Que cache notre addiction au "micro-shopping" ?

Que cache le boom du micro-shopping ?
Que cache le boom du micro-shopping ?
Acheter des objets de petit montant très fréquemment peut devenir une drogue. Une psy explique comment le hobby digital va parfois jusqu'à affecter notre santé mentale, et que faire pour lever le pied.
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Le réflexe est courant. Dans les transports, sur notre canapé, au bureau à la pause-dej' : notre téléphone n'est jamais bien loin et les applis de shopping en ligne non plus. On remplit nos paniers comme s'il s'agissait d'un jeu, voire d'un passe-temps comme un autre. Un petit collier par-ci, un t-shirt par-là : en quelques minutes, on se perd dans un tourbillon d'achats compulsifs à la sauce digitale, donc décuplée car ultra-accessible.

On s'entend penser : "Tiens, si je me prenais un masque au concombre pour ce week-end ? Et pourquoi pas cette lampe frontale pour lire dans mon lit quand tout le monde dort ? Ce plat à muffins rose bonbon irait si bien avec la louche spéciale pâte à crêpe vert menthe que j'ai reçue avant hier ! Seulement dix euros pour une boîte à télécommande à accrocher au canapé ? Une aubaine !"

Bref, on ne se contrôle plus : une frénésie d'un nouveau genre s'est emparée de nous. Un peu comme un vide qu'on tenterait de combler. Une façon de calmer nos angoisses, de penser à autre chose et de retrouver une certaine satisfaction. D'ailleurs la simple lecture du mail qu'on recevra quelques jours plus tard intitulé "commande expédiée" nous réjouit.

Mais rapidement, on culpabilise. En pensant à la planète et à l'impact de notre mode de consommation, à notre compte en banque qui, même si nos achats dépassent rarement trente euros chacun, se consume à petit feu, et à notre santé mentale qui semble prendre un sacré coup sous le poids d'une nouvelle addiction.

Le micro-shopping, un cercle vicieux ?

Il y a un mot pour ce comportement : le micro-shopping. Il est encouragé par les réseaux sociaux, mais aussi tout un tas de systèmes de facilités de paiement type "3 fois sans frais" ou "buy now, pay later" ("achetez maintenant, payez plus tard", en français) - particulièrement populaires aux Etats-Unis, antre de la carte de crédit et des dettes à la consommation.

Une jeune New-Yorkaise de 30 ans nommée Sarah explique au magazine Refinery29 que, tout simplement, acheter lui fait du bien. Ou plus précisément : acheter des tables basses et des bibliothèques sur eBay lui fait du bien. "Je trouve ça relaxant de parcourir des pages de tables et de miroirs et de les imaginer dans ma vie", confie-t-elle. Cependant, elle admet vite : "Je suppose que c'est une dépendance au shopping. Je veux constamment améliorer mon quotidien et le rendre plus attrayant pour les autres. Lorsque je quitte la maison, je me juge par rapport à ma table basse : 'Non, cette table ne me représente pas'. J'imagine que cette nouvelle obsession pour eBay est une recherche d'identité." Et lâche : "C'est tragique."

Tragique ? Non. Révélateur et parfois inquiétant, peut-être. Pour la psy Wendy Gregory, c'est surtout la porte ouverte à un cercle vicieux nocif. On tait nos angoisses en se concentrant sur nos achats, mais le temps passé en ligne les réveille à son tour - donc rebelote. "Si vous n'êtes pas en mesure de contrôler ce comportement, alors il est potentiellement préjudiciable à votre santé mentale", prévient l'experte.

Elle associe d'ailleurs cette lubie à la dépendance aux jeux d'argents, aussi appelé le jeu pathologique. Et l'affirme : la technologie a empiré les choses. "Elle permet l'addiction au shopping de la même manière que les paris en ligne ou les casinos permettent l'addiction au jeu. Les sites exacerbent le problème en proposant constamment des suggestions d'articles que vous pourriez également aimer. Il est trop facile de cliquer dessus". Ça, et les innombrables invitations à acquérir toujours plus de la part d'influenceur·e·s pas forcément mal intentionné·e·s, mais dont le discours peut s'avérer ravageur.

Dans d'autres cas encore, les heures gâchées sur les plateformes des géants du prêt-à-porter ou de la seconde main viennent empiéter sur un temps précieux. A passer avec ses proches, à prendre soin de soi, voire à construire son futur. "Je fais constamment des achats sur Internet", avoue sur un forum Reddit une jeune fille de 15 ans, qui raconte utiliser la carte de crédit de ses parents désormais criblés de dettes. "A tel point que je fais grossir mes paniers en classe ou quand je suis censée étudier." Critique.

Comment se raisonner ?

Aux grands maux, les grands remèdes. On ne parle pas de dire adieu pour toujours à un plaisir coupable tant qu'il est contrôlé, mais de reconnaître qu'il nous faut une vraie pause si on ne se sent plus réellement maître·sse de ses actes. Dans ce cas, la psy Wendy Gregory avise fermement de couper court à toute activité menant de près ou de loin au micro-shopping. Brutal, mais efficace. "Supprimez ces sites de vos appareils et cherchez d'autres moyens de contrôler l'anxiété", lance la spécialiste.

De façon moins catégorique, elle recommande de limiter son accès à certaines applis à 30 minutes quotidiennes ou à seulement quelques jours par semaine, une manipulation possible sur de nombreux smartphone. Ou bien de détourner son attention du butin. "Si vous ne pouvez vraiment pas résister, alors avant d'appuyer sur le bouton de confirmation, levez-vous et allez faire quelque chose qui vous distraira pendant 10 minutes", incite-t-elle. "La plupart des envies de fumer s'estompent dans ce laps de temps. Ou bien mettez votre article dans le panier et décidez de ne pas le valider avant le lendemain. Vous constaterez probablement que vous n'en voulez plus".

Comme pour tout, la modération est la clé, conclut la psychologue. C'est-à-dire qu'on peut évidemment continuer à traîner en ligne tant qu'on ne sombre pas dans l'excès. Enième conseil cependant, plus personnel : la prochaine fois que vous vous dites que cette cuvette de toilettes LED bleu néon trouvée sur Wish serait du plus bel effet dans vos cabinets, arrêtez tout. La qualité est aussi pourrie que vous l'imaginez, et les gouttes de pipi font sauter la lumière.