Donald Trump commence (déjà) à détricoter le droit à l'avortement

Donald Trump commence à détricoter le droit à l'avortement
Donald Trump commence à détricoter le droit à l'avortement
À peine installé dans le Bureau ovale, le nouveau président Donald Trump a déjà signé une première mesure visant à restreindre le droit à l'avortement aux États-Unis.
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Donald Trump n'aura pas perdu de temps pour commencer à mettre en oeuvre ses premières mesures contre les droits des femmes.

Lundi 23 janvier, soit trois jours après sa prise de fonction, le nouveau président des Etats-Unis a signé un premier décret visant à restreindre le droit à l'interruption volontaire de grossesse. Entouré de chefs d'entreprise et de membres de son gouvernement – tous des hommes blancs, évidemment -, Donald Trump a mis fin à l'aide fédérale que reçoivent les ONG soutenant l'avortement dans le cadre de leurs services de planification familiale en accompagnant les femmes dans leur démarche et en les adressant à des médecins pratiquant l'intervention.

La décision du nouveau président ne restreint pas seulement le droit à l'avortement aux États-Unis : en coupant l'aide financière de l'Agence américaine pour le développement international jusqu'ici accordée aux ONG, Donald Trump supprime en réalité l'aide que reçoivent les femmes au niveau international, la plupart de ces ONG étant implantées dans les pays en développement.

Chaque année, les Etats-Unis dépensent environ 600 millions de dollars à l'aide internationale pour les programmes de santé reproductive et la planification familiale, ce qui permet à 27 millions de femmes dans le monde d'accéder à des moyens contraceptifs. Précisons qu'aucun dollar de cette aide n'est consacré à pratiquer des avortements, l'amendement Helms de 1973 empêchant l'argent des contribuables américains de financer des IVG à l'étranger.

Le Républicain n'est pas le premier à supprimer cette aide financière internationale. Ronald Reagan et George W. Bush avaient avant lui signé des décrets similaires, abrogés ensuite par Bill Clinton et Barack Obama.

Une terrible régression pour les droits des femmes dans le monde

Mais Donald Trump ne s'est pas arrêté là. Lundi, le président s'est engagé à nommer à la Cour Suprême un juge opposé à l'IVG afin d'inverser le rapport de force dans la plus haute juridiction du pays. Cela pourrait, à terme, déboucher "automatiquement" sur l'annulation de la Roe V. Wade, l'arrêt historique de 1973 qui a reconnu l'avortement comme un droit constitutionnel.

"C'est le premier coup de boutoir contre la liberté", s'est ému le Planned Parenthood, le planning familial américain. D'autant que le calendrier n'est pas choisi au hasard par le nouveau président américain, la signature du décret intervient deux jours après la tenue de centaines de Women's March partout dans le monde et au lendemain de l'anniversaire de la signature de la Roe V. Wade.

Interrogée par RFI, Serra Sippel, présidente du Centre pour l'égalité des soins et des genres à Washington (CHANGE) estime que l'ordre exécutif signé par Donald Trump pourrait avoir des conséquences terribles sur les conditions de vie des femmes et des filles dans les pays en développement et dans les zones de conflits.

"Nous savons par des études qui ont été menées quelles ont été les conséquences de la mise en oeuvre de cette politique: elle a empêché les femmes d'avoir accès à la contraception, on a pu l'associer à un taux d'avortement plus élevé, elle a entravé les efforts de lutte contre le VIH Sida, elle a contribué à la fermeture de cliniques, et elle a empêché les femmes d'avoir accès aux services d'avortement sans risques. Donc c'est très inquiétant pour ne pas dire absurde qu'en 2017, le président des Etats-Unis réintroduise une politique dont on a prouvé qu'elle mettait en danger la vie et la santé des femmes et des jeunes filles."