Porno féministe, âgisme dans le X... La réalisatrice Olympe de G. nous livre son expérience

Porno éthique, âgisme dans le X... Pour la réalisatrice Olympe de G, "Jouir est un sport de combat"
Porno éthique, âgisme dans le X... Pour la réalisatrice Olympe de G, "Jouir est un sport de combat"
Dans son livre "Jouir est un sport de combat" (Larousse), Olympe de G. revient avec minutie sur son parcours de réalisatrice de pornographie éthique et alternative. Pour Terrafemina, elle explique pourquoi "porno féministe" n'est pas une expression paradoxale.
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Qu'est-ce que le porno éthique ? Quelle place doit tenir l'empathie dans le X ? Est-il possible de proposer des films pour adultes féministes et inclusifs ? Toutes ces questions, et bien plus encore, sont éclaircies dans un témoignage minutieux prenant la forme d'un journal de bord du X : Jouir est un sport de combat, premier livre de la réalisatrice Olympe de G. Cela fait quelques années déjà que la cinéaste favorise une idée différente de la pornographie, plus égalitaire et expérimentale que son envers mainstream.

De ses films en tant que réalisatrice (comme Une dernière fois, qui bénéfice de la performance libérée de la sexagénaire Brigitte Lahaie) à ses podcasts érotiques (Voxxx), Olympe de G. privilégie une vision immersive et exigeante du sexe qui fait sens. Jouir est un sport de combat met plutôt le la sur le cérébral en livrant toute une introspection, nécessaire lorsque l'on produit des contenus qui depuis des décennies divisent au sein des luttes féministes. Peut-on être pornographe et féministe ? Oui, répond Olympe de G.

Elle le démontre avec cette lecture fait écho aux livres et manifestes, plus visibles aujourd'hui, des travailleurs et travailleuses du sexe. Un opus à lire donc, et voici pourquoi.

Pour son exploration du porno éthique

"Je fais de la pornographie alternative. Je fais exister un regard féminin – le mien – sur la sexualité et les corps. L'affaire en soi n'est pas simple", prévient Olympe de G. d'entrée. Ancienne performeuse porno, créatrice de podcasts érotiques comme L'appli rose et Voxxx, la réalisatrice a aussi bien exploré la pornographie sous la forme d'immersions sonores (l'expérience en son binaural Chambre 206 à l'Hôtel Grand Amour) que de films audacieux, avec le long-métrage Une dernière fois, diffusé sur Canal Plus.

Mais malgré ces années de créations originales, elle peine toujours à se faire entendre. "J'ai l'impression de tenir une rôle d'outsider. Je ne fais pas vraiment de cinéma, puisque c'est du porno. Je ne fais pas vraiment de porno, puisque c'est du porno alternatif. Je suis féministe, mais on peut aussi me contester ça. A travers mes films, je fais en sorte d'expliquer ma démarche face à une incompréhension globale", nous raconte-t-elle.

Jouir est un sport de combat peut justement faire office de manuel pour qui s'intéresse à la production du porno alternatif en France, fait par des femmes, et plus respectueux de la complexité émotionnelle des corps qui s'agitent.

Autrement dit, un porno éthique, soucieux durant sa conception du bien-être des performers (les acteurs et actrices) sur le tournage, mais aussi émancipé des diktats physiques, codes et normes de genre qui abondent dans la pornographie dite mainstream.

"Dans le porno éthique, les corps et les sexualités sont pluriels, on entre dans des univers variés avec des performers qui ne singent pas des manières stéréotypées, les performers sont bien traités et payés correctement, et l'expression du consentement est incluse via une phrase, un regard", comme le définit auprès de la réalisatrice Charline, fondatrice du compte Instagram Orgasme et moi.

Pour sa réflexion féministe stimulante

Féminisme. Le mot revient, résonne et pourrait déranger. Car comme l'énonce la documentariste Ovidie dans la préface de Jouir est un sport de combat, s'aventurer sur le territoire du porno alternatif peut volontiers engendrer des critiques virulentes de la part des militantes : "On est accusée de soutenir les proxos, les bitards, la marchandisation du corps, la culture du viol". D'aucunes comparent la pornographie à une forme de viol, ou à la prostitution. "Cela fait quarante ans que des femmes réalisent du porno féministe, pourtant, cela fait quarante ans qu'on nous dit que cela n'existe pas", déplore encore l'autrice de Baiser après #MeToo.

