"Féminisme : où va-t-on ?", la surprenante conférence organisée au Mans

Une conférence surprenante sur le féminisme au Mans
Une conférence surprenante sur le féminisme au Mans
Au Mans, le 25 septembre prochain, se tiendra une conférence plutôt surpenante. Le thème ? "Féminisme : où va-t-on ?". La liste des intervenant·e·s ne laisse guère de doute quant aux sens que prendra le soit-disant débat.
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Dans la ville du Mans, où la secrétaire d'État chargée de l'Égalité entre les femmes et les hommes Marlène Schiappa fut adjointe au maire en charge de l'égalité, sera organisée le 25 septembre une soirée sur le thème : "Féminisme : où va-t-on ?". On aurait pu croire qu'il allait s'agir d'une discussion sur l'année chargée que les femmes viennent de vivre en terme de lutte pour leurs droits et de leurs place dans la société. Mais au vue des intervenant·e·s, on ne peut que penser qu'il va plutôt s'agir de casser de la féministe pour se faire plaisir et se rassurer.

Ainsi, on y retrouvera Bérénice Levet, philosophe qui a écrit le livre À l'attention des hommes qui aiment les femmes et des femmes qui aiment les hommes, et collabore avec des journaux comme Causeur ou Valeurs Actuelles. Dans un débat sur BFMTV à l'occasion de l'éclosion du mouvement #MeToo, elle avait par exemple déclaré : "Le féminisme aujourd'hui ne vit que d'une chose, c'est la criminalisation des hommes". Elle qualifiait #MeToo de "mouvement de dénonciation et de délation", et décrivait "un féminisme qui se complaît dans cette posture de victime."

Féminisme : où va-t-on ?, le débat organisé au Mans
Féminisme : où va-t-on ?, le débat organisé au Mans
La présentation de Bérénice Levet sur la page de l'événement
La présentation de Bérénice Levet sur la page de l'événement

Cette conférence sur le féminisme donnera également la parole à Julien Rochedy, ancien directeur du mouvement des jeunes du Front National et fondateur d'une école masculiniste, où l'on apprend à être un homme viril qui sait se faire respecter des femmes. Bien loin de l'égalité apaisée.

L'une des autres intervenantes sera Gabrielle Cluzel, en charge du site de droite Boulevard Voltaire et autrice du livre Adieu Simone ! Les dernières heures du féminisme, paru en 2016. La page de l'événement la présente comme "du genre à coller de l'urticaire aux militantes féministes genre Chiennes de garde".

La dernière invitée est Charlotte d'Ornellas, journaliste à Valeurs Actuelles. Elle est présentée avec ces mots : "Contrairement à nombre de féministes, elle estime qu'être une femme n'est pas une tare." Cette journaliste est aussi animatrice de débat avec, entre autres, Patrick Buisson et le raciste et antisémite Henry de Lesquen.

La présentation de Charlotte d'Ornelas
La présentation de Charlotte d'Ornelas

C'est une association qui organise l'événement, "Les Discussions du Maine", fondée en juin dernier et qui a pour vocation selon l'un de ses membres et porte-parole, Louis de Cacqueray-Valmenier, de faire vivre le débat dans les régions : "Le but, c'était de leur proposer de réfléchir au plus près de chez eux, sur une soirée, pendant laquelle ils vont avoir les tenants et les aboutissants d'un sujet [...] Quoi de mieux pour ça que des intervenants qui ont écrit sur le sujet ou qui ont une expérience dans le domaine."

Louis de Cacqueray-Valmenier est conseiller municipal Rassemblement National aux Mans. Il dit vouloir "croiser les points de vue." Mais, de point de vue croisé, il n'y en aura aucun, au vue de la programmation.

Le porte-parole est persuadé de l'existence d'un "féminisme de droite" et d'un "féminisme de gauche" qu'il définit ainsi : "D'un côté, il y a une vision très marxiste des choses. C'est un peu le patron contre l'employé, là où dans le féminisme, c'est la femme contre l'homme. Et dans le féminisme de droite, il y a plus une vision de la femme complémentaire de l'homme, et s'élève mutuellement." Les invité.e.s de la soirée appartenant donc à la catégorie dite des "féministes de droite."


