Faire l'amour « toujours mieux » plutôt que « toujours plus »

Faire l'amour « toujours mieux » plutôt que « toujours plus »
Faire l'amour « toujours mieux » plutôt que « toujours plus »
Dans certaines pratiques sexuelles hors normes (sadomasochisme, exhibitionnisme, voyeurisme), comme dans beaucoup d'autres domaines (drogue, alcool, jeu, volonté d’être multitâches, lien compulsif à l'Internet), l'addiction peut entraîner le besoin constant de plus, plus loin, pour augmenter l'excitation, laquelle appelle une dose toujours plus importante de dopamine pour le cerveau. Le point de vue de notre experte Sophie Bramly.
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Tout ce qui stimule le circuit cérébral de la récompense avec force est addictif pour le système dopaminergique. Des neurones communiquent et ainsi libèrent la dopamine, laquelle procure une forme d’euphorie. Mais tel un messager, elle diffuse également des informations aux neurones du noyau accumbens. Plus l’activité est importante plus il y a de récompense, et plus il y a de récompense, plus le cerveau s’en souvient et la cherche. D’où la nécessité de sans cesse augmenter les doses, en sexe comme ailleurs.

Si l'attention se porte à l’heure actuelle sur l’option de pratiques poussées de plus en plus loin ou sur le goût d'un nombre de partenaires de plus en plus important, soit deux pratiques basées sur le principe de « toujours plus », il existe d'autres voies en matière de sexe, qui, même si elles semblent un peu désuètes à l'heure actuelle, sont autrement plus vertueuses.
Le toucher, la respiration, la parole, l’attention précise aux cinq sens, l’écoute du corps sont autant de basiques auxquels nous ne prêtons pas toujours le soin nécessaire. La caresse, abordée ici la semaine dernière, est l'une des activités essentielles, libératrice de grandes quantités d'ocytocine, cette hormone dite « du bonheur », qui amplifie le bénéfice du rapport à l’autre et excite (tous les organes érectiles du corps sont riches en récepteurs, comme le clitoris ou les mamelons).

Plus on éveille le corps aux sensations tactiles qui font du bien, plus l’ocytocine se répand, augmente les perceptions et favorise autant l’abandon à l’autre et la confiance en soi. Plus il y a d’alternances de rythmes plus ou moins rapides et de respirations différentes dans ces rapprochements tactiles, plus ils génèrent de plaisir. Le palpable prend le dessus sur les autres sens et isole momentanément les partenaires dans leurs sensations propres. Puis, à nouveau en phase avec l’autre, la capacité à donner revient, peu avant la jouissance. Lorsque l’activité sexuelle des partenaires est dans cette osmose, où la rencontre des corps est telle que la fusion est ressentie de façon presque magique ou extraordinaire par les deux parties, elle génère des réactions neuronales qui renforcent les liens à l'autre tout autant qu’elle apaise.

Ainsi « toujours plus » est remplacé par « toujours mieux », avec pour premier avantage de calmer les attentes, les angoisses, et jusqu'aux besoins matériels. Si ce n’est, certes, guère propice à la croissance nécessaire à l’économie de nos pays, c’est en tout cas salvateur pour l’être, le bien-être et l’être bien.

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