Connaissez-vous ces 7 incroyables femmes révolutionnaires ?

Madeleine Pelletier, figure emblématique de la médecine française.
Madeleine Pelletier, figure emblématique de la médecine française.
Avec "Rage against the machisme", l'autrice et historienne Mathilde Larrère délivre un livre aussi impertinent que son titre le suppose. Un opus féministe qui regorge de figures de femmes indignées, persécutées, exceptionnelles. En un mot ? Révolutionnaires. La preuve par 7.
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"On se lève. On se casse. On gueule. On vous emmerde". Nous n'avons pas oublié ces puissants mots de Virginie Despentes, décochés comme un hymne à l'adresse d'Adèle Haenel. Ils trônent en introduction de Rage against the machisme, récit passionné de luttes féminines (et féministes) des siècles passés par l'historienne et spécialiste des révolutions Mathilde Larrère. Des luttes ouvrières, anti-capitalistes, anti-racisme, des luttes nationales aussi, où s'entrecroisent Révolution française et Parti communiste, Mouvement de Libération des Femmes (MLF) et marches #NousToutes.

Un voyage dans le temps pour mieux réunir les combats, individuels et collectifs, dévoiler leurs particularités comme leurs complémentarités. Port (militant) du costume par les femmes, droit à l'avortement, "efforts de guerre" féminins... Autant de thématiques qui squattent trop peu les livres d'histoire en cette rentrée scolaire. Avec, en guise de repères, des icônes qui s'érigent. La femme de lettres Olympe de Gouges. La journaliste Marguerite Durand. L'anarchiste Louise Michel. L'avocate Gisèle Halimi. Et tant d'autres.

C'est aussi pour cette variété de portraits que Rage against the machisme s'impose fissa dans les rangs de notre bibliothèque. Parmi ce casting, sept noms sautent aux yeux. Quiconque s'intéresse aux indignations, d'hier et d'aujourd'hui, se doit de les retenir. Panorama.

Hubertine Auclert (1848-1914)

"Les femmes n'ont pas à fêter le quatre-vingt neuf masculin, elles ont à faire un quatre-vingt neuf féminin". Le droit de vote des femmes fut l'un des combats de cette journaliste, suffragette et écrivaine, qui toute sa vie durant s'est battue pour la citoyenneté et l'indépendance des anonymes françaises. En pleine seconde moitié du 19e siècle, elle fait même entendre sa voix pour que les femmes puissent se présenter aux élections.

De sa parole éclairée, elle va jusqu'à déboulonner la sacro-sainte convention du mariage. "Dès que l'homme a épousé, il considère si bien la fortune ou le produit du travail de la femme comme siens, qu'il les fait naturellement servir à son plaisir", écrit-elle dans La Citoyenne (1881). Autrement dit, une avant-gardiste. En sa mémoire, le centre francilien Hubertine-Auclert milite aujourd'hui pour l'égalité entre les femmes et les hommes.

Madeleine Pelletier (1874 – 1939)

Vous connaissez (peut-être) Docteur Quinn, mais connaissez-vous Madeleine Pelletier ? Autrement plus badass. Cette Parisienne est la première femme médecin diplômée en psychiatrie de l'histoire de France. Au tout début du 20e siècle, cette femme de sciences rejoint effectivement les "internes" des asiles du pays. Médecin, donc, mais aussi femme de lettres antimilitariste, militante suffragiste, anarchiste, pionnière du féminisme moderne...

Madeleine Pelletier étudiait l'esprit des hommes, leur folie, leurs abus, leurs injonctions. Prise de position parmi d'autres, elle portait des costumes et l'assumait, fière, comme pour défier le patriarcat. Ses punchlines pullulent. Exemple ? "Mon costume dit à l'homme : je suis ton égale". Mais aussi, nous rappelle Mathilde Larrère, "L'utérus n'est pas plus honteux que l'estomac, le coeur ou le cerveau". Du bon sens qui fait d'elle un role model stylé.

Tee Corinne (1943-2006)

Le Cunt Coloring Book. Comprenez, le cahier de coloriages de la chatte. On ne fait guère plus emblématique que cette création féministe et ludique de Tee Corinne, grande figure de l'activisme lesbien de la seconde moitié du 20e siècle. Sourires solaires et esprit en constante ébullition définissaient cette artiste underground qui a aussi bien investi le champ de la photographie que celui de l'édition.

Beaux arts, photos, dessins... En pleine ère contre-culturelle américaine (les seventies), Tee Corinne ne refusait aucun medium afin de mettre en avant l'intimité des femmes (notamment leurs vulves) de façon explicite, mais aussi la force des artistes lesbiennes, que ses clichés sont venus immortaliser avec beaucoup de bienveillance.

Comme l'écrit Mathilde Larrère, la réédition de son Cunt Coloring Book est l'ingrédient majeur d'un grand tout qui a participé à (enfin) rendre visibles les organes génitaux féminins dans l'espace public, culturel, médiatique. A l'instar des graffitis "Viva la vulva", du succès des Monologues du vagin d'Eve Ensler et de certaines performances contemporaines - comme le kayak vaginal de l'artiste Megumi Igarashi, nous apprend l'historienne. Aujourd'hui, l'autrice Louise Mey parlerait plus volontiers de "Chattologie", un joli mot, presque anthologique.

