« Café de Flore », le courage d'une mère

« Café de Flore », le courage d'une mère
« Café de Flore », le courage d'une mère
Dans cette photo : Vanessa Paradis
Deux destins se croisent dans « Café de Flore ». Jacqueline (Vanessa Paradis) se bat pour que son fils trisomique ait une vie presque normale, et Antoine (Kevin Parent), un DJ montréalais, connaît une histoire passionnée assombrie par un divorce difficilement surmontable. Après le sublime et déjà culte CRAZY, Jean-Marc Vallée livre un drame sur les métamorphoses de l'amour, entre harmonies et dissonances. Rencontre.
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Terrafemina : Pour incarner vos deux héros (Jacqueline et Antoine), vous avez choisi deux musiciens (Vanessa Paradis, Kevin Parent). Qu’ont les acteurs-musiciens de plus que les acteurs tout court ?

Jean-Marc Vallée : L’oreille musicale bien sûr. Comme ils ont l’expérience de la scène, ils ont une façon de bouger différente des acteurs, un rapport à la vie tout en vibration, en harmonie. Vanessa change sa voix dans le film puisque elle interprète aussi le rôle du père, c’est une habitude qu’elle a de jouer avec sa voix. Pour autant cela n’a pas été un choix conscient de ma part, je ne me suis pas dit, je cherche des acteurs qui sont aussi musiciens. C’est un heureux hasard.

TF : Pourquoi Vanessa Paradis ?

JM. V. : Au départ j’avais une certaine réticence. Je la trouvais presque trop belle. Elle était pour moi l’incarnation de la sensualité, de la perfection. Lorsque je l’ai rencontrée j’ai eu un déclic. Vanessa m’a séduit par son naturel. C’est une belle personne d’une simplicité, d’une générosité extrême. Elle est un bon soldat, parle peu mais comprend tout avec son sourire. Par moment, j’oubliais de dire « Coupez » tant elle captait mon attention. En plus l’alchimie avec Kevin Parent a tout de suite fonctionné. Il y avait une harmonie entre eux deux qui laissait place à l’improvisation.

TF : Dans CRAZY, vous choisissiez déjà un petit garçon différent des autres, puisqu’il expérimente la découverte de son homosexualité, ici Laurent est trisomique. Comment expliqueriez-vous votre vision de l’enfance à travers le prisme de la différence ?

J-M. V. : C’est ce qui m’intéresse. Je trouve ça beau de présenter la différence, le combat. Cette femme en fait sa mission, sa raison d’être. Elle consacre toute sa vie à cet enfant. Un enfant qu’elle essaie de rendre quasiment normal, comme les autres. Et son comportement devient excessif, abusif par moment. Dans CRAZY, le personnage ne parvenait pas à s’accepter. Il utilisait le rock pour exprimer sa souffrance. Ici c’est un peu la même chose, ce film est aussi très rock. Sauf que ce n’est pas le gamin qui crie, c’est Jacqueline.

TF : Le rythme du film est saccadé. La narration est encore une fois bousculée, mais découpée de façon plus nette, plus brutale…

J-M. V. : C’est d’abord lié à un désir de raconter différemment et surtout lié à ce personnage de DJ qui a une façon particulière de jouer avec la musique. Je voulais qu’il y ait quelque chose d’éclaté au niveau du son pour capter l'attention. Il fallait un rythme particulier pour raconter ces deux histoires parallèles.

TF : Dans CRAZY, vous creusiez la relation père-fils (qui est encore présente dans Café de Flore), ici beaucoup plus la relation mère-fils. Quel message vouliez-vous faire passer cette fois ?

J-M. V. Je voulais montrer que l’amour inconditionnel de cette mère pour son fils est la plus belle et grande chose qui puisse arriver dans une vie. Jacqueline réalise cela, la grandeur de cet amour mais aussi la souffrance de le perdre.

Voir la bande annonce du film


Entretien réalisé par Elodie Vergelati

Crédit photo : Sébastien Raymond

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