La so british Emma Thompson en 6 films emblématiques

La royale Emma Thompson dans "Late Night"
La royale Emma Thompson dans "Late Night"
La sortie en salles le 21 août prochain de "Late Night" est l'occasion idéale pour redécouvrir la filmo d'Emma Thompson, cette actrice aussi discrète qu'iconique.
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Dans Late Night, Emma Thompson incarne Katherine Newbury, une présentatrice de late-night-show - ces émissions ultra-populaires aux Etats-Unis où se mêlent commentaires caustiques sur l'actualité, invités de prestige, sketchs et performances musicales. Afin de lutter contre le déclin de son programme (et d'éviter son licenciement imminent), cette leadeuse impitoyable se voit dans l'obligation d'embaucher Molly, une femme indienne au parcours de vie diamétralement opposé au sien. De quoi bouleverser une équipe d'auteurs jusque là essentiellement blanche et masculine...

Dans la peau de la cynique Newbury, l'actrice britannique est fidèle à elle-même, tour à tour incisive et sensible, suscitant l'empathie comme le rire franc par ses vannes vaches. Le tout auréolé de questionnements que l'on imagine évidemment très personnels pour l'artiste - telle la place des femmes au sein de la création artistique moderne et l'invisibilisation des actrices de plus de cinquante ans. Des questions on ne peut plus d'actualité, auxquelles la comédienne apporte sa patte inimitable. Mais c'est quoi, au juste, le style Emma Thompson ? Réponse en six films emblématiques.

"Dead Again" (1991)

"Dead Again"
"Dead Again"

Emma Thompson partage avec le comédien, cinéaste et dramaturgue Kenneth Branagh une histoire aussi sentimentale (ils furent mariés quelques années) qu'artistique. Ce grand féru de William Shakespeare met effectivement à l'honneur son inestimable diction dans ses adaptations-ciné des classiques Henry V, Hamlet et Beaucoup de bruit pour rien. Et si sa muse traverse ses nombreuses réalisations - du très étrange Frankenstein à Peines d'amour perdues - c'est avec Dead Again que l'acteur lui offre l'un de ses rôles les plus remarqués...et remarquables.

Ce curieux thriller nous colle aux basques du détective privé Mike Church (Branagh lui-même), enquêteur un brin insolent chargé de retrouver la famille de Grace, une jeune femme amnésique. Grace, Church (église), tout un symbole !...Et pour cause, car le fond de l'air est mystique : stimulés par des séances d'hypnose, les souvenirs et hallucinations de la jeune Grace nous renvoient quarante ans plus tôt et suggèrent que, dans un autre temps (ou une autre vie ?), Church et elle se sont bien connus. Érigée en figure iconique l'espace de quelques flash-backs classieux en noir et blanc (nous ramenant aux années quarante), femme tourmentée par la "force cosmique" du destin, aussi bien hantée par son passé que par un présent dont elle ignore tout, Grace porte en elle un thème fascinant : celui de la réincarnation.

En l'état, une allégorie du métier d'actrice, qui convient on ne peut mieux à Emma Thompson, cette comédienne aux mille visages et aux mille vies, capable de passer du drame british (le bouleversant Au nom du père de Jim Sheridan, pour lequel elle remporte l'Oscar du meilleur second rôle) à l'énorme comédie américaine (Junior, farce de "papa poule" avec Arnold Schwarzenegger), de la satire politique (Primary Colors avec John Travolta en simili-Kennedy) à la comédie romantique la plus rose bonbon (Love Actually).

"Les Vestiges du jour" (1993)

"Les vestiges du jour"
"Les vestiges du jour"

Comment raconter une love story qui n'aura jamais lieu ? C'est là tout l'enjeu des Vestiges du Jour, l'oeuvre très cérémoniale de James Ivory. Connaissant bien les subtilités d'acting d'Emma Thompson (admirable dans son précédent film, Retour à Howards End), le cinéaste lui offre le rôle très nuancé de l'intendante Miss Kenton. Employée au milieu des années quarante au sein du château du prestigieux comte anglais Lord Darlington, Kenton se heurte vite aux remarques strictes de son supérieur, le rigoureux Mr Stevens. Le majordome a très à coeur cette profession qui constitue toute sa vie. Quitte à masquer autant que faire se peut d'évidents sentiments sous couvert de "dignité" - la qualité première de tout majordome qui se respecte selon lui. Mais dix ans plus tard, que lui reste-t-il, hormis des regrets ?

Malgré l'omniprésence de Sir Anthony Hopkins, Emma Thompson est certainement l'âme de cette adaptation du roman de Kazuo Ishiguro. En elle s'expriment l'impossibilité d'une communication - le mur "Stevens" auquel elle se heurte toujours - ainsi qu'une profonde solitude, synthétisant la force mélancolique de ce film aussi solennel que cruel. "Je ne sais pas comment remplir les années devant moi (...) je ne vois que l'isolement dans ce monde...et ça me fait peur", écrit Miss Kenton. Une tristesse qui ne sombre jamais dans le mélodrame facile. Un numéro d'équilibriste.

