Elle dénonce le fat shaming, autrement dit la grossophobie ordinaire, en confrontant les commentaires hideux qu'elle reçoit... A ses selfies en bikini et sous-vêtements très body positive. Jubilatoire. Et nécessaire.
Sur les photos à retrouver sur ce post Insta salvateur et en dessous de cet article, l'autrice Tova Leigh, abondamment suivi sur les réseaux sociaux, se dénude pour fustiger les saillies des grossophobes, et l'espace de quelques posts sororaux, elle envoie valser les sexistes et célèbre sa beauté naturelle.
C'est réjouissant.
"J'ai lu votre commentaire et je me suis demandé quel genre de personne pouvait laisser un message aussi méchant", détaille la créatrice de contenus et autrice dans sa publication body positive en prenant directement à parti un mufle l'ayant qualifiée ainsi : "grosse vache". C'est fin, oui.
"...Je suis allée sur votre profil, espérant en savoir plus. Ce que j'y ai vu m'a attristée. Parmi les personnes présentes, il y avait une petite fille. Je me suis demandé ce qu'elle ressentirait, un jour, si elle savait que c'est ainsi que son grand-père parle aux gens en ligne. Aux femmes. Aux inconnus", poursuit-elle dans ce post qui a engendré des centaines de réactions.
Et ce n'est pas tout. Le discours de l'autrice est d'autant plus fort qu'il prend place à une époque où les prises de position body positive sont de plus en plus rares, et où l'ultra-maigreur fait son grand retour, boosté par la "hype" dangereuse de l'Ozempic, dans le milieu de la mode notamment.
Tova Leigh épingle régulièrement les opinions aussi sexistes que celle-ci.
Récemment encore, elle arborait un bikini, toujours, pour célébrer son corps, sans complexes, sur ces images empouvoirantes.
Au fil de ses publications, c'est le même discours qui se réitère. Il résonne comme un slogan fédérateur, qui viendrait donner courage et soutien aux personnes concernées, plus-size, victimes de sexisme et de jugements sur leur physique jugé "hors-normes". Spoiler : on dit cela des corps tout à fait normaux !
« Ils ne m’ont pas blessée parce que je ne vous connais pas, et que votre opinion à mon sujet n’a aucune importance dans ma vie. Ils ne m’ont pas blessée parce que je m’aime sincèrement et que j’aime mon corps. Et ils ne m’ont pas blessée parce que j’ai appris que la cruauté est rarement le fruit de la force ; elle révèle généralement un problème non résolu chez celui qui la commet. », défend encore avec éloquence l'artiste et militante.
Laquelle prône une estime de soi, un self love, mais surtout une lutte nécessaire contre le fat shaming, trop banalisé. Surtout à l'heure où le masculinisme fait rage sur les réseaux sociaux. Et s'exprime notamment via une haine féroce des "femmes grosses".
A Terra, on s'est très souvent exprimé sur la grossophobie ordinaire. Stigmatisation, préjugés, banalisation du harcèlement, humiliations diverses, elle prend diverses formes. Gabrielle Deydier, autrice et documentariste (On achève bien les grosses), expliquait dans nos pages : "Les gens comprennent mieux aujourd'hui de quoi il est question quand on parle de grossophobie, mais les réactions ou discours grossophobes sont encore loin d'être rares".
"L'exemple de la mode est parlant : oui, c'est positif de proposer des défilés plus inclusifs, des mannequins body positive (je ne trouve pas que l'on sombre dans le "fat washing"), mais les gens ont trop tendance à croire que parce qu'ils voient des personnes grosses dans un défilé, alors le problème serait forcément réglé. Dans le traitement de la grossophobie, on va plus volontiers parler de la mode et des égéries grosses, de la beauté, que de l'accès au travail, au logement, l'accès à la santé et aux loisirs. On ne parle pas forcément des gros et grosses humiliés dans les parcs d'attraction devant leurs enfants. Du caractère excluant des espaces publics, des sièges dans les salles de spectacle..."
CQFD. Le sujet mérite tellement d'être exploré.
La créatrice de contenus Tova Leigh elle aussi soucieuse de fustiger les idées trop courtes, épilogue avec une très forte ironie : "Il y a quelques jours, j'ai partagé une vidéo de moi en bikini. La plupart des commentaires étaient encourageants, mais bien sûr, il y a eu quelques personnes qui ont ressenti le besoin d'être méchantes. Franchement, je m'en fiche. Honnêtement. Les commentaires haineux sont excellents pour l'engagement, surtout sur Facebook, où je monétise mon contenu. Du coup, chaque remarque haineuse augmente en réalité la portée de ma vidéo et, ironiquement, m'aide à gagner plus d'argent. Alors merci pour ça !"