"Ce n'est pas très féminin" : "Incroyables transformations" se vautre dans le sexisme

"Ce n'est pas très féminin" : "Incroyables transformations" se vautre dans le sexisme
"Ce n'est pas très féminin" : "Incroyables transformations" se vautre dans le sexisme
Le sang des internautes n'a fait qu'un tour. En cause : les réflexions sexistes des juré·e·s de l'émission de relooking "Incroyables transformations" face aux passions d'une jeune femme, et le comportement aberrant de son frère.
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Le principe du show nous avait déjà fait bondir lors de son lancement, en 2019, on vous le résume rapidement. Chaque jour, trois pros du relooking accueillent dans leur salon parisien les proches d'une candidate (souvent une femme), qui assurent souhaiter l'"aider" à améliorer son apparence. Ses fringues, ses cheveux, sa façon de se maquiller qui ne seraient pas assez distingués, actuels, flatteurs à leur goût : il faut que ça change. Pour qu'elle se sente mieux, plaident-ils, même si on devine que c'est plutôt eux, que ça dérange.

Après l'avoir allègrement critiquée sans que la pauvre concernée ne soit présente pour se défendre, ils s'éclipsent pendant qu'elle entre dans l'arène. Là, ses habitudes vestimentaires et beauté sont passées au crible par le trio de choc, à coup de piques verbales télégéniques et d'analyses pas franchement pointues. Nicolas Waldorf, le coiffeur, Ludivine Aubourg, la makeup artist et Charla Carter, la styliste, animent leurs visages poudrés d'expressions exagérées comme jamais, et finissent par la prendre sous leur aile pour une, on vous le donne en mile, "incroyable transformation".

On laissera l'audience juger du succès de la manoeuvre côté look, car nous, ce qui nous hérisse le poil, c'est plutôt la tonne d'injonctions qui transpirent de l'émission.

"Elle est à deux doigts d'être jolie, mais elle ressemble à rien"

Dernier exemple en date : le cas de Justine, 24 ans, dont la séquence a été diffusée ce lundi 10 mai. Jordan, son frère, se pointe en amont de son arrivée pour expliquer qu'il aimerait, en gros, qu'elle ne soit plus celle qu'elle est aujourd'hui. La raison : il en a "marre". Le pauvre bougre ne tolère pas les passions de sa soeur (elle chasse, aime le foot et est aussi pompière volontaire). Pas des vrais trucs de filles, déplore-t-il. Ce à quoi la styliste Charla Carter répond qu'en effet, "ce n'est pas très féminin", et Jordan de rétorquer : "Non, et c'est ça le problème". La suite n'est qu'un florilège de commentaires hallucinants.

"Je lui dis qu'elle est à deux doigts d'être jolie, mais qu'elle ressemble à rien", poursuit-il. Ce qu'il veut, c'est qu'elle devienne "élégante", "féminine" (c'est une obsession). Et Charla Carter de rempiler : "Il faut qu'on prouve à Justine qu'on peut aimer les passions masculines, mais rester féminine". La Britannique ne voit aucun souci dans le comportement sexiste et clairement agaçant du jeune homme, qu'elle qualifie d'ailleurs de "touchant". Et nos yeux de sortir de leurs orbites pour de bon.

"Challenge accepted", lance l'experte, et la maquilleuse d'ajouter : "Encore faut-il qu'elle accepte !". Eh oui, le consentement, c'est à ne pas zapper.

Débarque alors Justine. Après quelques justifications sur ses hobbies, elle se plie au "jeu". Non sans le petit coup de pouce de la production, puisque celle-ci la prend par les émotions en lui montrant une vidéo larmoyante de son père qui la prie d'adopter "un look de femme". "Il faut que tu apprennes à t'apprêter pour t'épanouir avant tout", presse le paternel. Et l'assemblée de s'émouvoir de cette scène à peine croyable en 2021.

Heureusement pour notre foi en l'humanité, nous n'étions pas les seul·e·s à avoir envie de crier dans un coussin.

Sur Twitter, nombreuses et nombreux sont les internautes qui ont passé leurs nerfs en direct. "Mais elle a les passions qu'elle veut ? Tellement sexiste cette émission", lance une voix anonyme. "Du coup une femme ne peut pas aimer le foot ni les camions ? Bonjour les années 80s", renchérit une autre. "Je ne supporte pas cette phrase 'c'est pas féminin', mais ferme-la ça ne veut rien dire", s'énerve une troisième. Clairement, l'indignation est palpable - et ô combien légitime.

Justine sortira de l'expérience moulée dans une jupe en skaï taille haute assortie d'un chemisier à fleurs, une grosse touche de rose fuchsia sur les lèvres et du fard à paupière indescriptible sur les yeux. La définition d'une "vraie fille" selon l'équipe, imagine-t-on. Et la démonstration pure et simple qu'aujourd'hui encore, les stéréotypes genrés et les carcans qui en découlent, ont la dent dure. Affligeant.