Causette s'excuse pour une "atteinte sexuelle sur mineur" devenue "passion interdite"

Causette s'excuse pour une "atteinte sexuelle sur mineur" devenue "passion interdite"
Causette s'excuse pour une "atteinte sexuelle sur mineur" devenue "passion interdite"
À Lille, une professeure d'anglais de 33 ans a été mise en examen pour « atteinte sexuelle sur mineure de moins de 15 ans » pour avoir entretenu une relation avec l'une de ses élèves âgée de 15 ans. Un fait divers transformé, dans les pages de Causette, en « une passion interdite » digne des plus grands classiques de la littérature romantique. Devant le tollé provoqué et l'indignation de ses lecteurs, le magazine a dû présenter ses excuses pour ce parti pris incompréhensible.
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« Une liaison particulière. À Lille, une femme, une prof, est tombée amoureuse, à en perdre toute raison », c’est ainsi que Causette, magazine féminin au ton décalé, décrit dans son dernier numéro la relation entre une professeur d’anglais de 33 ans et l’une de ses anciennes élèves âgée de 14 ans au moment des faits. « Nathalie B., enseignante, est poursuivie pour s’être follement éprise de Leïla, l’une de ses élèves », indique l’article de quatre pages signé par la journaliste Stéphanie Maurice. Mais dès les premières lignes, ce long reportage annoncé en couverture sous le titre choc « La prof, l’élève et l’amour interdit » laisse perplexe. En cause, le ton et le vocabulaire employés qui semblent tout  droit sortis d’un roman à l’eau de rose. La journaliste, qui a donné la parole à l’ex-professeur, décrit cette dernière comme une femme bienveillante avec « un minois de femme-enfant, doux sous les boucles auburn », et présente l’adolescente comme une « amante ». Les messages échangés entre les deux protagonistes deviennent des « écrits trop tendres », quant aux relations sexuelles, elles « sont des caresses et des baisers, commis sans violence, sans contrainte, sans menace, sans effet de surprise ».

Causette défend bec et ongles son article…

On en oublierait presque que la journaliste traite ici d’un fait divers, d’une relation pénalement répréhensible entre une trentenaire une mineure. D’ailleurs, Nathalie B. risque jusqu’à dix ans de prison et a été mise en examen pour « atteinte sexuelle sur mineur de moins de 15 ans par personne ayant autorité ». Des mots qui, selon la journaliste, « claquent, durs, sur le document affiché à l’entrée du prétoire ». Bien sûr, dès la publication de l’article, ce parti pris n’a pas manqué de faire réagir sur les réseaux sociaux, notamment sur la page Facebook du magazine. Dans un premier temps, celui-ci a d’ailleurs défendu bec et ongles « l’article très enquêté de Stéphanie Maurice » qui « relaie sans commentaire la parole de la prof, l'indignation de la mère de la collégienne, les bémols de représentantes de la communauté homosexuelle lilloise, ceux de l'équipe pédagogique. (…) Que cette relation trouble ou même choque n'a rien d'étonnant, mais c'est d'une histoire singulière dont nous avons voulu rendre compte sans parti pris ni manichéisme ».

Une justification qui, loin de calmer les esprits, a au contraire déchaîné les passions des internautes. « Causette, moi qui croyais enfin avoir trouvé un magazine féminin digne de ce nom, vous êtes tombés bien bas. Le problème c'est que cet article est répugnant et empêche d'y retourner, et vos pseudos excuses qui n'en sont pas n'aident vraiment pas. Vous ne remettez aucunement en question votre rédaction mais uniquement l'incompréhension du lecteur, je ne crois pas être inculte au point de ne pas voir dans votre article toute cette puanteur de pédophilie acceptée derrière l'idée d'une "relation". Le féminisme ne peut être associé à ce genre de propos ! Adieu Causette », écrit ainsi une (ancienne ?) lectrice. Un autre encore s’insurge : « C’est juste honteux d’édulcorer un tel acte. Le fantasme de la relation lesbienne, de la sexualité féminine nécessairement faite de douceur fait complètement dérailler le raisonnement de beaucoup. C’est un viol aggravé non seulement par l’âge de la victime mais aussi par le statut de l’accusée. En tant qu’enseignant nous sommes responsables de l’intégrité physique et morale de nos élèves. Transposez l’acte au masculin et tout le monde crie au scandale. »

Avant de reconnaître son erreur

Deux jours plus tard et devant le tollé provoqué, le magazine a finalement reconnu son erreur. « Nous nous sommes plantés. Et pas qu’un peu. Avoir pu laisser penser, ne serait-ce qu’un quart de seconde, que Causette pouvait cautionner, accepter ou pire, justifier une "atteinte sexuelle sur mineur" (…) est évidemment grave », ont ainsi écrit d’une seule main Grégory Lassus-Debat et Liliane Roudière, respectivement directeur de la publication et rédactrice en chef de Causette, dans une tribune publiée sur Rue89. Et d’ajouter : « L’article a manqué de précautions, d’un appareillage éditorial qui aurait rendu le doute impossible. Nous avons voulu rendre compte d’une histoire qui, si elle est complexe, n’en relève pas moins d’une situation qui ne doit pas voir le jour : une professeure de collège ayant des relations sexuelles avec l’une de ses élèves, mineure de moins de quinze ans. Voir émerger, sur les réseaux sociaux, des accusations affirmant que Causette trouvait des circonstances atténuantes à un acte "pédophile" nous catastrophe, bien sûr, au plus haut point ». Faute (enfin) avouée, à demi-pardonnée, d’autant que le magazine féminin n’est pas le premier média à se heurter au problème du ton employé dans ce type d’affaires. Il y a deux semaines, un article de L’Est Républicain relatant l’abus sexuel d’un homme de 24 ans sur une mineure de 13 ans avait transformé l’affaire en « amourette », déclenchant, là aussi, la colère et l’incompréhension de ses lecteurs.  

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