C'est un classique de la rom com, dont le réalisateur est tragiquement décédé, lui et son épouse, tout récemment. Et cette romance qu'il a mis en scène au tout début des années 90, grâce à sa comédienne iconique, et sa scénariste légendaire, ouvertement féministe, un grand nom de l'écriture new-yorkaise, a brisé un gros non-dit sur le sexe et le plaisir au féminin.
Un drame a effectivement bouleversé l'opinion publique ces dernières semaines : le meurtre présumé de Rob Reiner et de son épouse Michelle, lesquels auraient été victimes d'un assassinat à leur domicile. Une enquête a été ouverte à ce titre. Mais cela doit nous inciter, par-delà la tristesse et le caractère particulièrement morbide de l'annonce, à célébrer plus que jamais le cinéma de son auteur.
Et au gré des classiques, comme Stand By Me et Princess Bride, une perle : Quand Harry rencontre Sally donc, ce film que vous pouvez retrouver gratuitement en ces prémices de 2026 sur la plateforme de france tv. Il vous suffit de vous connecter au site pour cela.
On vous le reco plutôt deux fois qu'une car cette romance a bouleversé le paysage ciné et plus encore, ne s'est pas seulement imposée comme l'une des meilleures rom coms, auréolée d'un duo mythique (Meg Ryan, Billy Cristal) et servie par le talent d'une scénariste et autrice tant mésestimée (Nora Ephron, un grand nom des années 90) mais est également venue chambouler les débats et perceptions sur la sexualité des femmes, et le plaisir au féminin.
"Extase", jouissance, expression dudit plaisir et surtout, simulation, ou non. L'espace d'une séquence demeurée légendaire, et qui compte énormément. On vous raconte pourquoi.
Meg Ryan qui simule l'orgasme face à un Billy Cristal éberlué dans un delicatessen de New York. Voilà pour la séquence la plus culte de ce classique à revoir gratuitement sur francetv.
On a dédié il y a quelques années de cela une longue analyse à ce gag qui dépasse l'humour, justement, pour tutoyer un non-dit. C'est exact, les femmes simulent pour contenter leurs partenaires, et bien plus qu'un ne pourrait le croire.
"Au début du film, Harry vanne Sally : "Tu n'as jamais connu le grand frisson". C'est alors très gênée qu'elle parle de "l'extase" dans un restoroute", décrit-on dans un article que nous avons consacré à ce film merveilleux. "C'est dire si cette simulation en public fait l'effet d'une vengeance. Un réjouissant exemple "d'empowerment" qui participe à la modernité du personnage de Sally - celle-là même qui rêve régulièrement "qu'un type sans visage lui arrache ses vêtements". Pour info, cette scène mythique se déroule au Katz's Delicatessen de la Houston Street, dans l'East Village. Beaucoup s'y rendent pour reconstituer ces vocalises : c'était encore le cas il y a cinq ans à l'occasion d'un "flashmob de l'orgasme".
Si cette scène est si juste, c'est car Meg Ryan y met tout son coeur, jubilatoire (littéralement) et que Nora Ephron, scénariste, à qui l'on doit aussi le plus candide Nuits blanches à Seattle, s'amuse à démanger non sans causticité le confort de pensée du mâle ordinaire. Messieurs, vous avez encore beaucoup à apprendre des femmes.
"Harry et Sally sont dans un café. Lui ne veut pas croire que les femmes simulent l'orgasme. Elle lui dit avec ironie : 'Tous les mecs pensent : jamais avec moi. Et toutes les femmes font semblant de temps en temps...'. Mais Harry ne la croit toujours pas. Alors, elle va lui en donner la preuve, en s'ébattant bruyamment. Ce n'est pas juste ultra-culte. Cette jouissance est l'histoire d'une indépendance féminine", avait analysé pour nous la journaliste et experte en cinéma Pauline Mallet afin de mettre en mots le caractère éminemment féministe et subversif de ces images. "D'une femme qui connaît son corps, parle ouvertement de sexualité et donne une bonne leçon aux mecs : tu penses que tu gères, et je vais t'apprendre que non, sans grands discours ni schémas. C'est la seule scène de discussion où Harry est décontenancé et comprend qu'il a tort. Son orgueil est anéanti".
"Sally occupe tout l'espace avec sa voix. Elle fait taire tout le monde. Alors que durant deux heures, c'est Harry qui se l'octroie en permanence. Ici, Sally est la connaissance. Et Harry, l'élève. Elle l'instruit ! A la fin de cet 'orgasme', une dame dit à la serveuse : 'Je veux la même chose qu'elle'. C'est une vanne, mais surtout un signe décoché aux spectatrices : si Sally parle du plaisir féminin, d'autres femmes le feront. Et peut-être que les mecs se remettront eux aussi en question... Enfin c'est presque révolutionnaire de voir un film grand public traiter de l'orgasme féminin avec autant d'humour que de sérieux. C'est ce qui rend le scénario de Nora Ephron si féministe. Aujourd'hui, c'est encore difficile de rire de l'orgasme féminin car le sujet est toujours aussi tabou"
Résultat, quelques décennies plus tard, cette démonstration faite du fameux slogan "L'intime est politique", n'a jamais semblée si pertinente. Et drôle avec ça.