Le manque de "pudeur" des femmes responsable du coronavirus selon un imam pakistanais

Le "manque de pudeur" des femmes responsable du Covid-19 selon un imam pakistanais
Le "manque de pudeur" des femmes responsable du Covid-19 selon un imam pakistanais
Un imam suivi par des centaines de milliers de personnes a provoqué l'indignation lorsqu'il a demandé aux Paskinataises de se couvrir avec davantage de "pudeur", afin d'éviter la propagation de l'épidémie de Covid-19.
A lire aussi

Tariq Jameel est un imam très populaire au Pakistan. Sur sa chaîne Youtube, où il officie régulièrement et plus fréquemment depuis le confinement, il est suivi par 3,5 millions de fidèles. Vendredi 24 avril, lors d'un téléthon organisé à la télévision afin de récolter des fonds pour combattre le Covid-19 (qui a déjà causé 343 décès et plus de 15 000 cas recensés), c'est un tollé qu'il a déclenché en prenant la parole pour dénoncer le responsable de la pandémie.

"Totalement inacceptable"

D'après le religieux, "si nous commençons à suivre un hadith (communication orale du prophète Mahomet), je jure devant Dieu que le corona disparaîtra". Il énonce alors quatre points destinés à "éloigner le mauvais oeil", rapporte l'AFP. Parmi eux, il appelle fortement à "garder la morale intacte, son point culminant étant la pudeur". Mais la pudeur de qui ? Des femmes, forcément. "Qui a démoli la pudeur dans mon pays ? Qui fait danser les filles de notre nation ? Qui raccourcit leurs robes ?", questionne l'imam. Il n'en a pas fallu davantage pour soulever une vive polémique au sein du pays.

Pour la ministre des Droits de l'Homme Shireen Mazari, "Il est tout simplement absurde que quiconque, sous quelque prétexte que ce soit, suggère que la pandémie (...) est le résultat du fait que des femmes portent des manches courtes", écrit-elle sur Twitter. "Il attribue cette pandémie à la prétendue immodestie des femmes pakistanaises", publie à son tour Sherry Rehman, sénatrice et ancienne ministre de l'Information. "C'est grossièrement calomnieux à plusieurs niveaux, totalement inacceptable". Des propos que dénonce à son tour Nighat Dad, féministe reconnue : "Arrêtez de mentionner le corps des femmes. Elles ne sont plus le champ de bataille des ambitions politiques ou religieuses de quiconque".

Repéré par l'AFP, un internaute explique d'ailleurs que le coronavirus a pénétré et s'est propagé au Pakistan "par l'intermédiaire des tablighis", une confrérie de missionnaires musulmans conservateurs dont l'imam est une figure de proue. Sur les réseaux sociaux, les défenseurs de Tariq Jameel ont pour certains appelé à boycotter "présentateurs télé et féministes".

"Nous sommes tous responsables"

Mardi 28 avril, l'imam s'est exprimé sur le réseau social : "Récemment, j'ai fait quelques commentaires que je souhaite clarifier", entame-t-il. "Mon but était de souligner que nous sommes tous responsables de notre situation actuelle. Il s'agissait d'une remarque générale qui ne visait pas un homme, une femme, une personne ou un genre en particulier, mais d'un rappel pour nous rapprocher de ce qu'Allah nous enseigne." Et de continuer : "Mon but était de nous rappeler à tous de nous concentrer sur le spirituel et de nous éloigner de nos désirs et du matérialisme. Je suis le premier à admettre, comme je l'ai enseigné au fil des ans, qu'il n'y a aucune excuse pour faire des commentaires blessants sur quiconque ou pour mettre quelqu'un mal à l'aise."

Selon le Forum économique mondial, le Pakistan est classé 151e sur 153 pour les disparités de genre. Chaque année, d'après Amnesty International, plusieurs centaines de femmes sont assassinées pour avoir insulté "l'honneur".