Théodora, Marguerite, Suzane : les artistes féminines à ces Victoires de la Musique ont fait non seulement triompher les femmes, plus sonores que jamais dans la sphère musicale, mais surtout, le féminisme. En témoignent ces 3 moments gravés dans le marbre.
Suzane a fait retentir sur la Scène Musicale son hymne féministe, “Je t’accuse”, et a osé le geste le plus féministe et militant de toute l’Histoire des Victoires de la Musique. Une chanson devenue ritournelle de manifs, où l’artiste dénonce violences conjugales et féminicides, rhétorique anti-#MeToo et sexisme systémique, impunité des agresseurs et reconnaissance toujours pénible des victimes d'agressions sexuelles.
Alors que, dans le public, des hôtes portaient des pancartes affichant le prénom de victimes de meurtres misogynes, les dévoilant aux spectateurs, image puissante parmi d’autres, le visage de la chanteuse, face caméra, est demeuré jusqu’aux dernières minutes imperturbable, inflexible. Le regard fixe et l’émotion, intense, perceptible, sur ses traits et dans son souffle. Comme un cri d’indignation qui serait demeuré intérieur, étouffé. Alors qu’au cours de cette chanson, la colère était sonore.
Théodora est la Boss Lady : la patronne de la musique hexagonale actuelle.
La chanteuse franco-congolaise se nourrit de multiples références, allant de la polyphonie franco-caribéenne aux popstars outre-atlantique, de l’écriture introspective très variété française aux fulgurances fashion des divas américaines - jusqu’à l’appellation de “Boss Lady”, donc. Et ses quatre récompenses aux Victoires de sceller à jamais la sienne, de victoire : celle d’une hitmakeuse, oui (comme en témoignent les tubes Kongolese sous BBL, Fashion Designa ou encore Melodrama), mais surtout d’une artiste insaisissable incarnant ce que la musique francophone actuelle a de plus riche : une densité culturelle et mélodique indéniable au service de sons fédérateurs. La vraie musique populaire, portée par une reine de la scène. Ce sont les racistes qui n'ont guère goûté à ce triomphe mais peu importe : en Une des revues américaines les plus prestigieuses, et couronnée par les César de la sphère musicale, Théodora peut se réjouir d'une reconnaissance totale. Et méritée.
Marguerite a fait résonner avec une spontanéité qui n’appartient qu’à elle, cet idéal qu’elle souhaite voir concrétisé : la sororité dans l’industrie musicale. Alors qu’elle a entonné son tube, Les filles, les meufs (soit dit en passant : Bravo les lesbiennes !), un écran derrière la révélation de la Star Academy a effectivement affiché les noms des multiples artistes féminines présentes ce soir-là, de Miki à Helena, de Théodora à Suzane. C’est une façon pour la chanteuse de louer la solidarité entre femmes, pas toujours évidente au sein d’une société et d’un système éminemment patriarcaux - alimentant davantage les rivalités féminines que les projets en commun. Également, ce fut pour l'artiste, intègre, une façon, de ne pas s'accaparer la lumière, même en interprétant sa propre création !
Immense respect. Une démonstration d’humilité et d’engagement, pour l’artiste qui n’a jamais été aussi en phase avec ses convictions intimes. Pour citer l'essayiste et élue Alice Coffin, une redoutable mise en œuvre de "génie lesbien". De quoi inspirer bien des chanteuses en France. En tout cas, on le souhaite vivement.