Pilule 3G/Médiator : l’industrie pharmaceutique écrit-elle les lois de la République ?

Pilule 3G/Médiator : l’industrie pharmaceutique écrit-elle les lois de la République ?
Pilule 3G/Médiator : l’industrie pharmaceutique écrit-elle les lois de la République ?
Pilule de troisième génération et Médiator, même combat ? D'après le fondateur du Formindep, un collectif oeuvrant pour l'indépendance de la médecine, les fonctionnaires du ministère de la Santé se soumettent encore volontiers à l'influence des industries pharmaceutiques. Le Formindep appelle les autorités à supprimer les pilules de dernière génération du marché.
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N'attendez pas dix ans de plus, n'attendez pas dix ans de trop, ne faites pas la même erreur que pour le Médiator. Tel est le message transmis en début d'année par le Formindep à la ministre de la Santé Marisol Touraine et au Directeur de l'ANSM, le Professeur Maraninchi. Cette association a été créée en 2004 par Philippe Foucras, un médecin généraliste désabusé par le système de complicité établi entre les praticiens et les laboratoires pharmaceutiques. Elle cherche à promouvoir « une formation et une information médicales indépendantes de tout autre intérêt que celui de la santé des personnes ». 

Le 2 janvier dernier, le Formindep émettait un communiqué de presse à destination des autorités de santé appelant à « prendre la décision qui s'impose : l'arrêt pur et simple de la commercialisation des pilules de troisième génération et de celles à base de drospirénone », le progestatif utilisé dans les pilules de dernière génération (comme Jasmine, Jasminelle ou Yaz). Évoquant la décision des autorités de dérembourser ces pilules à partir du mois de mars 2013, le Formindep critique « une mesurette administrative typiquement française ». Quant au fait de restreindre le droit de prescription de ces médicaments aux seuls gynécologues, cela ne ferait « qu'aggraver le problème », selon le collectif, « les gynécologues étant depuis toujours les promoteurs de ces pilules ».

Le spectre du Médiator

« Cette situation s'est déjà produite en 1999 pour l'affaire Médiator, où les différentes institutions ont attendu 10 ans pour prendre enfin la décision du retrait. Dix ans de trop ! », peut-on lire dans ce communiqué. Dans une interview accordée au Point.fr, le fondateur du Formindep Philippe Foucras s'attaque avec véhémence à ce mécanisme pernicieux qui transforme les gynécologues et les médecins en ambassadeurs dociles des laboratoires. Une influence qui prendrait sa source dès l'université : « Certains pontes exercent leur influence via les cours qu'ils prodiguent, la façon d'aborder les pathologies, les protocoles qu'ils conseillent. C'est le lieu où s'exerce l'influence la plus forte. Si les "bébés médecins" sont nourris au biberon de l'industrie, ils se sèvreront plus difficilement par la suite... » 

"Congrès sponsorisés" et "soirées labos"

Une situation qui ne serait pas prête de changer si l'on en croit le récit par le Formindep d'une réunion au ministère de la Santé au sujet de la mise en place d'une loi sur la transparence des liens entre laboratoires et médecins. Le constat du Dr Foucras est sans appel : « J'ai vu ce qui devait être une loi de santé publique dans l'intérêt général devenir une loi de développement du marketing industriel et de protection des intérêts privés, dévoyée pour organiser et développer en toute "légalité" l'opacité et la corruption du monde de la santé. » Le Formindep en appelle à la responsabilité des médecins, pour qu'ils « fassent le choix de l'indépendance vis à vis de l'industrie pharmaceutique, en refusant la visite médicale, les soirées labos, ou les invitations aux congrès sponsorisés ». Parce que les patients sont les premières victimes de ces abus de marketing.

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