Crise de la quarantaine : est-ce que 40, c'est vraiment le nouveau 30 ?

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Du temps de nos parents, on appelait cela "le démon de midi", et ça concernait surtout les messieurs. Aujourd'hui, les femmes aussi ont leur middle-life crisis, pour le meilleur comme pour le pire, un phénomène que Julia Vignali, ex-présentatrice des "Maternelles", a étudié dans un livre qui vient de paraître, et dont elle s'est entretenue avec nous.
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"L'âge mûr, par définition, c'est la période de la vie qui précède l'âge pourri", Pierre Desproges. C'est avec cette citation effrayante que Julia Vignali introduit 40 ans, c'est le nouveau 30 : l'âge de se faire plaisir, livre qu'elle a souhaité rédiger à l'aube de sa propre quarantaine, au moment du bilan et de la crise à laquelle elle n'a pas échappé. Jolie journaliste qui en fait dix de moins (donc 20, si on suit bien ?), dynamique, ayant pris sur un coup de tête la décision d'arrêter Les Maternelles, l'émission chouchou des congés mat' accros à ce rendez-vous matinal où l'on partage son expérience de la maternité, on peine à imaginer la pétillante brune anxieuse à l'idée de passer ce "petit cap difficile" comme nos mères en leur temps. Et pourtant. "Depuis quelques années déjà, je voyais la date fatidique arriver. Parfois, j'y pensais, parfois non. Quarante ans, c'est vieux ! Ca fait déjà vingt ans que je n'ai plus vingt ans... C'est passé tellement vite", écrit-elle. Alors, après trois années à plancher sur la petite enfance, et alors que sa propre vie s'éloignait de ces considérations pour se centrer sur les remous qui touchent les copines, elle décide de plancher avec des spécialistes (psys, coachs, sociologues, sexologues, philosophes) sur cette fameuse middle life crisis qui sonne le glas de l'insouciance.

Quitter un mari qu'elles n'aiment plus et un grand appart acheté à crédit pour leur épanouissement personnel

"C'est un moment tout à fait charnière. Dans son couple, ça commence à partir en vrille, dans sa carrière, on se demande si on a emprunté la bonne voie, si on n'a pas eu d'enfant, on commence à paniquer et si on en a eu, ils commencent à avoir bien grandi", nous raconte-t-elle. "Moi-même, je me suis aperçue que j'avais changé de centres d'intérêt et que, de plus en plus, je me recentrais sur des problématiques liées au couple, à la carrière, au travail et à la conciliation vie pro-vie perso. N'étant spécialiste d'aucun de ces domaines, j'ai réuni des experts et recueilli, surtout, plein de témoignages au cours de dîners que nous avons organisé avec mon éditeur."

En mode "speed-datings" d'inconnues réunies autour d'un chouette repas ou d'un verre entre quadras, ces femmes se confient. D'autant plus, peut-être, qu'elles se rencontrent pour la première fois. Toutes ont connu peu ou prou les mêmes problématiques. Beaucoup exultent et se félicitent d'avoir finalement pris les bonnes décisions, certaines hésitent encore (sont-elles prêtes à quitter un mari qu'elles n'aiment plus et un grand appart' acheté à crédit pour leur épanouissement personnel, les enfants qu'on voit une semaine sur deux et un probable inconfort financier ?). D'autres racontent leurs expériences déçues de nouvelle vie entre deux éclats de rire, comme cette femme qui a tenté la fameuse aventure "chambre d'hôte dans le Gers" avant de se rendre compte que son compagnon draguait les jeunes clientes en goguette et que, finalement, à le voir 100% du temps, c'était "un gros con". Toutes, en revanche, ont senti la rupture symbolique entre une trentaine insouciante, vécue à 100 à l'heure entre les couches, le boulot à abattre, la carrière à construire et la baraque à faire tourner, et cette "vie d'après", qu'il a fallu réorganiser parce qu'on est moins sérieux quand on a quarante ans. Et qu'on aspire à autre chose.

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"En entreprise, à 40 ans, vous êtes senior", souligne Julia Vignali. Beaucoup de femmes, qu'on appelle les "mompreneuses" décident alors de construire leur propre réussite en dehors du cadre traditionnel de l'entreprise de leurs trente ans. "Qu'est-ce que je fais de ma carrière ? Qu'est-ce que je fais de mon couple ? Est-ce que j'ai fait les bons choix ? Est-ce que je suis encore belle, désirable ? C'est fou à quel point toutes les femmes que j'ai rencontrées étaient confrontées aux mêmes dilemnes". Et à celui de la culpabilité, surtout, quand elles doivent prendre, alors, des décisions qui ne les impliquent plus seulement elles, comme à 25 ans, mais toute une famille. Et les enfants, surtout, malgré l'image souvent "cool" que donnent les médias des néo-divorcés, voguant d'une semaine ultra-famille et joyeuse à une autre en mode "célibataire" décomplexé. Rebecca, quarante-deux ans, raconte : "A trente-huit ans, j'ai rencontré quelqu'un sur mon lieu de travail qui m'a littéralement fait tourner la tête. J'avais l'impression d'être redevenue une jeune fille et de vivre une passion extraordinaire. Malgré ce que j'avais construit avec mon mari, j'ai décidé de le quitter et de demander le divorce. Sa douleur et celle de mes enfants ne m'ont pas fait changer d'avis. C'est terrible de se réveiller tous les matins en se disant : 'Mon Dieu ! Qu'est-ce que j'ai fait !' Et puis ça passe petit à petit..."

La maternité au coeur de la quarantaine des femmes

Souvent, lorsqu'elles rencontrent un autre homme, ces quadras déjà mères sont alors confrontées à la fameuse "famille recomposée", famille Ricorée version 2016 aux réalités beaucoup moins roses que dans la publicité. La question de la maternité, plus que jamais, est alors ancrée à l'image de cette femme qui se trouve à un moment charnière de sa vie, plus encore que son homologue masculin moins soumis aux lois de la nature. Faire un enfant maintenant ? Pas si simple. Décider de congeler ses ovocytes en attendant de rencontrer "le bon", ou ne pas avoir à décider entre une promotion et ce désir prégnant dont l'urgence subite devient un problème ? Compliqué.

"Les Françaises vont en Espagne, en Belgique, elles s'organisent, comme toujours", déplore la journaliste. Quant à celles, encore rares, qui assument de ne finalement pas devenir mère, elles sont encore montrées du doigt, taxées d'égoïsme. En bref, ça tangue pas mal pour celles qui entrent dans cette quarantaine laquelle, malgré les avancées de la science, des mentalités, et de la place de la femme dans la société, reste encore aujourd'hui la période des prises de décision soumises au jugement d'une société encore très patriarcale.

Pourtant, après la tempête vient finalement le calme, la sérénité d'avoir résolu ces interrogations, de s'être connectée avec soi-même et de prendre le temps, enfin, de savourer le chemin accompli. "On fait alors les choses en conscience, on arrête de se mentir et de mentir aux autres. On sait qu'on ne sera pas Nicole Kidman et qu'on ne vivra a priori jamais à Hollywood mais ça n'est pas grave. Ca n'est pas la fin de l'illusion mais celle de l'illusoire", nous dit la voix joyeuse au téléphone. Puis Julia Vignali doit raccrocher. Le devoir l'appelle. Elle a plein de projets qui la passionnent et collent à celle qu'elle est aujourd'hui. Une femme super bien dans ses pompes qui accueille avec panache les promesses de ces belles années à venir, et dédramatise si bien une crise qui, finalement, n'est qu'un petit passage obligé pour accéder enfin à la sérénité.

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