Le G7 "sauvé" par un engagement historique pour l'éducation des filles

Une fille syrienne dans une école provisoire à Zahle au Liban en 2014
Une fille syrienne dans une école provisoire à Zahle au Liban en 2014
Dans cette photo : Justin Trudeau
Le G7 qui s'est réuni les 8 et 9 juin au Canada a annoncé le déblocage de 3 milliards de dollars pour l'éducation des filles et des femmes vulnérables dans le monde. Historique.
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Le sommet du G7 (groupe de discussion des sept plus grandes puissances économiques du monde : États-Unis, Japon, Allemagne, France, Russie, Royaume-Uni, Italie, Canada) qui s'est tenu les 8 et 9 juin au Canada a été un réel désastre diplomatique alors que le président américain Donald Trump a refusé de signer le communiqué final du sommet. En cause, selon lui, le mépris sur des questions douanières de la part de Justin Trudeau, le Premier ministre canadien.

La seule belle initiative qui puisse en ressortir est que certains des participants ont pris des décisions fortes concernant l'éducation des filles. Une partie des membres du G7 a annoncé de nombreux engagements dans un communiqué publié dimanche 9 juin. Ils apporteront trois milliards de dollars (un peu plus de 2,5 milliards d'euros) pour l'éducation des filles et des femmes en situation de crises ou de conflit. Comme le rappelle ce même communiqué, 65,5 millions de personnes sont déplacées de force dans le monde et qu'"en plus d'être indispensable à l'éducation continue des filles dans les zones en proie à des crises et à des conflits, l'école leur procure un milieu de soutien émotionnel et de protection physique qui fait contrepoids au chaos qui les entoure." Cet argent servira entre autre à ce que les écoles "demeurent des espaces sûrs pour les enfants".

Avant le sommet, la militante Malala Yousafzai avait lancé un appel vidéo aux dirigeant·e·s des pays du G7, l'Allemagne, la France, le Canada, l'Italie, les États-Unis, du Japon et de l'Union Européenne. "Ce n'est pas seulement un moment pour vous et les personnes de vos pays mais aussi un moment important pour les 7,6 milliards de gens autour du monde. 130 millions de filles ne vont pas à l'école, mais ce sont 130 millions d'opportunités pour le futur." La jeune Prix Nobel de la Paix demande aux pays concernés de financer au moins 12 années d'éducation dans de bonnes conditions pour les filles du monde entier.

En 2012, alors que Malala Yousafzai était dans le bus sur le chemin de l'école, des talibans lui avaient tiré dans la tête. Elle avait survécu miraculeusement. Elle a depuis créé un fond de soutien à l'éducation des filles et étudie à Oxford. Elle a remercié le Premier Ministre canadien Justin Trudeau qu'elle avait rencontré pour préparer de ce G7 : "Cet engagement donnera l'espoir aux filles qu'elles peuvent construire un meilleur futur pour elles-mêmes et pour leur pays. Cela donne aux jeunes femmes des pays en développement l'opportunité de poursuivre une carrière plutôt que des mariages précoces ou le travail d'enfant". Elle ajoute : "Cet engagement nous donne à tous la chance de créer un monde plus sûr, en meilleure santé et plus prospère."

Selon l'ONG One, les dix pires pays pour la scolarisation des filles sont le Soudan du Sud, la République centrafricaine, le Niger, le Tchad, le Mali, la Guinée, le Liberia, le Burkina Faso, l'Éthiopie et l'Afghanistan. Au Nigeria par exemple, la moitié des filles ne vont pas à l'école alors que le groupe intégriste et armé Boko Aram a fait fermer des dizaines d'établissements. En Afghanistan, ce sont les talibans qui font pression. Toujours selon One, au Niger, seul 17 % des filles et des femmes de 15-24 ans savent lire et écrire.

La France absente de l'accord pour l'amélioration de l'éducation des filles

Dans les 3 milliards de dollars promis par cette annonce du G7, la Banque mondiale s'est engagée à donner 2 milliards de dollars sur cinq ans, le Canada 400 millions, le Royaume Uni 340 millions, le Japon 270 millions et l'Allemagne 120 millions. L'Union Européenne donnera, elle, 115 millions de dollars. La France n'avait donné que 17 millions d'euros sur les trois dernières années en 2017 pour une meilleure éducation des filles dans le monde et ne participe pas à cet accord historique.

Sur l'absence d'engagement de la France, la ministre canadienne au développent international, Marie-Claude Bibeau, a déclaré dans une conférence de presse : "Tous les autres partenaires ont des investissements significatifs en éducation, mais n'étaient pas prêts à prendre un engagement spécifique pour les filles en situation de crise".


Il manque encore 36 milliards de dollars pour rattraper le retard dans l'éducation des filles


Interrogée par le journal La Presse, la présidente de Plan International Canada, Caroline Riseboro, ne cache pas sa joie : "C'est vraiment historique. Il y a quelques jours, on ne savait même pas si l'on atteindrait le 1,3 milliard qu'on demandait. Nous n'avons jamais vu d'engagement à ce niveau pour l'éducation des filles qui vivent dans des situations de crises et de guerre". Elle estime que ces engagements permettront à 3,9 millions d'enfants en zones hostiles de bénéficier d'une éducation alors que 8,6 millions sont dans le besoin.

Farah Mohamed, qui dirige le fonds Malala pour l'éducation, a martelé ce week-end dans un discours : "Chaque année d'études en secondaire augmente le potentiel de salaire d'une femme de 25 % [...] Augmenter la proportion de femmes dans l'éducation secondaire de 1 % augmente la richesse économique de 0,3 %." Elle a aussi rappelé dans son discours [avant l'annonce des 3 milliards] qu'il manquait encore 39 milliards de dollars pour assurer l'éducation des filles partout dans le monde.