour nous sur cette incroyable success-story et livre ses conseils "self-care" d'entrepreneuse au nez creux.

Terrafemina : Quel a été l'élément déclencheur de la création de Vinted ?

Milda Mitkute : A l'époque, j'étais jeune et résistais difficilement aux soldes. Le shopping était devenu plus qu'un simple passe-temps - une grande partie de mon salaire y passait. Pour autant, acheter constamment de nouveaux habits ne m'a jamais apporté la tranquillité d'esprit escomptée, et j'ai vite réalisé la quantité excessive de vêtements que je possédais : plus de 100 pièces dont certaines que je n'avais même jamais portées...

En 2008, j'ai dû déménager dans une nouvelle ville en Lituanie et je cherchais un moyen de vendre ou de donner mes vêtements au lieu de les jeter. Lors d'une fête, j'ai rencontré mon ami Justas - un expert en informatique. J'ai échangé avec lui sur le fait de vendre en ligne les vêtements que j'avais en trop, et il a accepté de m'aider avec enthousiasme : il pensait que nous pourrions toucher un large public et surtout, créer quelque chose qui aurait du sens. Après quelques semaines passées à travailler ensemble sur le site, mon dressing était enfin en ligne. Ce fut un énorme succès !

Expliquez-nous comment Vinted lutterait à son niveau contre la "fast-fashion" ?

M.M. : Le modèle de Vinted est basé sur la mode circulaire, et c'est là que se trouve notre responsabilité : veiller à ce que les gens disposent d'un outil facile à utiliser et pratique qui leur permette de vendre et d'acheter des produits d'occasion. Notre mission a toujours été de faire de la mode de seconde main le premier choix dans le monde entier.

Sur la plateforme, chacun a l'opportunité de donner une seconde vie à tous ses vêtements au lieu de les jeter, mais aussi de privilégier la seconde main pour ses achats, avant la mode en neuf. Un article vendu sur Vinted, c'est toujours un article neuf en moins, et donc moins d'impact écologique. Ce que Vinted constate également, c'est que ses membres sont à la fois vendeurs et acheteurs, ce qui signifie qu'ils gardent la boucle fermée et entretiennent d'eux- même ce principe d'économie circulaire.

Milda Midkute, fondatrice de Vinted et working mum
Milda Midkute, fondatrice de Vinted et working mum

Selon vous, quelles sont les qualités essentielles pour réussir à mener à bien vos projets ?

M.M. : Sans aucun doute le sentiment d'appartenance. Je pense aussi à "Mieux vaut fait que parfait". J'ai toujours voulu tout faire parfaitement mais je finissais toujours par me retrouver avec des dizaines de projets inachevés. J'ai aussi appris qu'il est important de toujours commencer par les tâches les plus désagréables pour s'en sortir (c'est une sorte de remède personnel pour éviter la procrastination).

Quelle faiblesse avez-vous su transformer en force dans la création de votre entreprise ?

M.M. : La spontanéité (dans le sens d'agir vite et penser plus tard). Parfois, cela aide, parfois cela fait des dégâts. Agir vite par passion peut inspirer les gens autour de vous. En revanche, dans les affaires, il faut rester calme et penser à long terme. Les débuts de Vinted ont été très "spontanés" - l'idée m'est venue par hasard, j'ai rencontré le co-fondateur Justas lors d'une fête et j'ai partagé l'idée de Vinted à 2 heures du matin. Mais nous avons réussi à renforcer ce projet et le mener à bien.

Un autre point faible : le manque d'expérience commerciale. J'avais 21 ans lorsque Vinted a été fondée. Je n'avais pas beaucoup d'expérience professionnelle. Les affaires étaient quelque chose de nouveau pour moi. Je ne savais pas comment diriger une entreprise, comment être une bonne leadeuse. D'un autre côté, cela m'a aidé à garder l'esprit ouvert, à rester ouverte à l'inconnu, à être créative, à rester sincère et à ne pas être arrogante - reconnaître que l'on ne sait pas et demander de l'aide.

Quels sont les éléments essentiels pour concilier vie professionnelle et vie privée ?

M.M. : Tout d'abord, j'ai dû apprendre et reconnaître que la vie personnelle est tout aussi importante que la vie professionnelle. Avant, je pensais exclusivement au travail et les loisirs étaient seconds. Le temps personnel, c'était quelque chose que l'on prenait pour se reposer après une dure journée de travail et pour arriver à suivre à nouveau le rythme de travail le lendemain.

Aujourd'hui, ma mentalité a changé : la vie personnelle est tout aussi importante. Elle doit être en même temps intéressante et stimulante.

Ce qui a fonctionné pour moi :

Essayer d'apprendre de nouvelles choses qui ne sont pas liées au travail pour s'inspirer et se libérer.

Une règle très stricte pour avoir le temps de récupérer : ne pas travailler le week-end !

Se fixer une escapade obligatoire tous les 6 mois pendant au moins 2 semaines. Cela aide vraiment à réfléchir à ce qui se passe, à retrouver une vue d'ensemble et à se faire plaisir.

