Cette entreprise égyptienne instaure un congé menstruel : une première au Moyen-Orient

Instauration d'un congé menstruel en Egypte
Instauration d'un congé menstruel en Egypte
La société égyptienne Shark and Shrimp devient la première entreprise au Moyen-Orient à instaurer un congé menstruel pour ses salariées.
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C'est une grande première en Egypte. Les employées de l'agence de marketing digital Shark and Shrimp, basée au Caire, n'auront plus à fournir de certificat médical en cas de "dysménorrhée" (règles douloureuses). Et elles auront droit de rester chez elles un jour par mois avant de reprendre le chemin du travail.

"C'est une option proposée à toutes les salariées : elles peuvent choisir quel jour de leurs règles s'absenter", explique la directrice des ressources humaines de la société, Rania Youssef, à The Independent.


Une initiative reposant sur la confiance ("Nous savons qu'elles n'abuseront pas") qui a bousculé en interne dans un pays où, comme tant d'autres, les menstruations restent un sujet tabou.


"Au début, nos employé·es étaient choqué·es et intimidé·es car il n'est pas normal de parler librement de ce sujet au Moyen-Orient et en Afrique du Nord. Mais après avoir compris que cette politique donnait aux femmes la confidentialité de garder leurs jours de menstruations confidentiels auprès d'une représentante des ressources humaines, elles ont été ravies que Shark and Shrimp ne se préoccupe pas seulement de leur travail mais aussi de leur humanité."

C'est une récente campagne en faveur de l'instauration de congés menstruels émanant d'activistes égyptiennes qui aurait notamment sensibilisé le PDG de l'entreprise.

"Nous sommes fiers d'introduire l'Egypte dans la liste mondiale des 10 pays qui offrent des congés aux femmes pendant cette "période stressante". L'Egypte devient le premier pays du monde arabe à prendre une telle décision, prenant en compte la nature, la condition psychologique et physique des femmes à ce moment, chaque mois", a annoncé la société dans un post Facebook daté du 1er avril.

Une mesure qui divise, un tabou qui perdure


L'idée d'un congé menstruel fait son chemin autour du monde. Le Japon fait figure de précurseur puisque le congé menstruel y a été intégré dans la législation dès 1947. Pourtant, selon de récentes estimations, seules 0,09% des Japonaises profiteraient effectivement ce jour off. Soit par surcharge de travail, soit par honte d'évoquer ce sujet avec leur hiérarchie, parce que certaines trouvent les démarches pour demander ce congé exceptionnel trop ardues ou parce qu'elles estiment que les médicaments et les protections périodiques leur permettent de travailler "normalement".

D'autres pays asiatiques comme la Corée du Sud, l'Indonésie ou Taïwan lui ont emboîté le pas. En 2015, la Zambie devenait le premier pays africain à inviter les femmes à prendre un jour de congé pendant leurs règles. Une journée baptisée "le jour des mères".


En Europe, l'Italie avait été tenté de sauter le pas en 2017, mais la proposition de loi n'avait finalement pas été acceptée. Chez nous, si 48% des Français se disent favorables à l'instauration d'un congé menstruel selon un sondage réalisé par le HuffPost, le sujet divise jusque dans les rangs des féministes, certain·es craignant par exemple le renforcement des stéréotypes qu'une telle mesure pourrait entraîner.


"On dit souvent qu'un congé menstruel serait pénalisant pour les femmes, c'est pourquoi je pense qu'un congé de convenance devrait être proposé à toute personne employée quel que soit son sexe, son âge, et sans justification du motif... Un congé pour 'indisposition' a ainsi existé dans l'administration des douanes jusqu'à récemment", nous explique Elise Thiébaut, autrice du livre Ceci est mon sang.

Ne pas normaliser la douleur


En 2016, une étude scientifique saisissante avait démontré que les règles pouvaient être aussi douloureuses qu'une crise cardiaque. Une femme sur cinq souffrirait de dysménorrhée invalidante et une sur dix d'endométriose. Et 68% des femmes estiment que les menstrues peuvent entraver leur travail. Pourtant, au-delà des chiffres, les règles restent un sujet tabou et nombre de salariées prendront un jour de congé durant cette période sans en mentionner la cause.

"Il ne faudrait pas normaliser les douleurs : quand elles vous empêchent de travailler, c'est que cela pourrait être signe d'une maladie comme l'endométriose. Et pour les personnes qui en souffrent – soit 2 à 4 millions en France, 180 millions dans le monde – le congé menstruel, le travail à distance, l'adaptation du poste de travail devraient être proposés à toute personne diagnostiquée, sans pénalité, comme pour la grossesse, à taux plein et sans perte de salaire", renchérit Elise Thiébaut.

"Il est urgent que des salles de repos dignes de ce nom existent dans tous les lieux de travail, surtout quand il s'agit d'un travail pénible – je pense notamment aux personnes qui font le ménage, travaillent dans des usines, des entrepôts, des supermarchés, les hôpitaux, la restauration et l'hôtellerie, et qui pour cette raison peuvent aussi vivre leurs règles moins bien parce que leur vie est plus dure, leurs horaires difficiles, décalés, avec de longues stations debout. On a trop tendance à penser cette question pour des jeunes cadres à haut revenu. Or, les règles concernent tout le monde."

Une raison qui avait poussé l'entreprise britannique Coexist, à l'instar de l'Américaine Nike, à mettre en place un congé menstruel en 2016. "J'ai géré beaucoup de femmes durant ma carrière et j'en ai vu certaines pliées en deux pendant leurs règles. Elles se sentent coupables et ont honte de prendre des jours de congé et restent assises à leur bureau en silence sans reconnaître qu'elles souffrent", confiait à l'époque la directrice Bex Baxter.

Des initiatives isolées qui pourraient faire boule de neige ?