"Raison et Sentiments" (1995)

"Raison et sentiments"
"Raison et sentiments"

Si l'on devait ajuster un nom féminin à celui d'Emma Thompson, celui-ci surgirait comme une fulgurance : Jane Austen. Car le style tourmenté de la femme de lettres anglaise va comme un gant à la comédienne. Dans cette adaptation de l'un de ses romans par l'esthète Ang Lee (Tigres et Dragon), il suffit de quelques regards pour qu'Emma Thompson saisisse la cruauté et le romantisme des mondanités dépeintes par l'autrice d'Orgueil et Préjugés. Raisons et Sentiments est une ode à ses yeux profondément attristés, qui semblent toujours au bord de la crise de larmes, gorgés d'espoir, de résignation et d'amertume : impossible de ne pas s'y noyer.

Car ainsi se caractérise Elinor Dashwood, moins romanesque et spontanée que sa soeur Marianne (Kate Winslet) mais tout aussi éprise par une certaine "confusion des sentiments" aux effets dévastateurs. Parée d'une beauté toute victorienne, Emma Thompson navigue comme un poisson dans l'eau au sein de cet univers fait de passions ravageuses et de gestes maniérés, de cottages anglais et de non-dits, entre deux chaperons et quelques gants blancs. Son jeu est à la fois très pudique et empreint d'une véritable intensité. Il met en évidence la sensibilité d'une écriture vrillant volontiers au tragique. Car ainsi s'énoncent les destinées de ces soeurs pas comme les autres.

"Harry Potter et le Prisonnier d'Azkaban" (2003)

"Harry Potter et le prisonnier d'Azkaban"
"Harry Potter et le prisonnier d'Azkaban"

L'arrivée d'Emma Thompson dans le monde d'Harry Potter coule de source : de Kenneth Branagh à Maggie Smith en passant par Alan Rickman, l'on ne compte plus le nombre de grands comédiens british que les jeunes générations ont pu découvrir grâce aux aventures du jeune sorcier. Avant même Nanny McPhee, Harry Potter et le Prisonnier d'Azkaban est l'occasion pour Emma Thompson de se laisser aller à une véritable récré filmique. Au sein de l'univers fantaisiste de Poudlard, elle incarne la délirante professeure de divination Sybill Trelawney, l'as des prédictions morbides.

Longs cheveux étalés jusqu'aux épaules et rondes lunettes aux très épais verres sur le nez, colliers et bagues diverses aux bras et aux mains, l'air constamment affolé, la comédienne est proprement méconnaissable. Après des décennies d'interprétations saluées et de performances largement primées, Emma Thompson parvient toujours à se réinventer. Et le fait non sans une certaine jubilation. Hautement contagieuse.

"Nanny McPhee" (2005)

"Nanny McPhee"
"Nanny McPhee"

Nanny McPhee, c'est une Mary Poppins en moins glamour : nez en forme de poireau, dents de lapin, verrues sur le visage. Cette sorcière bienveillante est une "nounou d'enfer" chargée de s'occuper des insupportables garnements du désemparé veuf Cédric Brown. Et quoi de mieux pour calmer des enfants que de leur dévoiler quelques fantastiques tours de magie ? Magie ou sorcellerie, c'est là l'ambiguïté de ce personnage haut en couleurs porté par l'amour que voue Emma Thompson au burlesque. Car l'actrice n'est pas simplement un modèle de jeu "so british" (contenance, pudeur, finesse) mais une érudite de la comédie, passée aux prémices de sa carrière par la troupe du Cambridge Footlights, bande de zozos à l'humour très "Monty Python".

Et cela se voit dans ce très divertissant film pour enfants adapté de la série de romans Nurse Matilda - des livres très populaires outre-atlantique. Le flegme constant de l'enchanteresse contraste avec l'incongruité totale de ses actions folles. Autproclamée "nurse gouvernementale", cette lady venue d'ailleurs court-circuite le réel à grands coups de cheval qui danse et de sandwiches aux asticots. Un sens inné du décalage qui a de quoi réjouir petits et grands. Car les enfants, Emma Thompson sait leur parler : l'actrice a signé plusieurs aventures de l'intrépide lapinot Peter Rabbit, et ne manque jamais de célébrer le talent de Beatrix Potter, la papesse de la littérature jeunesse. .

"My Lady" (2017)

"My Lady"
"My Lady"

Dans My Lady, la comédienne incarne Fiona Maye, Juge de la Haute Cour tenant entre ses mains le sort d'un adolescent. Tiraillée entre le respect de la loi et une éthique bien plus complexe qu'il n'y paraît, Fiona Maye est une professionnelle entièrement dévouée à sa tâche. Encore une fois, Emma Thompson, qui n'a plus rien à prouver, se démarque par le charisme, la force et la dignité qu'elle parvient à insuffler aux personnages de femmes qu'elle interprète. En pleine promo', l'actrice met l'accent sur l'importance des talents féminins au sein du monde professionnel : "il ne s'agit pas pour nous de devenir comme des hommes, il s'agit d'amener du féminin dans le monde, et de rééquilibrer tout ça", déclare-t-elle à l'AFP. Une militance particulièrement salvatrice par les temps qui courent. Et qui transparaît largement dans Late Night, la trépidante comédie que vous ne devez pas louper. Un film à découvrir en avant-première ici-même.