César 2026, la course a enfin commencé : les nommés de la grande cérémonie du cinéma français viennent tout juste de tomber et cela laisse un espoir concernant le sacre d'une réalisatrice acclamée par la critique.
"Par respect pour les victimes de violences sexuelles et d'agressions, il a été décidé de ne pas mettre en lumière des personnes qui seraient mises en cause par la justice pour des faits de violence", annonçait en grande pompe l'académie des César il y a deux ans de cela.
Ce qui explique certainement pourquoi Abdelatif Kechiche est absent des concourants au précieux sésame - ce qui risque d'horrifier la critique hexagonale, qui l'adule. Alors, que retrouve-t-on dans la prestigieuse catégorie, érigeant en plus haut les auteurs et autrices qui font l'art hexagonal ? Réponses ci-bas.
Carine Tardieu pour L'Attachement, Dominik Moll pour Dossier 137, Stéphane Demoustier pour L'Inconnu de la Grande Arche, Richard Linklater pour Nouvelle Vague, Hafsia Herzi pour La Petite Dernière. Voici pour les metteurs en scène nommées au César de la meilleure réalisation cette année. Et oui, vous le constaterez suivant un rapide calcul : il y a bien non pas une, mais deux femmes cinéastes nommées dans cette catégorie.
Ahurissant. L'académie des César deviendrait-elle soudainement féministe ? C'est aussi cela les bonnes résolutions de début d'année.
Et si cela engendrait tout bonnement deux fois plus de chances de perdre pour les réalisatrices ?
Deux, c'est un chiffre clé adoré par le cinéma français. Car deux, c'est aussi le nombre de femmes cinéastes récompensées dans toute l'histoire des César. Tonie Marshall pour Vénus Beauté Institut et Justine Triet pour Anatomie d'une chute. Quand il s'agit de donner le la au female gaze et au matrimoine, ou juste à la diversité, le téléphone résonne dans le vide côté Académie.
Pour combien d'oubliées ? Noémie Lvovsky, Maïwenn, Pascale Ferran, Agnès Jaoui, Nicole Garcia, Josiane Balasko, Christine Pascal, Coline Serreau, Agnès Varda, on en passe et des plus emblématiques encore !
Oh, ce n'est pas bien grave. Imaginez si en plus d'invisibiliser sèchement les femmes cinéastes, on récompensait Roman Polanski. Ce serait vraiment le pompon. Heureusement que la société n'est pas si patriarcale et que les victimes de violences sont toujours entendues par la justice, comme par la culture.
Audrey Dana, la réalisatrice de Sous les jupes des filles, pour le Huffington Post, y va de son analyse acerbe en 2023, alors que les réalisatrices cette année-là se retrouvent snobées : "ces nominations reflètent une société patriarcale. Lorsqu’on pense aux meilleurs films, on pense forcément à des bonshommes, c’est sûr et certain, car si l’espace public permet désormais aux voix féministes de s’exprimer, la société stagne encore".
Cela étant, focalisons-nous sur le positif. D'un côté Carine Tardieu, réalisatrice d'un film acclamé par la critique et le public, L'attachement, où Valeria-Bruni Tedeschi éblouit, alors que le traitement de divers motifs (famille, maternité, indépendance féminine, deuil), témoigne d'une subtilité soulignée par bien des avis unanimes.
De l'autre, une actrice Césarisée, également très bonne cinéaste, qui avec La petite dernière met en scène une relation lesbienne avec audace et tendresse, sans craindre de tutoyer des sujets épineux, aussi intimes que politiques, comme l'énonce le fameux adage féministe, tout en criant, comme cela a pu être le cas à Cannes : bravo les lesbiennes ! De quoi envoyer les lesbophobes de tout poil, et ils nombreux en France, se préparer une omelette.
Du côté des actrices, là encore, les nominations réjouissent. On pense aux Espoirs notamment, difficiles à partager ou diviser tant la liste regorge de talents qui sont parvenus à nous éblouir l'an passé : Manon Clavel dans Kika, Suzanne Lindon dans La Venue de l'avenir, Nadia Melliti dans La Petite dernière, Camille Rutherford dans Jane Austen a gâché ma vie, Anja Verderosa dans L'épreuve du feu.