Doechii, iconique révélation musicale et impératrice des Brit et Grammy Awards, brillante par son flow et son sens prononcé de l'insolence badass, vient de faire son coming out lesbien. Sur ses réseaux sociaux, elle vient effectivement d'inclure le mot "lesbienne" alors qu'auparavant, elle se disait plutôt bisexuelle.
Femme qui aime les femmes et nouvelle incarnation de ce slogan salutaire : Bravo les lesbiennes ! Et oui, se dire lesbienne, ce n'est pas "privé", ce n'est pas "indiscret" ou "obscène". C'est important. Très. Dans une interview accordée à GayTimes en 2024, elle déclarait déjà, relate le nécessaire compte LGBTQ, Pink News : « Je pense que j'ai toujours été lesbienne. J'ai toujours su que j'étais lesbienne. Je suis actuellement bisexuelle. Je suis en couple avec une femme et j'ai toujours su que j'aimais les femmes. J'en ai été très consciente dès mon plus jeune âge. ».
Et tout cela est important. Se dire lesbienne est un acte intime et politique.
Dans une société où les violences lesbophobes s'exacerbent, où la montée du masculinisme menace autant les femmes que les homosexuels, dans une industrie qui a toujours autant de mal à visibiliser ses voix lesbiennes (en France, elles sont emblématiques, mais rares : Pomme, Angèle...), se dire lesbienne est d'autant plus nécessaire que ce mot, vraisemblablement, énerve beaucoup. Entre ceux qui disent "ce n'est pas nos affaires" (comme si on leur avait demandé leur opinion) et ceux qui semblent considérer le terme comme une insulte ou une obscénité, le dire, le répéter, est déjà une forme d'engagement.
Doechii se dit lesbienne. Et cette déclaration n'a vraiment rien d'anodin. A ceux qui disent que tout cela ne concerne personne, on a envie de leur répondre par quelques déclarations érudites. Des personnes concernées. Le coming out, toujours aussi difficile, contribue à rendre visibles les lesbiennes. Et soit dit en passant à dénoncer les discriminations et la stigmatisation dont elles font l'objet.
On vous rappelle ces mots d'Alice Coffin à Terrafemina sur le fameux débat "lesbienne ? on s'en moque, c'est privé" : "Comment dénoncer les problématiques si on refuse de les voir et de les nommer ? C'est ne pas reconnaître qu'elles existent sous couvert d'un "on s'en fout". Il y a un déni général. C'est comme si les médias ne souhaitaient même pas commencer à en parler. Le mot "lesbienne" a en lui une autre résonance et met en panique les hommes. Il est davantage interprété comme un défi au masculin. Et ça, ça m'intéresse ! Le rejet de ce mot en dit long sur sa force"
"Le mot "lesbienne" est toujours source de fâcheries, surtout quand il se place au sommet d'un livre. Un ancien responsable de France Culture m'a même expliqué que j'étais comme Staline ou Pol Pot, c'est dire ! Les lesbiennes n'ont cessé de porter sur elles la lutte féministe, les droits des femmes. Ce qui provoque des moqueries, une envie d'étouffer leurs propos, et ce phénomène est toujours aussi vivace."
Surtout, dit-elle, dans ce long entretien qu'elle accorde à Terrafemina, on ne naît pas lesbienne (en tout cas, pas toujours) et de fait, en partie à cause de la lesbophobie tenace, la condition des femmes lesbiennes est par essence militante. Par la force des choses, par défaut.
Alice Coffin : "Je dis donc qu'être lesbienne, c'est politique. Mais sans verser dans l'essentialisation. Je ne dis pas : "Hop, tu es lesbienne, tiens, tu as des pouvoirs magiques". Ce n'est évidemment pas ça. Déjà, je crois qu'on ne naît pas lesbienne. Que l'on vit tout un parcours, fait d'obstacles, d'injonctions. Un parcours psychique, mental, affectif. Et c'est au bout de ce parcours que l'on peut enfin se se dire lesbienne."
Les mots d'Alice Coffin en disent long sur l'invisibilisation des lesbiennes. Et de fait, l'importance de faire porter la voix.
Et ceux tout aussi éloquents de l'iconique Kristen Stewart, à propos de son coming out public qui a énormément compté pour la communauté LGBTQ : « Je n'ai jamais eu l'impression de cacher quoi que ce soit dans mes relations. Je veux qu'on me connaisse. J'avais le sentiment que c'était déjà le cas, alors je n'éprouvais pas le besoin d'en rajouter. Mais à ce moment-là, j'ai eu le sentiment que c'était une prise de position qui pourrait bien ouvrir des portes aux autres. »
Et puis, chez nous aussi, on a pu entendre des discours qui insistent sur le caractère jamais anodin de se dire lesbienne. On pense très fort à des paroles de célébrités telles que Muriel Robin ou Lucie Castets. Lucie Castets : "C’est d’une très grande violence ces gens qui disent “on s’en fout”, quand tu fais un coming out lesbien... Le simple fait de le clamer est le signe qu’ils ne s’en foutent pas vraiment ! Un coming out, ce n’est pas de la publicité, ça apporte plutôt de l’hostilité qu’autre chose"
Curieux d'ailleurs que ceux qui répètent à tort et à travers "on s'en fout !" semblent si concernés par le simple fait d'écrire ce mot : LESBIENNE. Auraient-ils ce terme en horreur, au point de souhaiter qu'il ne soit jamais prononcé et/ou écrit ? Alors qu'après tout, ils "s'en fichent", à les lire, à les écouter. Un paradoxe qui n'est pas des moindres dans la rhétorique lesbophobe. Fatigue.