"Certains pleurent" : les vendeurs de retour au travail avec la boule au ventre

Vendeuse portant un masque
Vendeuse portant un masque
Après deux mois de fermeture, certain·e·s vendeur·euse·s ont rouvert les grilles de leurs magasins avec anxiété. Et elles et ils font face à l'incivilité des client·e·s sorti·e·s de confinement.
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Beaucoup de Français·e·s attendaient le déconfinement du 11 mai avec impatience. Certain·e·s pour revoir leurs proches, d'autres pour pouvoir faire à nouveau les magasins. Depuis la réouverture des commerces, de nombreux·ses employé·e·s se sont exprimé·e·s sur les réseaux sociaux. Ils sont nombreux·ses à se confier après des journées difficiles.

Méchanceté des clients, agressivité ou encore irrespect des règles imposées par les différentes boutiques, elles et ils racontent leur reprise.

"Les gens en sortie de confinement sont devenus fous"

De nombreux employés dans les supermarchés avaient déjà pris la parole lors de la période de confinement. Ils expliquaient se sentir comme de la "chair à canon" lorsqu'ils servaient les clients. Depuis lundi 11 mai, de nombreux vendeurs dans les boutiques qui ont réouvert partagent ce sentiment.

À Bordeaux, Thibault*, vendeur dans un magasin de bricolage se dit épuisé par sa reprise. Il raconte qu'après une réunion entre collaborateurs lundi 11 mai, des mesures concrètes sanitaires étaient prises dans l'enseigne.

Les caisses sont entourées de vitres installées pour la protection des équipes, cependant les clients n'hésitent pas à passer derrière afin de poser des questions aux vendeurs. "Ils s'agglutinent sur nous", explique-t-il.

Ce vendeur raconte que recommencer à travailler était déjà une source d'anxiété, la réalité n'a fait qu'augmenter son sentiment. "Les gens hurlent 'parce qu'après 2 mois de confinement, c'est inadmissible que leur carrelage ne soit toujours pas arrivé', ils ne comprennent pas que certains fournisseurs reprennent tout juste aussi. Les gens en sortie de confinement sont devenus fous", poursuit-il.

Thibault a la sensation que les clients ne réalisent pas qu'ils s'adressent à des humains. "Tout leur est dû... Ils oublient que nous avons nous aussi été touchés de près ou de loin par le Covid-19."

Pleurer pendant la pause

Thibault confie que ses responsables essaient de faire leur maximum pour protéger les salariés mais cela ne suffit pas pour calmer l'ambiance anxiogène. Si lui tient le coup, certain·e·s de ses collègues profitent de la pause pour sortir du magasin: "Certains pleurent tellement les clients sont agressifs."

Le vendeur a d'ailleurs d'autres exemples: "Lorsque nous demandons aux clients de se placer derrière les vitres à la caisse ou de remonter leurs masques parce qu'ils toussent et éternuent, nous avons le droit à : 'Je fais ce que je veux !' J'en ai marre. J'ai perdu foi en l'humanité."

Les mots sont lourds mais représentent l'état d'esprit de ce salarié. Il précise qu'au moment où il se confie, certains clients sont en train de faire la queue depuis au moins une heure pour régler leurs fournitures.

Masque trop grand et difficulté à gérer le monde

Dans un centre commercial de la ville de Saint-Laurent-du-Var dans les Alpes-Maritimes, même retour de la part d'Héloïse, maquilleuse et vendeuse dans l'une des boutiques de Cap3000. Cette vendeuse parle notamment du port du masque qui n'est pas respecté par la majorité des clients. D'après elle, certains le portent comme un bandana pour rire, d'autres le font pendre en ne l'accrochant qu'à une seule de leurs oreilles.

Face à cela, elle confie avoir du mal à garder son calme. "J'ai totalement respecté le confinement et je n'ai pas vu mon copain une seule fois depuis le début. Quand je pense aux efforts que j'ai faits, c'est difficile de se rendre au travail et de voir tout ce monde agir ainsi", explique la jeune femme.

De son côté, elle porte un masque tout comme les autres vendeuses dans sa boutique, mais d'autres employé·e·s du centre commercial ne le portent pas. "Nous avons reçu des masques mais ils sont souvent trop grands ce qui fait que certains employés ont décidé de ne pas le porter. Je doute aussi de l'utilité de ces masques puisqu'ils sont très fins et peut être même pas réglementaires", rapporte-t-elle. Difficile pour les clients de respecter le protocole, Héloïse explique que lorsqu'elle leur demande de remettre leurs masques, 'ils répondent : "même les employés n'en portent pas !" tout en désignant des vendeurs.

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