En Argentine, 3 femmes menacées par la police pour avoir bronzé seins nus

En Argentine, 3 femmes menacées par la police pour avoir bronzé seins nus
En Argentine, 3 femmes menacées par la police pour avoir bronzé seins nus
Alertée par des estivants, une vingtaine de policiers a débarqué sur une plage en Argentine pour chasser trois femmes qui bronzaient seins nus, déclenchant une polémique dans le pays.
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En Argentine, les hommes qui se promènent torse nu sur la plage ne risquent pas grand-chose. Les femmes, par contre, si elles osent bronzer seins nus, s'exposent à être humiliées et chassées par les forces de l'ordre.

C'est ce qui s'est passé le 28 janvier dernier pour trois baigneuses qui ont osé faire du topless sur la plage de Necochea, une station balnéaire à 500 km au sud de Buenos Aires. Filmée par un badaud, la scène est hallucinante.

On y voit trois femmes encerclées par les forces de l'ordre, venues en nombre pour une affaire qui ne présente pourtant aucun risque. Alertés par des estivants qui ne supportaient visiblement pas la vue de tétons à l'air, les officiers ont demandé avec fermeté aux trois femmes de remettre leur haut de maillot de bain, ce qu'elles ont refusé de faire.

Interviewée par les Observateurs de France 24, María Susana Laborde, l'une des trois femmes concernées, raconte : "J'étais sur la plage avec ma fille et sa petite amie, qui bronzaient seins nus, lorsque trois policiers sont arrivés pour leur demander de se couvrir. Ils leur ont dit que c'était de l'exhibitionnisme. Nous avons protesté et j'ai enlevé le haut de mon maillot de bain à mon tour, en signe de solidarité avec ma fille et son amie. Ils ont déclaré qu'ils allaient devoir nous arrêter, puis sont repartis. Nous nous sommes alors recouvertes. Mais ils sont ensuite revenus avec une policière. Elle a menacé de nous arrêter, à nouveau, alors que nous n'avions plus les seins à l'air. Ils nous ont dit qu'ils avaient dû intervenir car des gens présents sur la plage s'étaient plaints. Au final, une vingtaine d'agents sont arrivés."

Cachez ce sein...

Choquées, les trois femmes ont fini par quitter la plage, car la présence de la police avait attiré de nombreux badauds, comme on peut le voir sur la vidéo. "Sur la plage, certaines personnes nous ont soutenues, surtout que nous nous étions rhabillées. Ils disaient que nous n'avions rien fait de grave et que nous avions le droit de bronzer seins nus. Mais d'autres voulaient que les policiers nous emmènent, estimant qu'il n'était pas possible que l'on ait les seins à l'air alors qu'il y avait des enfants autour. Un homme nous a même hurlé dessus", poursuit María Susana Laborde, qui a depuis partagé sa mésaventure dans un post Facebook, largement partagé et commenté.


María Susana Laborde a pu compter sur Internet de nombreux soutiens d'internautes, outrés qu'une femme ne cachant pas sa poitrine en public soit accusée d'indécence, d'exhibitionnisme, de troubler l'ordre public ou d'obscénité. Sa démarche n'est d'ailleurs pas sans rappeler le mouvement #FreeTheNipple soutenu notamment par la féministe et ancienne Femen Éloïse Bouton pour que les femmes puissent se promener torse nu sans être jugées, harcelées ou risquer une condamnation.

Contrôler le corps des femmes

Pour Veronica Bajo, du groupe "Acciones Feministas", le comportement de la police face à ces trois femmes est une nouvelle preuve de la misogynie de la société argentine. Dans ce pays où "l'avortement reste pénalisé", empêcher les femmes d'être seins nus comme les hommes montre qu'il existe encore aujourd'hui un "contrôle très fort sur le corps des femmes". Un point de vue partagé par María Susana Laborde qui voit elle aussi dans la démarche des policiers une preuve que ma société argentine reste "très machiste". "Elle estime que les corps des femmes doivent être couverts, alors même qu'on les voit partout ! De notre côté, nous pensons que les femmes devraient pouvoir porter uniquement le bas de leur maillot de bain à la plage, comme les hommes."
Signe d'une possible évolution des mentalités, un magistrat argentin a classé l'affaire sans suite mercredi dernier. Le juge Mario Juliano a appelé les législateurs à réformer le "code des fautes" et la police à faire preuve de "prudence" face aux accusations portées sur les trois femmes puisqu'une femme seins nus "ne constitue pas un acte qui cause un préjudice à des tiers, et ne concerne donc pas les magistrats".