Sandrine Josso a vécu un "immense soulagement" au tribunal correctionnel de Paris. Ce 27 janvier, la députée MoDem a été officiellement reconnue victime de Joël Guerriau. Ex-sénateur, il a été condamné pour l'avoir lourdement droguée à son insu lors d'une soirée à son domicile, en 2023, dans le but de la violer. Il a écopé d'une peine de quatre ans de prison, dont dix-huit mois ferme, avec mandat de dépôt différé. Son avocat a d'ores et déjà annoncé que l'homme politique de 68 ans allait faire appel de sa condamnation ; il reste donc présumé innocent.
Lors de son procès médiatique, Joël Guerriau a tout fait pour convaincre le tribunal de son innocence. À la barre, il a plaidé l'erreur. Il a assuré avoir servi par "inadvertance" à son "amie" du champagne… dans un verre où se trouvait de la MDMA, pure à 91,1 %. Si les avocats de l'ancien sénateur n'ont pas contesté que Sandrine Josso a été droguée chez Joël Guerriau, ils ont réfuté l’intention d’agresser sexuellement la députée.
Le tribunal, lui, a retenu plusieurs éléments du dossier pour statuer sur l’intention sexuelle de l’empoisonnement, notamment "les conditions intimistes de la soirée organisée unilatéralement, les déclarations de la plaignante, l’insistance à vouloir la faire boire, les variations de lumière, les tours de magie, corroborés par ses recherches internet" sur la drogue du viol.
À la barre, la députée, qui lutte contre la soumission chimique, a raconté "le goût étrange du champagne". Et les effets horribles de la drogue. Ce soir-là, elle s'est sentie "partir" puis "mourir". "J’ai commencé à avoir des nausées. M. Guerriau se levait, il était comme monté sur ressorts, très agité, jouait avec le variateur de lumière. J’avais des palpitations, j’ai commencé à avoir les jambes qui tremblaient, j’avais très soif", a-t-elle décrit.
"J'ai reconnu ma faute, j'étais stupide, j'étais ridicule", a-t-il lancé au tribunal, estimant qu'il avait été un "apprenti sorcier" en conservant pendant des mois de la MDMA avec lui. "Ce n'est pas un acte de séduction, la soumission chimique, c'est un acte d'agression", avait pour sa part plaidé l'avocat de Sandrine Josso avant la condamnation. À la sortie de l'audience, l'ex-sénateur s'est dit "totalement écrasé".
"Je n’ai jamais eu l’intention de commettre une agression sur Sandrine Josso. Je suis abattu […]. C’est un cataclysme. J’ai beaucoup de compassion pour Sandrine, pour tous les gens qui peuvent vivre ce genre de situation", a-t-il lancé. Sa victime présumée, elle, s'est décrite comme "une victime privilégiée" qui a pu s'échapper. "Je me dis que, si ce procès peut servir la cause, pour toutes les victimes invisibilisées, pour toutes les victimes qui n’ont pas eu de procès, ça sera aussi une réparation collective à laquelle j’aurais eu le bonheur d’œuvrer", a-t-elle ajouté.
Sandrine Josso n'a pas évoqué la peine prononcée par le tribunal. Mais sur Internet, beaucoup l'ont jugée très faible au regard des faits dont Joël Guerriau a été reconnu coupable (et pour lesquels il a fait appel, on le rappelle). "30 mois de sursis… mais en France il y a moyen de violer les gens sans souci ou comment ça se passe ?", "Mais c’est une grosse blague", "Dégoûtée par la justice qui ne nous protège pas", "Pourquoi la justice est-elle toujours aussi clémente avec les méchants ?", "Une peine trop légère", peut-on lire parmi les nombreux commentaires.
À noter que le parquet avait requis quatre ans de prison, dont trois ans ferme, à l'encontre de l'ex-sénateur de 68 ans. Dans sa décision, le tribunal correctionnel de Paris a aussi prononcé une inéligibilité de cinq ans, mais sans inscription au fichier des délinquants sexuels (FIJAIS), du fait de "l’absence d’antécédent", ainsi qu'une "obligation de suivre des soins psychologiques ou psychiatriques", une "interdiction d’entrer en contact avec Sandrine Josso" et une obligation de l'indemniser. Dans l'attente d'un procès en appel, Joël Guerriau ne sera donc pas incarcéré ni définitivement condamné.