Un prix d'interprétation "non-genré" au Festival de Berlin : une bonne idée ?

Paula Beer à la cérémonie de clôture de la 70ème édition du festival international du film de Berlin.
Paula Beer à la cérémonie de clôture de la 70ème édition du festival international du film de Berlin.
La dernière initiative du Festival international du film de Berlin ? "Ne plus séparer les prix dans le domaine de l'interprétation en fonction du sexe". C'est donc exceptionnel : la Berlinade met à l'honneur la neutralité de genre ! Et cela ne plaît pas à tout le monde.
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C'est une première ! Pour sa prochaine édition, le Festival international du film de Berlin (ou la Berlinade pour les intimes) mettra fin aux prix du meilleur acteur et de la meilleure actrice. Derrière cette évolution ? Une volonté d'éveiller les esprits quant à "la question du genre", affirment les codirecteurs du festival, Mariette Risenbeek et Carlo Chatrian. Une décision qui dénote au sein du paysage mondial des festivals cinématographiques.

Tant et si bien que le Collectif 50/50 s'en réjouit déjà. Rassemblant pas moins de 300 professionnel·le·s du milieu, de Céline Sciamma à Rebecca Zlotowski en passant par Jacques Audiard, cette association française promeut l'égalité des femmes et des hommes dans le cinéma depuis plus de deux ans déjà, mais aussi l'inclusion et la diversité. On s'en doute, l'initiative de la Berlinade ne pouvait qu'enthousiasmer : remettre en question la sacrosainte distinction de genre qui préfigure chaque festival au profit d'un prix "gender neutral".

"Nous pensons que le fait de ne pas séparer les prix dans le domaine de l'interprétation en fonction du sexe constitue un signal pour une prise de conscience plus sensible", poursuivent Mariette Risenbeek et Carlo Chatrian. A la place des prix de meilleur acteur et meilleure actrice, ce sera donc un Ours d'argent pour la meilleure interprétation principale ainsi qu'un Ours d'argent pour la meilleure interprétation secondaire qui seront remis.

Un cas exceptionnel ?

Les qualificatifs se suivent dès lors pour définir cette initiative : une démonstration de neutralité du genre, un prix non-sexiste... On l'imagine cependant, cette annonce suscite des réactions contrastées. Alors que certain·e·s ironisent ("L'ours du trophée, c'est un mâle ou une femelle ?") ou s'échaudent contre "ces délires qui se pensent progressistes", d'autres saluent ce pari, gif Meryl Streep à l'appui. Certaines voix, elles, prônent la modération : "C'est cool mais faudrait pas que ça empêche les femmes de gagner ces prix/d'être nominées, comme aux Victoires de la musique où les catégories aux noms un peu problématiques comme musique 'urbaine' ou 'du monde' ont disparu et les nominé·e·s racisé·e·s aussi", déclare en ce sens un internaute.

Avant de trop s'enthousiasmer, reste encore l'attente, donc. D'autres paroles anonymes s'inquiètent que ce choix de la "performance" par-delà le genre "n'invisibilise davantage les actrices". "J'ai peur que cela n'améliore PAS l'égalité des sexes et qu'un prix pseudo non sexiste soit attribué aux hommes", redoute une spectatrice, qui espère que cet intitulé permettra de mettre en lumière les artistes non-binaires. Ce qui serait logique au vu de l'intention : penser par-delà les frontières du genre, de ses constructions et de ses stéréotypes.

Elio Germano et Paula Beer ont donc été les derniers interprètes à recevoir les trophées dits du "meilleur acteur" et de la "meilleure actrice" de l'histoire du Festival du film de Berlin. Mais s'il est encore le seul événement de cette ampleur (internationale) à valoriser la neutralité, certaines compétitions plus nationales l'ont déjà fait. C'est le Guardian qui nous le rappelle : il y a trois ans, les fameux MTV Movie & TV Awards décernaient un prix "gender neutral" à Emma Watson pour sa performance dans le film La belle et la bête.

Si MTV le fait, à quand le tour des festivals francophones ?