"Le pire, c'est les autres" : la youtubeuse Léa se confie sur son avortement

La youtubeuse Léa se confie sur la violence subie lors de son avortement
La youtubeuse Léa se confie sur la violence subie lors de son avortement
La youtubeuse Léa, alias "Je ne suis pas jolie", dévoile une vidéo dans laquelle elle se confie sur son avortement, lorsqu'elle avait 16 ans. Un témoignage bouleversant qui pointe un tabou encore trop présent dans notre société.
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"Aujourd'hui, j'aimerais vous parler d'un moment très personnel de ma vie, d'un sujet tabou dont on parle peu sur les réseaux. Je vais vous parler de l'avortement", annonce Léa, youtubeuse connue sous le pseudo "Je ne suis pas jolie".

Dans une vidéo intitulée "Mon avortement, le pire c'est les autres" postée sur sa chaîne Youtube (voir ci-dessous), la jeune femme raconte son histoire, celle qu'elle a vécu à l'âge de 16 ans, lorsqu'elle a subi une interruption volontaire de grossesse (IVG). "Je pense que mon histoire peut toucher d'autres jeunes femmes dans la même situation. À l'époque, j'aurais aimé avoir d'autres personnes autour de moi qui avaient vécu la même chose", estime-t-elle.

Léa est tombée enceinte en 2013, quand elle avait 16 ans. "Je ne comprenais pas trop ce qui m'arrivait. Pour moi, j'avais envie de garder ce bébé et c'est vrai que quand vous venez d'apprendre que vous êtes enceinte vous êtes tiraillée entre mille émotions et mille situations. Évidemment, ce n'était pas du tout la bonne période pour tomber enceinte, j'avais 16 ans, j'étais au lycée...", se souvient-elle.

La youtubeuse Léa se confie sur la violence subie lors de son avortement

Quand Léa l'annonce à son entourage, les réactions sont mitigées. Ses proches étaient là pour elle, mais pas du tout présents pour l'écouter". "Je ne leur en veux pas", précise la jeune femme. "C'est très compliqué de savoir comment réagir dans ce genre de situation".

Mais ce qui a surtout marqué Léa, c'est la manière dont son avortement s'est déroulé sur le plan médical. À l'époque, elle prend un rendez-vous chez un gynécologue pour une échographie. L'examen médical révèle une présence d'activité cardiaque dans l'embryon.

La jeune femme s'attend alors à ce que la procédure soit accélérée et qu'on lui prescrive une pilule abortive. "Au lieu de quoi, on m'a tout simplement fait patienter. C'est quelque chose que je ne comprend toujours pas", confie-t-elle dans sa vidéo.

"Allez, on baisse la culotte !"

Deux semaines plus tard, on la fait revenir à l'hôpital. En pleine période d'examens, elle se confie à l'un de ses professeurs pour lui expliquer qu'elle ne pourra pas passer son bac blanc. Celui-ci réagit à peine, ne la soutient pas. Pire : il le raconte à d'autres enseignant·es, si bien que l'histoire fait le tour du lycée.

"Le corps enseignant savait que Samuel et moi étions ensemble. Un jour, une de mes profs est venue voir Samuel pour lui demander : 'comment peut-on tomber enceinte aujourd'hui avec tous les moyens qui sont mis à notre disposition ?' On a tous les deux étaient très choqués. Je ne comprendrai jamais comment on peut avoir ce genre de réaction", commente la youtubeuse.

Le personnel médical non plus ne lui a pas été d'une grande aide. Au bout de deux semaines, donc, Léa retourne chez le gynécologue. "Samuel et moi on s'assoit, le gynéco me regarde d'une manière hyper particulière et me dit : 'allez, on baisse la culotte, on baisse le pantalon'! (...) Pire expérience de ma vie, j'ai été traumatisée, je ne suis plus allée voir un gynécologue pendant des années."

"J'avais l'impression d'être à l'usine"

Elle finit par obtenir un rendez-vous pour un avortement médicamenteux. Cette fois, Léa est bien reçue : l'équipe d'infirmières se montre bienveillante, sa mère l'accompagne. Mais après l'avortement, l'adolescente a d'importants saignements. Le retour au lycée s'avère éprouvant.

"Un jour, en cours de sport, je perd tellement de sang que je dois me changer au bout de 20 minutes. Je prends ma prof à part, et je lui demande les clés du vestiaire. Mais elle me dit non. Choquée, je finis par lui expliquer que j'ai récemment subi un avortement. Elle me répond qu'elle est déjà au courant. J'hallucine un peu, et je pars. Le lendemain, convocation chez la directrice avec la prof de sport. Elles voulait me mettre une sanction. Là, j'étais au bout."

Les saignements ne s'arrêtent pas. Léa retourne à la clinique pour passer un examen : on lui annonce qu'elle doit se faire opérer. Le jour de l'intervention, le médecin anesthésiste arrive et commence à lui injecter un produit, sans la prévenir, ni même lui dire bonjour. "J'avais l'impression d'être à l'usine, d'être un numéro."

"On m'a infantilisée"

Léa s'est finalement remise de son intervention, aussi bien "physiquement que psychologiquement". Mais elle déplore le manque d'empathie de la part de son entourage, aussi bien de la part de ses enseignant·es, que des médecins qui l'ont suivie.

"Je trouve ça dommage qu'il n'y ait pas plus d'accompagnement plus respectueux et plus empathique dans ces moments-là. (...) Ce n'est pas parce qu'on est pour le droit à l'avortement qu'on doit affronter des gens froids et irrespectueux, comme cela m'est arrivé. On m'a mis des bâtons dans les roues, on m'a infantilisée."

"Je sais que ce n'est pas une période facile, mais le temps fait le bien les choses. Soyez entourées des personnes qui savent vous réconforter dans ces moments difficiles", conclue Léa en s'adressant aux jeunes filles qui pourraient traverser une épreuve similaire à la sienne.