Cette street-artiste afghane utilise le graffiti pour pulvériser les normes

À Kaboul, la street-artiste Shamsia Hassani prouve que l'art est plus fort que la guerre en égayant les murs de la capitale afghane de ses graffitis délicats et colorés. Une première pour une femme dans un pays où leurs droits sont encore loin d'être assurés.
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Quand les Afghans marchent dans les rues de Kaboul, leur capitale, pour se rendre au travail, faire leurs courses ou rentrer chez eux, ils peuvent apercevoir les oeuvres de Shamsia Hassani. Depuis 2010, cette stree-artist née à Téhéran de parents afghans égaye la capitale en habillant ses murs de graffitis colorés et délicats mettant en scène une jeune Afghane aux cils interminables. Coiffé d'un hijab, le personnage récurrent des dessins de Shamsia Hassani est un symbole d'espoir et de paix dans une ville qui a été durant des années le théâtre d'une guerre civile et abrité les forces armées talibanes.

Des dessins porteurs d'espoir et de liberté

Ses dessins sont aussi sa façon de contribuer à rendre les Afghanes plus visibles. Dans une ville où se promener seule dans la rue peut valoir d'être harcelée par des dizaines d'hommes, le message porté par Shamsia Hassani est une démonstration audacieuse de féminisme.

"Mes dessins montrent la force des femmes, leur force, explique la jeune femme dans une interview accordée au site Radar Art . Je veux montrer que les femmes sont revenues à la société afghane avec une nouvelle forme, plus forte. Ce n'est plus l'image de la femme qui reste à la maison. C'est une nouvelle femme, pleine d'énergie, qui veut recommencer sa vie. Vous pouvez voir que dans mes oeuvres, je veux changer la forme des femmes. Je les peins plus grandes que dans la vie. Je souhaite que les gens les regardent différemment maintenant."

Confrontée au sexisme ordinaire, Shamsia Hassani a trouvé dans le street-art la reconnaissance de ses pairs. À seulement 28 ans, la jeune diplômée des Beaux-Arts à l'Université de Kaboul anime même des ateliers où elle enseigne l'art du graffiti aux étudiants. "Je suis la plus jeune professeure de l'université, et la plupart de mes étudiants à l'atelier ont le même âge que moi", affirme-t-elle avec fierté.

Shamsia Hassani leur enseigne notamment la technique qu'elle a appelé "Dreaming Graffiti" et qui consiste à utiliser des images numériques créées en studio comme la toile de fonds de son travail de street-art. En résulte un art audacieux rendant hommage aux femmes afghanes. Vêtues de tenues traditionnelles et souvent tristes, elles n'en sont pas moins porteuses d'un message de liberté artistique : accompagnées d'une guitare ou d'un piano, elles sont libres de leurs choix de vie, tout en restant fidèles aux traditions.

"Dans beaucoup de pays, les gens pensent que le problème, c'est la burqa, explique Shamsia Hassani. Ils pensent qu'il suffit que les femmes enlèvent leur burqa pour que les problèmes disparaissent. C'est faux. Je pense que les Afghanes sont confrontées à de nombreux problèmes, notamment au niveau de l'accès à l'éducation. Et c'est bien plus important que le port de la burqa."