Excision : une campagne pour sensibiliser les adolescentes en France

Journée contre l'excision : une campagne pour sensibiliser les adolescentes
Journée contre l'excision : une campagne pour sensibiliser les adolescentes
Lundi 5 février, à la veille de la Journée mondiale contre l'excision, le réseau d'associations "Excision, parlons-en !" a dévoilé sa nouvelle campagne destinée aux adolescentes. Objectif : les alerter sur les risques qu'elles encourent à être mutilées pendant les vacances d'été.
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Les mutilations génitales ont beau être interdites dans de nombreux pays, elles restent encore une réalité pour 3 millions de fillettes et adolescentes chaque année dans le monde. Soit six filles excisées toutes les minutes. En France, on estime que 60 000 jeunes filles ont été victimes de mutilation génitale, le plus souvent lors de vacances passées dans leur pays d'origine.

"Tu pensais partir en vacances ?"

C'est à ces jeunes filles que s'adresse la nouvelle campagne de sensibilisation du réseau Excision, parlons-en !. Dévoilée lundi 5 février, veille de la Journée mondiale contre l'excision, la vidéo met en scène une adolescente excisée quand elle était encore enfant et qui vient en aide à sa meilleure amie, elle aussi menacée de mutilation génitale sous le prétexte d'un voyage dans son pays d'origine pour rencontrer ses grands-parents.

La vidéo de la campagne #AlerteExcision

Déployée sur les réseaux sociaux jusqu'en juin et bénéficiant d'une campagne d'affichage sur les abribus des grandes villes, la campagne "Tu pensais partir en vacances ?" a un objectif simple : "Mettre la puce à l'oreille aux jeunes femmes et de leur dire 'tu es peut-être à risque ou bien c'est ta voisine, ta copine, ta cousine", explique Marion Schaefer, déléguée générale de l'Excision, parlons-en !, qui souhaite aussi "susciter le déclic auprès des professeurs ou des infirmières scolaires". Le site de l'association mettra aussi prochainement à disposition un chat numérique pour permettre "aux jeunes de s'informer de façon anonyme et gratuite auprès de professionnelles".

Selon Marion Schaefer, les mutilations génitales reste encore aujourd'hui un sujet "problématique" pour les 12-18 ans. "Il est important de le relayer à l'occasion de la Journée internationale de tolérance zéro aux mutilations sexuelles féminines", estime Marion Schaefer. Selon la déléguée générale d'Excision, parlons-en !, "le problème de l'excision s'est déplacé". "Dans les années 1980, les petites filles étaient menacées, puis il y eu des campagnes de prévention, des premiers procès retentissants... Aujourd'hui, la vigilance est plus grande pour cette tranche d'âge et ce sont les ados qui sont à risque."

"Une grave atteinte à l'intégrité physique"

Selon l'Organisation des Nations Unies, près de 200 millions de fillettes vivent aujourd'hui après avoir subi une forme de mutilation génitale. Celle-ci est principalement pratiquée en Afrique, ainsi qu'au Yémen, en Irak ou en Indonésie. Considérée comme un rite de passage à l'âge adulte, l'excision est surtout, aujourd'hui un moyen de contrôler la sexualité des femmes. En leur retirant tout accès au plaisir sexuel par l'ablation du clitoris, on espère ainsi ""préserver" leur virginité jusqu'au mariage, mais aussi prévenir les relations extra-conjugales.

Pratiquées rituellement par les familles, ces mutilations génitales persistent malgré leur interdiction en raison d'un "sentiment d'obligation sociale", analyse Libération. "La peur du jugement et des sanctions demeure, tout comme la crainte de ne pas pouvoir marier ses filles."

"Au-delà des questions de cultures et de traditions, les mutilations sexuelles féminines constituent de graves atteintes à l'intégrité physique de la personne. Nul droit à la différence, nul respect d'une identité culturelle ne saurait légitimer des atteintes à l'intégrité de la personne, qui sont des traitements criminels", affirmait en 2013 la Commission nationale consultative des droits de l'homme (CNCDH).

En France, pratiquer des mutilations sexuelles est pénalement répréhensible et puni d'une peine de 10 à 20 ans d'emprisonnement, ainsi que de 150 000 euros d'amende. Dans son discours prononcé à l'occasion de la Journée mondiale contre les violences faites aux femmes, le président Emmanuel Macron a promis de "traquer partout ceux qui pratiquent cette barbarie".