L'inculture en matière de féministe semble totale alors que l'une des notions les plus fondamentales lorsqu'on parle de féminisme, c'est le mot "déconstruction". La déconstruction, c'est "pourquoi je pense comme je pense". Louis de Cacqueray-Valmenier avoue ne pas "avoir fait d'approfondissement" sur le féminisme en amont de cette conférence qu'il organise avec son association. Si pour réfléchir sur un sujet, on invite des personnes qui pensent comme nous, on ne déconstruit rien, on entretient de manière flemmarde sa pensée, on se rassure dans l'entre-soi.

D'ailleurs, interrogé sur le sujet, Louis de Cacqueray-Valmenier n'a pas vraiment d'idée sur le féminisme à part que le mouvement #MeToo était le fait de femmes d'Hollywood qui, en dénonçant les agressions dans le milieu du cinéma, "n'ont pas inventé l'eau chaude." Et donc ? On laisse faire ? Ne sont-elles pas pour autant victimes d'un système qu'elles sont en droit de dénoncer ?


Quand on lui explique que ce sont aussi des femmes de tous les jours qui en souffrent, les mêmes qu'il défend par sa posture, il embraye sur les attouchements dans le métro ou les blagues lourdes. La méconnaissance du quotidien des femmes est visible. Il ajoute : "L'homme était porté en accusation, enfin, beaucoup d'hommes, parfois par vengeance, parfois de manière réelle". La fameuse accusation de la délation. Rappelons que de très rares noms sont sorties pendant #Balance ton porc, le mouvement ayant fait plus office de catharsis.


L'obsession pour les Femen et le porno source de tous les maux


Il évoque à plusieurs moment les Femen, il est persuadé que le porno, "une addiction", est source des maux d'une société de plus en plus violente depuis qu'elle existe. On en reparlera quand Monsieur de Cacqueray-Valmenier se sera renseigné juste un peu sur les violences qu'ont subit les femmes à travers les âges.


Pour lui : "On n'a pas besoin de la parité en fait, moi je préfère la société du mérite." Il parle également du " cadre du mariage" et du "couple qui avait des enfants", qui n'existe plus et qui déstabilise une société autrefois "civilisée et digne de ce nom".

Il n'y a aucune remise en question de ce qu'on appelle un système patriarcal et aucune connaissance déconstruite puis reconstruite sur ce qui peut nous façonner en tant que personne ou la lente décantation qui a fait le terreau de notre société et de ses jeux de pouvoir.

On en revient sempiternellement à des arguments bien courts, comme #MeToo, mouvement de dénonciation. On réduit le féminisme aux Femen, qui ont leur mode d'action propre, mais qui ne représentent pas à elles seules l'immense richesse des mouvements féministes foisonnants et source d'une liberté folle pour des femmes qui dépose à la porte leurs carcans. Bref, la discussion du Mans n'est pas un débat, c'est une mascarade.

"Il y a beaucoup d'hystérie autour de ça"

Une des photos de la page Facebook qui présente l'événement présente la question suivante : "Féminisme, on se calme et on en parle?" On en revient à la fameuse accusation de la femme libérée qui est en colère. Sur ce mot, Louis De Cacqueray-Valmenier parle, le mot est lâché, "d'hystérie" : "Il y a beaucoup d'hystérie autour de ça. Quand on voit par exemple les Femen. Pour moi les Femen, c'est un cas typique d'hystérie."

Post sur la page de l'événément
Post sur la page de l'événément

Si aucun·e des intervenant·e·s n'est féministe, cela ne pose pas de problème à Louis De Cacqueray-Valmenier : "Si vous avez un cours d'Histoire, vous avez un historien qui n'a pas forcément vécu les événements. En l'occurrence, ça a été notre manière de l'organiser." Marignan 1515. Alors que #MeToo n'a même pas un an. Mais il l'assure : "Marlène Schiappa est invitée si elle veut venir. Elle se prétend le porte-étendard du féminisme. Si les féministes se sentent lésée, elles sont les bienvenues." Avis aux candidatures.