Une petite Egyptienne de 12 ans meurt des suites d'une excision

L'excision est un fléau qui fait du mal aux filles et aux femmes - et les tue.
L'excision est un fléau qui fait du mal aux filles et aux femmes - et les tue.
Malgré les vives protestations des associations et ONG, cet acte de barbarie qu'est l'excision se perpétue encore et toujours. Un affront au corps des jeunes filles, à leur dignité et à leurs droits. Et qui peut causer leur mort.
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L'excision n'est pas (qu')une "tradition", c'est une violence, et elle est systématique. En 2020, plus de 200 millions de filles et de femmes à travers le monde souffrent encore des conséquences de cette mutilation génitale, comme l'énonce la BBC. Cette ablation ritualisée des lèvres et du clitoris réalisée par des circonciseurs, la plupart du temps sur des enfants, est largement dénoncée à l'international. Et pourtant, trop nombreuses en sont encore les victimes. Et certaines n'y survivent tout simplement pas.

C'est ce que démontre une récente et assourdissante tragédie, relatée par le journal britannique Metro. En Egypte, et plus précisément à Asyut, une jeune fille de 12 ans est morte des suites d'une excision. Ses parents et sa tante, ainsi que le médecin qui a pratique l'opération, ont été arrêtés par la police. Dans le pays, cela fait plus de dix ans que la pratique de cette mutilation génitale est formellement interdite par la loi. Et pourtant, l'Égypte fait encore état du plus fort taux d'excisions pratiquées.

Une violence "traditionnelle"

C'est l'oncle de la jeune défunte qui aurait directement alerté les autorités locales, développe la BBC. Le décès de cette enfant de 14 ans renvoie l'Egypte à un passé sinistre, et pas si lointain. Il y a quatre ans de cela déjà, une adolescente égyptienne était morte des suites de cette mutilation génitale - et illégale. La jeune fille en question n'avait alors que 17 ans. Sa mère, ainsi que deux médecins, avaient été condamnés par le tribunal pénal à un an de prison avec sursis. Une peine bien mince s'il en est, et qui en dit long sur la banalisation volontiers inavouée d'une telle pratique. Car si ce passif est tragique, le présent de la société égyptienne ne l'est pas moins.

Et pour cause : aujourd'hui encore, la moitié de la population estimerait que l'excision n'est en rien une violence faite aux femmes, mais "une exigence religieuse", si l'on en croit le rapport de l'Unicef relayé par la BBC. Et en dépit des vives protestations des ONG internationales, 87 % des filles et femmes âgées de 15 à 49 ans auraient subi cette mutilation en Egypte. Un chiffre édifiant. A cela, il faut donc ajouter le nombre de décès causés par l'excision, et notamment par l'hémorragie qu'une telle pratique peut provoquer.

C'est justement pour lutter contre cela que le Parlement égyptien a fait passer une loi interdisant l'excision. C'était en 2008. Et pourtant, dans les faits, plus d'une décennie après, la réalité est tout autre. "Les juges ne sont pas convaincus que l'excision est un crime qui devrait être puni. Ils sont indulgents en ce qui concerne les affaires de violence à l'égard des femmes", s'attriste en ce sens Reda El Danbouki, avocat et membre du Centre de conseil et de sensibilisation légale pour les femmes. On le comprend, un fossé s'étend encore entre celles et ceux qui prônent une plus sévère application de la loi et les voix les plus conservatrices, loin d'être minoritaires en Egypte.

Un écart que déplore l'écrivaine franco-égyptienne et militante pour les droits des femmes Sérénade Chafik. Sur Twitter, l'autrice fait les comptes et tire la sonnette d'alarme : "En Égypte, entre 96 et 98% des femmes sont victimes de la mutilation sexuelle féminine. Soit 3600 fillettes par jour. Abolir la mutilation sexuelle féminine est une urgence absolue". Une alerte soutenue par de nombreuses ONG, comme Plan International France.

Pour l'organisation, qui milite en faveur du respect des droits des enfants et l'égalité filles-garçons à travers le monde, il est bon de rappeler que l'excision est interdite. Et qu'aucune justification médicale ne saurait suggérer le contraire. Car pour l'ONG, ce n'est pas une simple pratique chirurgicale : "C'est un crime".