Faire le vide dans son esprit et soulager sa charge mentale en relevant des défis physiques (par exemple, 30 km de randonnée en forêt, en montagne...).

D'un autre côté, il est normal d'avoir moins de temps libre, mais il faut s'assurer de ne pas le gaspiller. Le planifier avec soin. Se concentrer sur les activités qui inspirent et plaisent. Voir les gens que l'on aime et pas ceux avec qui l'on "doit" passer du temps.

• Et enfin, la méditation, la meilleure "invention" que j'aie jamais essayée. Elle m'aide à ralentir, à évacuer le stress, à calmer mon cerveau et à ressentir le présent. Tout le monde devrait au moins essayer une fois.

Vos réflexes pour vous ressourcer ?

M.M. : Oh, ils sont nombreux. Quand je suis partie en congé maternité, je me suis fait une promesse : rembourser une dette envers moi-même en quelque sorte. Quand je travaillais pour Vinted, je n'avais pas beaucoup de temps pour moi. Il m'a donc fallu un certain temps pour trouver ce qui m'inspirait dans ma vie personnelle, mais aussi pour trouver qui me passionne dans la vie d'aujourd'hui, comme :

La céramique : je n'achète pas d'assiettes et de tasses, je fabrique des pots moi-même.

Jouer du piano : cela m'aide à me calmer, à mettre mon cerveau au défi et à recharger mes batteries.

Le jardinage : j'ai mon propre jardin, je fais pousser des pommes, des poires, des cerises... D'une certaine manière, c'est très similaire à la méditation. Cela m'aide à me détendre et à passer plus de temps dans la nature. Je suis tellement passionné par le jardinage que j'ai même obtenu plusieurs certificats sur "comment devenir un meilleur jardinier" !

Les études : Je pense qu'il est important de ne jamais cesser d'apprendre. Je suis curieuse de découvrir de nouvelles choses, de comprendre où va le monde.

Vos conseils pour éviter de craquer sous la pression ?

M.M. : Il est important d'apprendre à déléguer, notamment pour permettre aux autres de progresser et les rendre autonomes.

Vous pouvez également "gérer" vos faiblesses en invitant d'autres personnes à vous rejoindre et à collaborer (leurs forces - vos faiblesses). Concentrez-vous sur vos points forts et n'ayez pas peur de demander de l'aide.

Faites preuve d'esprit d'équipe. C'est beaucoup plus facile lorsque vous êtes dans le même bateau que vos camarades (contre vous en solo). Soutenez-vous mutuellement en visant haut ensemble.

Encore une fois, méditez. Ou passez deux heures dans la forêt sans téléphone pour tout remettre à zéro.

Votre mantra pour vous stimuler ?

M.M. : "Vous ne savez pas que vous pouvez, jusqu'à ce que vous le puissiez."

Votre dernier moment d'audace ?

M.M. : Il y a quelques semaines, j'ai goûté à mes propres pommes, groseilles à maquereau et prunes. Il m'a fallu 4 ans d'échec pour les cultiver enfin parfaitement.

Votre prochain projet ?

M.M. : Il faut que je termine celui en cours, à savoir... avoir trois enfants ! Les trois quarts du chemin sont faits ! Matas a presque 4 ans, Juozas 2 ans et demi et Antanas 9 mois. Ensuite, je verrai... D'un autre côté, il y a un nouveau domaine que j'aimerais explorer davantage : la façon dont le changement climatique et l'intelligence artificielle vont changer notre société. L'éducation est un autre sujet qui me préoccupe - l'ancien système ne fonctionne pas, mais on ne sait pas encore très bien à quoi devrait ressembler le nouveau. J'ai l'impression que j'ai beaucoup de réflexions à mener pour voir où je dois aller ensuite.

Quels seraient vos conseils sur la meilleure façon de bien vendre et acheter sur Vinted ?

M.M. : Pour les vendeuses et vendeurs : dans l'ensemble, il est important de décrire et d'exposer l'article aussi précisément que possible afin que les acheteurs potentiels aient une idée précise des articles qu'ils recherchent. Cela facilite la décision d'achat et évite tout malentendu à un stade ultérieur. Voici quelques conseils :

Fournir des images de bonne qualité sous différents angles.

Une formule de réussite pour une bonne description de produit serait la suivante : catégorie + type + couleur + marque + état.

Déterminer des prix attractifs et proposer des offres groupées/des remises aux acheteurs potentiellement intéressés.

Les membres recherchent souvent des produits de marque spécifiques - nommer la marque exacte sur le produit pour attirer davantage l'attention.

Pour les acheteurs :

Assurez-vous d'avoir tous les détails nécessaires qui vous permettront de prendre une décision d'achat pour un objet qui vous est cher. Vous pouvez également consulter les évaluations et les recommandations des autres membres.

• Pour des achats en toute sécurité, nous recommandons toujours d'utiliser le système de paiement intégré.

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