Le confinement, piège ou opportunité pour les couples ?

Le confinement aura-t-il raison de mon couple ?
Le confinement aura-t-il raison de mon couple ?
24 heures sur 24 ensemble, on dirait le titre d'un mauvais téléfilm. Ce n'est ni plus ni moins que notre quotidien pour les prochaines semaines, enfermé·e avec notre moitié dans très peu de mètres carrés. On s'aime, certes, mais la proximité effraie. Le confinement va-t-il nuire à notre relation ? Un expert répond : oui... et non.
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Les scientifiques occidentaux regardent vers la Chine pour décoder notre avenir face au Covid-19. Pic d'épidémie, mesures gouvernementales restrictives, débordement des hôpitaux, durée du confinement. On vit beaucoup de ces événements à retardement. Et leurs conséquences ont des chances de nous atteindre de plein fouet - même les moins évidentes, type séparations amoureuses.

Alors que la quarantaine prend fin de ce côté de l'Asie, un domaine a été étonnamment touché : le mariage. A la réouverture des bureaux administratifs, les officiers ont été submergés par les demandes de divorce. Notamment à Xi'An, dans la province du Shaanxi. Isoler les époux dans de petites surfaces "a fait surgir des conflits sous-jacents", confie Wang, fonctionnaire du registre des mariages et apparemment expert en la matière, au média canadien Global Times. Les quotas journaliers de l'établissement explosent jour après jour, forçant les autorités à baisser le nombre de procédures acceptées - de 14 à 10 - par manque de main d'oeuvre pour les traiter. Ça en dit long. Et en même temps, sept semaines ça l'est, long. Un constat prémonitoire ?

Revenons en France. Le confinement n'est instauré que depuis une semaine et déjà, les tensions se font sentir au sein des couples. Après quelques jours quasi idylliques, les choses sérieuses commencent. Des petites réflexions acerbes sur des sujets anodins, des prises de tête inutiles sur des disputes qui traînent depuis des mois. Personne n'est épargné·e. Ce qui diffère d'une relation à l'autre, c'est l'intensité de l'électricité ambiante. Il faut dire que se voir sans arrêt a de quoi user notre patience.

"Notre sujet de dispute principal ? Le Covid-19"

Lila, 32 ans, journaliste indépendante, a fait le choix de partir en province avec son compagnon pour vivre le confinement loin de leur appartement parisien. Ils avaient l'occasion de loger dans une maison avec jardin où ils ne seraient en contact avec personne, ils l'ont saisie.

Elle raconte que malgré des conditions plus confortables qu'à Paris, l'adaptation est parfois rude. Il faut croire que l'espace ne garantit pas toujours l'entente parfaite. "Les premiers jours, je ne vais pas mentir, ce confinement avait des airs de vacances", confie Lila. "Jeux de société, apéro, sexe dans l'après-midi...". Pourtant, elle a la sensation que leurs discussions dérapent. Plutôt qu'un échange d'avis posé, elles prennent la forme d'un "ring de boxe, où l'autre cherche à avoir raison voire à mettre verbalement KO" son adversaire.

Leur sujet de dispute principal ? Le Covid-19, justement. "Comment la crise est-elle gérée dans notre pays, comment font les autres pays ? Je m'aperçois que nous ne sommes pas vraiment d'accord. Là, les tensions sont palpables ! Nous brandissons nos téléphones à la recherche d'un article ou de l'intervention d'un spécialiste comme l'ultime arbitre qui viendra nous départager." Un contexte politique qui creuse les différends.

Mais au-delà de l'actualité, c'est le fait de vivre les humeurs de l'autre - rendues insupportables à force de les côtoyer - qui irrite. "Habituellement, il est au boulot quand je m'agace sur des choses du quotidien et moi je ne suis pas là lorsqu'il râle. Avec le confinement, forcement tout est là, devant nous. Parfois on râle que l'autre râle alors qu'il faudrait sûrement accepter que dans un journée, tout n'est pas rose."

Accepter et savoir s'adapter, c'est le mantra d'Alexandre Cormont, coach en séduction. Et sa solution pour survivre à la situation. Il nous confirme que cette cohabitation permanente et inhabituelle est évidemment à l'origine d'une fréquence de conflits en hausse : "On se retrouve avec l'incapacité de sortir, de dépenser notre énergie et d'avoir une forme de jardin secret ou de temps de qualité avec nos proches", liste l'expert. "Dès lors, le couple est mis à rude épreuve car le moindre accroc peut provoquer une crise forte. C'est cette situation 'inflammable' qui a fait augmenter considérablement le taux de divorce en Chine."

Pour lui cependant, rien n'est perdu, bien au contraire. L'important étant de savoir lâcher prise, et de se réinventer.

S'adapter aux conditions exceptionnelles

Aux couples qui se rongent les sangs en se demandant si le nouveau coronavirus ne sonnera pas, au passage, la fin de leur relation, Alexandre Cormont affirme : "Il est possible d'être heureux avec son/sa partenaire en étant tout le temps ensemble". Ouf. "Simplement, ce n'est pas habituel et cela nécessite donc qu'on puisse s'adapter". A savoir, faire preuve d'empathie et - le coach insiste - de lâcher prise. Il prend un exemple concret : "Je viens de conseiller un homme qui me disait que sa femme ne rangeait pas les affaires comme il voudrait et ça le rendait dingue. Je pense que dans ces situations d'urgence, il faut absolument éviter d'être trop pointilleux·se, et se dire que le plus important est d'être heureux·se, en bonne santé et accompagné·e de la personne que l'on aime."

Ses conseils pour favoriser l'entente ? S'accorder des moments uniquement tous les deux, en mettant de côté les écrans trop tentants, mais aussi des sessions en solo - en s'isolant pour méditer, prendre un bain ou faire du sport, par exemple. Se prévoir des activités qu'on repousse parfois depuis des mois faute de temps (il mentionne les petits-déjeuners au lit, notamment) et puis faire l'amour, se caresser, se prendre dans les bras.

Les couples qui survivront mieux que les autres à ce contexte particulier sont "ceux qui vont énormément communiquer pour exprimer leurs désirs et qui vont pouvoir réinventer leur relation. Le confinement peut être perçu comme une occasion pour se retrouver", conclut-il.

Lila est d'accord. "Être autant ensemble n'a pas que du mauvais", avoue-t-elle. "D'une certaine manière, cela me permet de mieux comprendre mon partenaire. Même si je décris d'abord ce qui ne va pas, il y a beaucoup de choses que j'aime. Avec lui, je peux être totalement moi-même. Il me connaît, je le connais, on connait nos petite failles... Lorsqu'on est confinés, je pense que c'est important de pouvoir être à l'aise. Et là, c'est le cas." L'issue serait donc plus favorable qu'il n'y paraît. A croire qu'il s'agirait même d'une façon de se rapprocher, de prendre soin de sa relation, de faire des projets à long terme - et de grandir ensemble. Le confinement, remède miracle pour souder les couples ? Réponse (on l'espère positive) dans quelques semaines.