« La Source des femmes » : éloge du féminin par Radu Mihaileanu

« La Source des femmes » : éloge du féminin par Radu Mihaileanu
« La Source des femmes » : éloge du féminin par Radu Mihaileanu
Après « Le Concert », le réalisateur Radu Mihaileanu signe une fresque inspirée des femmes des villages du Maghreb. Fatiguées de leurs corvées d’eau, elles initient la grève de l’amour pour bousculer les codes. Cinq fois nominé au dernier Festival de Cannes, « La Source des femmes » offre un écho percutant aux révolutions du monde arabe. En salles le 2 novembre.
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Terrafemina : Vous êtes un homme, juif et Français, comment est né ce projet de film sur l’affirmation des femmes dans le monde musulman ?

Radu Mihaileanu : Tout est parti d’un fait divers survenu en 2001 en Turquie. Des femmes qui font la grève de l’amour pour obliger les hommes à les aider dans la corvée d’eau. C’était déjà une fable grecque du Ve siècle avant J.-C. J’y vois un geste politique fort et assumé avec humour. Aucun homme n’avait droit à un câlin tant que le problème n’était pas résolu ! Plusieurs groupes de femmes ont utilisé cette forme de rébellion en Colombie, aux Philippines ou au Liberia, et en général, ça marche…

TF : Vous avez beaucoup voyagé pour cerner votre sujet, qu’est-ce qui vous a frappé lors de vos rencontres avec les femmes des villages visités ?

R. M. : En effet ce sont surtout les sublimes rencontres que j’ai faites avec des femmes du milieu rural au Maghreb qui m’ont inspiré. J’imaginais la rudesse de leur vie, mais j’ai découvert la complexité et la subtilité de ces femmes, toutes générations confondues. Je connaissais mal leur poésie, leur humour, je ne connaissais pas leurs conversations, à propos du sexe par exemple, et je n’avais pas soupçonné leur courage. J’en suis venu à penser que c’était par elles que pouvait advenir la paix dans le monde arabe, au point de devenir féministe, mais un féminisme qui réunit les femmes et les hommes.

TF : A la lumière du Printemps arabe et du rôle joué par les femmes lors de ces révolutions, votre film semble porter un message…

R. M. : En effet, nous n’avions pas soupçonné de telles révolutions, même si, en quatre ans de recherches, nous avons senti que les choses bougeaient, et que les sociétés arabo-musulmanes allaient évoluer par les femmes. En particulier grâce à l’éducation, parce qu’elles sont plus diplômées que les hommes et qu’elles accèderont de plus en plus aux responsabilités dans le civil et dans le privé. Nous sentions qu’elles allaient féminiser les sociétés. Sur le Printemps arabe, mon analyse pour l’instant reste suspendue aux inquiétudes du moment, suite aux élections en Tunisie, aux évènements en Libye… En tant que rescapé de dictature (la Roumanie de Ceausescu, ndlr.) je suis heureux de voir des peuples se libérer, mais les mêmes questions se posent que lors de la libération des pays de l’Est. Comment organiser le chaos laissé par les dictatures ? Ces nouvelles démocraties parviendront-elles à installer les droits des femmes, la liberté de la presse et la liberté d’expression ? Je regarde beaucoup les blogs et les pages Facebook de ces pays, et ce sont surtout les femmes qui s’expriment, je pense sincèrement que les femmes seront le pouls de ces démocraties.

TF : Dans le film, vous choisissez de ne pas nommer le village ni le pays où se déroule l’histoire. Est-ce que cela ne revient pas à généraliser et uniformiser le monde arabe qui revêt des réalités très diverses d’un pays à l’autre ?

R. M. : Je voulais raconter un conte oriental non situé, comme les Mille et une nuits, pour ne pas ouvrir à des commentaires ou des jugements sur une région ou un pays. Je voulais rendre cette histoire universelle. Malgré tout j’étais obligé de choisir une langue, un dialecte, parce qu’en effet, le monde arabe est loin d’être uniforme, et parce que ce sont ces femmes qui racontent une histoire, à partir de leur vie. La documentation et les enquêtes qui ont précédé le tournage nous ont permis de ne pas tomber dans des généralités erronées.

« La Source des femmes », de Raidu Mihaileanu, avec Leila Bekhti, Hafsia Herzi, Biyouna.
Sortie le 2 novembre 2011.

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