Lucie Castets est l’une des rares personnalités politiques françaises à se revendiquer lesbienne. Son coming out a d’ailleurs suscité une large lesbophobie sur les réseaux sociaux : une haine anti-lesbiennes, qui se traduit par des insultes, des discriminations, une stigmatisation largement menée par les hommes. Cela s’envisage aussi dans la culture, au sein de l’industrie musicale par exemple, où une chanteuse comme Hoshi dénonce régulièrement l’ire qu’elle engendre.
A l’instar d’Alice Coffin, ex-élue parisienne et militante féministe, autrice de l’ouvrage de référence Le génie lesbien, Lucie Castets, qui fut l’un des grands espoirs du Nouveau Front Populaire notamment incarné par François Ruffin, revendique cette condition de femme qui aime les femmes. Une présence queer qui ne fait pas consensus dans l’hexagone d’autant plus que, pour bien des aspects, être une femme lesbienne est déjà politique.
Et en Une du magazine Têtu ce mois-ci, elle persiste et signe.
Car trôner en couverture du magazine des cultures LGBTQ n’a rien d’anodin, que l’on soit sportif ou représentant des citoyens. C’est là encore un geste intime et politique.
Dans une longue interview, la femme politique évoque ses convictions et le programme du parti auquel elle s’affilie, ce qu’elle envisage dans le cadre des prochaines élections, le sexisme que subissent les élues. Mais c’est une visibilité qu’elle apporte, surtout, aux voix lesbiennes. Qui nous renvoient là encore, aux mots d’Alice Coffin sur le sujet.
Car dans Le Génie Lesbien justement, Alice Coffin évoque l’importance de se dire “lesbienne” et de prononcer ne serait-ce que le mot. Elle écrit jusque dans nos pages, au sein d’une interview qu’elle a consacré à Terrafemina : "Comment dénoncer les problématiques si on refuse de les voir et de les nommer ? C'est ne pas reconnaître qu'elles existent sous couvert d'un "on s'en fout". Il y a un déni général. C'est comme si les médias ne souhaitaient même pas commencer à en parler. Le mot "lesbienne" a en lui une autre résonance et met en panique les hommes. Il est davantage interprété comme un défi au masculin. Et ça, ça m'intéresse ! Le rejet de ce mot en dit long sur sa force".
C’est à l’unisson ce qu’exprime Lucie Castets elle-même.
Dans une interview pour Le Monde l’an dernier, avant de s’ériger en Une de Têtu pour présenter son évolution au sein de la scène politique en 2026, au vu des prochaines élections, elle revenait sur les conséquences de son coming out, suite à un portrait de Paris Match qui lui avait été consacré, et avait fait beaucoup parler. Et assénait : "C’est d’une très grande violence ces gens qui disent “on s’en fout”... Le simple fait de le clamer est le signe qu’ils ne s’en foutent pas vraiment !". Et épiloguait : "Un coming out, ce n’est pas de la publicité, ça apporte plutôt de l’hostilité qu’autre chose". On notera que c’est ce même “On s’en fout” que l’on retrouve d’un témoignage à l’autre : une remarque systématique dans la bouche des détracteurs, qui vise à dé-politiser la condition des femmes lesbiennes.
Gageons qu’elle ne dit pas mieux dans les pages de Têtu, revue qui démontre l’engagement de ceux et celles qui choisissent d’y figurer, un choix qui lui permet de rappeler à quel point les paroles lesbiennes exacerbent réactions et haine sur les réseaux sociaux. "Les femmes lesbiennes souffrent à la fois d'une condamnation homophobe de base, et d'une silenciation sexiste. Ces deux choses assemblées, être lesbienne devient carrément un non-sujet", déplore à ce titre Louise Morel, l'autrice du manuel Comment devenir lesbienne.