A l'inverse, les créations d'Olympe de G. prolongent les lignes du féminisme pro-sexe, où sexualité et pornographie s'envisagent comme des moyens d'expression et, potentiellement, de libération. Des convictions qui traversent ce livre introspectif. "Le féminisme pro-sexe n'est vraiment pas le féminisme dominant en France. On l'a vu durant le confinement quand Marlène Schiappa abandonnait les travailleurs et travailleuses du sexe, des personnes parmi les plus vulnérables qui soient. On a toujours besoin de se justifier face à cette idée de porno comme oppression des femmes, il y a un gros travail pédagogique à faire dans le pays", nous confie-t-elle.

C'est donc un combat certain que ce "Journal d'une pornographe féministe" met en mots, sous la forme d'une expérience incarnée (et pas de tout repos), apportant témoignages et nuances. Idéal pour rappeler que si l'intime est politique, le X peut, bien employé, se faire révolutionnaire.

Pour sa critique de l'âgisme dans le X

Dans son film Une dernière fois, Olympe de G. met en images les expériences torrides de Salomé, une femme de 69 ans incarnée à l'écran par l'iconique Brigitte Lahaie, de retour après 25 ans d'absence au sein du cinéma pour adultes. La production des plus aventureuses de cette quête d'un ultime orgasme nous est narrée dans ce livre, avec tous les imprévus et doutes qu'elle a pu engendrer. Mais aussi, les réflexions inhérentes à ce tabou : la sexualité des sexagénaires, et plus globalement des femmes d'un certain âge.

"Une dernière fois", un manifeste porno anti âgiste par Olympe de G.
"Une dernière fois", un manifeste porno anti âgiste par Olympe de G.

Un sujet compliqué dans le porno mainstream (de ces vidéos qui se consomment sur des plateformes comme Pornhub), où ces femmes sont visibles, mais pas de la plus belle des manières. Catégories sous la forme de tags (ou mots clés) comme "MILFs" ou "grannies", elles ne sont que de simples fantasmes nourris par le regard masculin.

"Certains disent que le porno mainstream dévoile toutes les formes de corps et ce n'est pas exact : il y a un corps normé, et ce qui en sort sera fétichisé, vendu sous des arguments de phénomène de foire : 'la touffe poilue', 'la mémé'... Avec mon film, je souhaitais mettre en scène des personnages qui soient avant tout des personnes", nous détaille la réalisatrice. Ce faisant, c'est un plaisir féminin trop passé sous silence, celui des femmes de plus de cinquante ans, que cette pornographie éthique valorise.

En France, rares sont les créations tout public à entreprendre cette ambition – on pense au film Les Beaux Jours de Marion Vernoux, magnifiant une Fanny Ardant épanouie. Raison de plus pour s'intéresser aux coulisses de cette entreprise artistique.

Porno éthique, âgisme dans le X... Pour la réalisatrice Olympe de G, "Jouir est un sport de combat"
Porno éthique, âgisme dans le X... Pour la réalisatrice Olympe de G, "Jouir est un sport de combat"

Pour ses alternatives au X tradi

Jouir est un sport de combat met à l'honneur bien des voix, interrogées par la réalisatrice entre deux récits personnels : s'entrecroisent la chroniqueuse et ex-actrice Brigitte Lahaie, la militante féministe et comédienne Marion Séclin, la philosophe et professeure de sciences politiques Camille Froidevaux-Metterie, ou encore Lele O, coordinatrice d'intimité et narratrice expérimentée des podcasts Voxxx et Coxxx.

Ces podcasts-ci, ceux d'Olympe de G., suggèrent ô combien le territoire de l'audio peut être une alternative bienvenue face à des images trop paresseuses. Le podcast porno mélange les genres et les sexualités en un tout à la fois égalitaire, transgressif et stimulant. La qualité d'écriture et d'acting vocal, et bien sûr celle du son, assure une implication totale des auditeurs et auditrices. La prise en compte des désirs qui en résulte est aux antipodes des vidéos hardcore.

"C'est un territoire super au sein duquel on a l'espace suffisant pour aborder beaucoup de sujets et rendre ça inclusif. Et ce sans les contraintes de budget inhérent aux films : avec les podcasts, seule notre imagination est la limite !", se réjouit Olympe de G. Quand bien même la réalisatrice déplore "que les annonceurs publicitaires, même les marques de sextoys, sont encore trop frileux quand il s'agit d'être associés aux podcasts pornos". La route est longue pour celles et ceux qui cherchent dans l'hexagone un financement favorable à ce genre d'initiatives.

Preuve en est, une nouvelle fois, que jouir est vraiment un sport de combat.

Jouir est un sport de combat, par Olympe de G. & Stéphanie Estournet.
Editions Larousse, 300 p.