Solitude (1772-1802)

Sous ce nom mélancolique, un drame historique. Née en Guadeloupe en 1772, Rosalie est réduite en esclavage aux Antilles. Vingt ans plus tard, l'esclavage est aboli en Guadeloupe... avant d'être rétabli en 1802 par l'empereur Napoléon Bonaparte. Rosalie va alors rejoindre un groupe d'anciens esclaves qui clament leur révolte et luttent pour leur liberté. Rosalie n'est plus. La jeune femme se fait alors appeler "Solitude".

Rosalie est née d'un viol. Sa mère, déjà, était esclave. Quand "Solitude" prend les armes, elle est enceinte d'un petit garçon. Après de sanglants combats, elle sera finalement arrêtée. Emprisonnée, Solitude donne naissance à son enfant. Et est pendue le lendemain de son accouchement. Son garçon naîtra esclave. Indignation et tragédie s'enlacent dans cet autre récit de l'esclavagisme. Pour ne pas oublier celle qui refusait les chaînes, une statue à été édifiée en Guadeloupe, dans le quartier de Baimbridge aux Abymes.

"Ce ventre que porte fièrement la statue de Solitude évoque combien le ventre des femmes était au coeur des processus de domination masculine, raciste et coloniale, et le restera longtemps", relate l'autrice de Rage against the machisme, pour qui il y a bien "une histoire genrée de l'esclavage", entre viols et avortements forcés.

Djamila Bouhired (née en 1935)

Déjà évoquée en cette rentrée littéraire dans le manifeste La puissance des mères de Fatima Ouassak, Djamila Bouhired est une inépuisable source d'inspiration. Une résistante algérienne historique, et membre du Front de libération nationale, en pleine bataille d'Alger. Condamnée à mort pour "actes terroristes" à la fin des années 50, elle défendait ses convictions - et l'indépendance de son pays - jusqu'aux tribunaux français.

Ainsi, à l'annonce du verdict du juge, elle rira aux éclats. Pour l'historienne Mathilde Larrère, c'est là une façon pour celle qui a connu injustices et tortures, "de rire à la tête de la justice coloniale". Elle sera finalement graciée en 1962. Sa consoeur Djamila Boupacha, autre révoltée, subira quant à elle des violences aussi bien physiques que sexuelles lors de son arrestation. Comme l'affirme l'historienne, des figures comme celles de Djamila Bouhired ou Djamila Boupacha sont bien la preuve que toute cause politique engendre son lot de "répressions genrées". L'indignation est d'autant plus étouffée quand elle se conjugue au féminin.

Awa Thiam (née en 1950)

La Parole aux négresses, c'est le titre de l'un des essais majeurs d'Awa Thiam. Un ouvrage de référence. L'autrice sénégalaise y narre les nombreuses violences et discriminations dont font l'objet les femmes africaines. De quoi ériger l'intellectuelle en nom majeur de l'afroféminisme. Parce que ce qu'elle écrit est politique, toujours. Au gré de ses réflexions, Awa Thiam déboulonne bien des tabous. Intimes par exemple, dans un autre de ses opus : La sexualité féminine africaine en mutation, qui lui permet d'évoquer le sujet des mutilations génitales. Un engagement qui lui tient à coeur.

En 1982, l'anthropologue et activiste prend ainsi la tête de la Commission pour l'abolition des mutilations sexuelles, qui vise, entre autres, la pénalisation de l'excision. Mathilde Larrère déplore que son nom ne pas plus cité au sein des mouvements militants, alors que les problématiques que l'autrice aborde sont toujours d'actualité - du racisme structurel à l'oppression des jeunes filles. Pour l'historienne, "il reste encore beaucoup à faire face à l'occultation des problématiques du racisme dans le féminisme français".

Joséphine Pencalet (1886-1972)

Au coeur de Rage against the machisme, une certaine histoire de France(s). Celle que nous conte Joséphine Pencalet, ouvrière, syndicaliste, politicienne, révoltée. A une époque où les femmes ne pouvaient encore se faire élire, cette native de Douarnenez parvient tout de même à devenir conseillère municipale au sein de sa chère Bretagne. Comment ? En se jouant d'une faille : l'éligibilité des candidats n'était vérifiée qu'a posteriori.

Parmi tant d'autres "têtes de sardines" (les ouvrières des conserveries), Joséphine Pencalet a porté sur elle de vastes mouvements de grève pour exiger de meilleures conditions de travail. Droits des travailleurs (sous-payés), droits des femmes... L'une des premières femmes élues en France est de ces voix qui sont venues bousculer le patronat - et le patriarcat. Autrement dit, un peu plus de rage envers la machine capitaliste et machiste.

Rage against the machisme, par Mathilde Larrère.
Editions Du Détour, 217 p.

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