Le plaidoyer du basketteur Stephen Curry pour une éducation féministe

Le joueur Stephen Curry et sa fille Riley Curry
Le joueur Stephen Curry et sa fille Riley Curry
Dans une lettre inspirante, le joueur de basket américain Stephen Curry s'engage fermement pour l'égalité. Un exemple qu'on aimerait voir plus.
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Comme on le répète souvent, les femmes ont besoin d'alliés. Si les hommes ne se décident pas à lâcher leur position dominante et leurs privilèges, les femmes féministes auront beau faire tout ce qu'elles peuvent, elles protesteront dans le vent.

Là, c'est une grande figure du basket américain qui a décidé d'ouvrir la voie pour l'égalité. Le joueur de basket de 30 ans, Stephen Curry, meneur de l'équipe des Warriors de Golden States en Californie et champion de NBA, a écrit une lettre intitulée "This is personal" ("C'est personnel") sur le site The Players Tribune. Une magnifique lettre de soutien à l'égalité.

Le joueur, qui a deux petites filles, commence par parler du fait qu'il a été élevé par sa mère Sonya, fondatrice d'une école Montessori. Il évoque aussi sa femme qui est entrepreneuse. Il explique alors : "J'ai reçu cette éducation sur ce que cela veut dire d'être une femme en Amérique".

Il se dit fier que l'une de ses filles veuille devenir une "basketteuse cuisinière" et que ses parents soient devenus pour elle des modèles. Le fait que ses deux fillettes grandissent constitue pour lui un challenge : "Je mentirais si je n'admettais pas que l'idée de l'égalité des femmes est devenue un peu plus personnelle pour moi dernièrement."

Le joueur ajoute : "Je veux que nos filles grandissent en sachant qu'il n'y a pas de limites à leur avenir, un point c'est tout. Je veux qu'elles grandissent dans un monde où leur sexe n'est pas ressenti comme des règles sur ce qu'elles devraient penser ou être, ou faire. Et je veux qu'elles grandissent en estimant qu'elles peuvent rêver grand et s'efforcer d'avoir une carrière où elles seront traitées équitablement. Et bien sûr : payées à parts égales."

"Sois toi-même. Sois bonne et essaie d'être géniale"

Stephen Curry raconte également son expérience d'un camp de basket avec 200 petites filles la semaine précédant l'écriture de sa lettre. Dans leur entraînement, il a été impressionné par leur implication. En dehors du terrain, il a aussi été étonné par leur maturité. Lors d'une discussion avec un panel de femmes entrepreneuses, les jeunes filles avaient de nombreuses questions sur ce qu'est être une femme dans le monde adulte et de l'entreprise.

"Une des filles a demandé à Ariel Johnson Lin, vice-presidente chez JPMorgan Chase & Co., de quelle façon, au cours d'une réunion d'affaires et qu'elle a une excellente idée- mais que la réunion est composée de huit hommes et d'elle en tant que seule femme- elle réfléchirait à la façon de transmettre son idée. Est-ce qu'elle changerait sa façon de formuler les choses, ou son langage corporel, ou son ton de voix, en fonction du déséquilibre entre les sexes dans son milieu de travail ?"

Il poursuit : "J'ai été époustouflé. Je veux dire, nous parlons ici d'une enfant de 14 ans qui a les connaissances et la sophistication nécessaires pour amener une simple session de questions-réponses à ce niveau. Et des questions comme la sienne - ce sont vraiment les questions que les jeunes femmes continuent de se poser au sujet du milieu de travail en 2018."

Stephen Curry en vient à la conclusion que si les jeunes filles se posent ces questions, c'est qu'elles sont résignées sur l'existence du système qui les domine mais qu'elles veulent s'adapter : "C'est parce que c'est encore si profondément enraciné en elles, même en 2018, que l'inégalité n'est qu'une chose à laquelle il faut s'attendre."

Le meneur des Warriors de Golden State raconte que ce moment du camp de basket a été le plus fort et qu'il lui a donné l'envie d'aller plus loin. Il donne aussi dans sa lettre la réponse qu'Ariel Johnson Lin a donnée à cette adolescente de 14 ans : "Sois toi-même. Sois bonne et essaie d'être géniale – mais sois toujours toi-même." Il décrit alors la réaction du public : "Vous pouviez voir toutes les filles du camp hocher de la tête à l'unisson et je dois être honnête : cela a été un moment très fort pour moi."

Nous avons besoin de plus de Stephen Curry

Cette lettre du champion est salutaire. Le féminisme est encore plus fort quand il n'est pas qu'une question de penseuses et penseurs éloigné·e·s du terrain. Il faut des figures grand public pour faire prendre conscience au plus grand nombre les enjeux de l'égalité. En cela, Stephen Curry est un formidable allié. Dans le sport, mais pas seulement.

On peut également noter son bel engagement en faveur du sport féminin quand il écrit : "Cela n'est pas 'du basket de femmes'. C'est juste du basket. Joué par des femmes, et célébré par tout le monde". Point barre, comme il n'existe pas de football féminin mais des équipes féminines de football.

En France, on aimerait que de telles figures s'engagent autant alors que ces derniers mois, la simple défense de la sécurité des femmes a déclenché une avalanche de suspicion et de démontage en règle.

Comment élever un garçon ?

Le meneur des Warriors de Golden States lance un message pour l'avenir : "Travaillons à combler le manque de possibilités pour les femmes. Travaillons à combler l'écart de rémunération."

Cet été, Stephen Curry et sa compagne Ayesha Curry ont eu leur premier garçon et le couple se pose aujourd'hui la question de comment élever leur fils Canon. "Je sais déjà, en me basant uniquement sur son sexe, que Canon aura probablement des avantages dans la vie dont ses soeurs ne peuvent que rêver. Comment en tant que parent je peux me sentir à l'aise avec ça ?"

Alors comment faire différemment ? : "Je pense que la réponse est assez simple. Je pense que tu lui dis la même chose que nous avons dite à ces filles la semaine dernière à notre camp : Sois toi-même. Sois bon, et essaie d'être génial - mais sois toujours toi-même. Je pense que vous lui apprenez à toujours rester à l'écoute des femmes, à toujours croire en elles."

Il incite chacun·e à passer une bonne fois pour toutes à l'action : "Pour être un véritable défenseur de l'égalité des femmes - il ne suffit plus d'en apprendre davantage à ce sujet. Vous devez le faire. On est en 2018 : l'école est finie. Il est temps d'aller travailler."

Alors au travail !