"Judy", portrait (trop) propret d'une icône brisée

Renée Zellweger en Judy Garland
Renée Zellweger en Judy Garland
Dans le biopic "Judy", en salle ce 26 février, Renée Zellweger se transfigure pour incarner la légendaire Judy Garland. Alors, on y va ?
A lire aussi

Courbée, chancelante, essorée. Judy Garland traîne sa frêle silhouette cabossée de sa suite d'hôtel aux coulisses du théâtre où elle est censée se produire. La scène, c'est là où la chrysalide s'est ouverte et qu'elle s'est transformée en papillon. Mais les lumières trop fortes des projecteurs l'ont cramée. C'est là toute l'originalité de ce Judy. Loin d'être un récit hagiographique de l'actrice et chanteuse, le biopic du réalisateur Rupert Goold se focalise sur le crépuscule de la vie de la star, alors qu'elle entame une laborieuse tournée de concerts à Londres. Dès lors s'installe un compte-à-rebours funèbre qui ne dit pas son nom, puisqu'il relate les six derniers mois de sa vie avant son décès en 1969 à l'âge de 47 ans, des suites d'une overdose.

De son passé d'enfant-star élevée au sein de l'écurie MGM, on n'entreverra presque rien. Tout juste quelques flashbacks hamiltoniens où l'on retrouve la jeune Dorothy du Magicien d'Oz (1939), broyée par l'ogre hollywoodien. L'ado est fliquée en permanence, gavée de pilules pour l'empêcher de se nourrir (elle n'était autorisée à manger qu'un bouillon, sur ordre du mogul Louis B. Mayer). Une période qui laissera des séquelles indélébiles sur l'interprète de l'inoubliable Over the Rainbow.

Car la quarantaine passée, Judy ne sait pas s'alimenter, ne sait pas dormir, ne sait plus vivre. Elle se raccroche aux amphétamines, aux barbituriques et écluse les verres de vodka. Et la diva lunatique s'isole, accablée de fatigue, rongée par la dépression.

Réne Zellweger dans Judy
Réne Zellweger dans Judy

Cette déchéance, Rupert Goold la filme avec un classicisme et un manque de subtilité dommageables. Tout cela est très propre, lisse et finalement peu poignant, en dépit des outrances de Renée Zellweger, qui en fait ici des tonnes. Mais l'actrice- oscarisée pour ce rôle... "à Oscar" - parvient, lorsqu'elle tempère son interprétation, à ressusciter sur le fil cette figure fanée. On regrettera que Judy n'ait pas bénéficié d'un traitement plus organique pour sonder en profondeur la psyché et le corps brisés de cette énième vedette abîmée par le système hollywoodien.

Bande-annonce Judy

Judy

Un film de Rupert Goold

Avec Renée Zellweger, Jessie Buckley, Finn Wittrock...

Les dossiers