Le projet Everyday Sexism a recueilli plus de 20 000 témoignages de femmes

Le projet Everyday Sexism a recueilli plus de 20 000 témoignages de femmes
Le projet Everyday Sexism a recueilli plus de 20 000 témoignages de femmes
Les réseaux sociaux ont libéré la parole de milliers de femmes dans le monde. D'où la naissance d'Everyday Sexism, un site internet qui, à la manière du célèbre « Vie de merde », recueille des témoignages de femmes victimes de remarques sexistes et d'attouchements sexuels.
A lire aussi


Grâce à Facebook et à Twitter, les femmes prennent de plus en plus facilement la parole pour dénoncer la réalité du harcèlement sexuel et du machisme ordinaires. En avril 2012, le site Internet Everyday Sexism a vu le jour avec pour objectif de recueillir les témoignages de femmes du monde entier qui ont été victimes de sexisme verbal et physique. Né de l’esprit de Laura Bates, écrivain et actrice britannique de 26 ans, le site reçoit via Twitter ou par e-mail des anecdotes affligeantes et choquantes. « J’ai monté ce projet parce que je constate que le sexisme ordinaire est un problème invisible. Je connaissais tellement de femmes avec des expériences similaires se voir dire incessamment de "ne pas se plaindre" et de faire preuve « d’humour » quand elles racontaient ce qu'il leur était arrivé (...) J’ai créé ce site alors que je travaillais comme actrice, et en raison de ma frustration de voir la manière dont les femmes sont projetées à l’écran et dans les médias ».

Voici quelques témoignages parus sur Twitter :

« J’ai été molestée dans un bus à l’âge de 15 ans. Je portais un sweatshirt provocant et un insolent pantalon d’uniforme scolaire »


« Pendant une réunion professionnelle alors que j’étais enceinte, lors d'une réunion, mon chef a déclaré que ma "condition" m’allait bien - parce qu’elle me donnait de "supers lolos" »


«
J’étais allée faire des courses quand un homme m’a crié dessus en me disant "Rhabille-toi et arrêtes de t’exhiber !" ». J’étais couverte du cou aux chevilles.


@everydaysexism Man on street leered, shouted, whistled, walked behind me, said 'that's enough to give me an erection' (13yo ~bit terrified)

— Lorraine (@scientelle) 13 février 2013


« Un homme dans la rue m'a matée, interpellée, sifflée et a marché derrière moi en me disant "c'est assez pour me filer une érection" (à 13 ans, j'étais terrifiée) »


Le succès du projet est pourtant une surprise pour la jeune femme, qui tente désormais de transformer son site en ressource pédagogique contre le sexisme. Créer une branche éducative lui permettrait de sensibiliser les écoles, d’aller parler aux élèves, filles comme garçons, pour tenter d’instaurer un dialogue respectueux entre les deux sexes. Car Laura a été particulièrement choquée de voir le nombre de témoignages provenant d’adolescentes : « Nous en avons eu des milliers ». Cible de violent messages sexistes et parfois même de menaces de mort, Laura a bien failli abandonner le projet : « Je suis devenue une cible de la haine et le sujet d’une campagne pour me détruire et détruire mon site. Au début du projet, je recevais environ 200 menaces de mort par jour en ligne. Je suis allée à la police, mais elle ne pouvait rien faire car les coupables étaient basés aux Etats-Unis, donc hors de la juridiction britannique ». Aujourd'hui, la notoriété croissante du site la protège d’une certaine manière : « J’ai réalisé à quel point ces menaces rendaient ce site indispensable. Maintenant que le site est plus connu, il sert de tampon aux abus, et les menaces ont beaucoup diminué ». Les hommes se sont joints au combat, des hommes qui étaient sexistes sans le savoir, et de simples pères de famille qui s’inquiètent pour leurs proches. Actuellement, Laura travaille à plein-temps sur Everyday Sexism, vivant de son travail d’écriture et de quelques cours particuliers.Toutes les publications sont archivées pour la postérité, en attendant, peut-être la naissance d’une fondation. Son rêve.

Salima Bahia


VOIR AUSSI

Le sexisme ordinaire se glisse dans les manuels scolaires de maths
Trucs et astuces contre le sexisme ordinaire
Sexisme lexical : faut-il rebaptiser l'école "maternelle" ?
Une web-série pour lutter contre le sexisme

Dans l'actu