Un hôpital condamné parce que les femmes qui y accouchent crient "trop fort"

Un hôpital condamné parce que les femmes qui y accouchent crient trop fort
Un hôpital condamné parce que les femmes qui y accouchent crient trop fort
Le voisin d'un hôpital proche de Zürich a porté plainte contre la maternité pour nuisances sonores car, selon lui, les femmes crieraient trop fort en donnant la vie. Et il a obtenu gain de cause.
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On croirait à une (très) mauvaise blague. C'est loin d'être le cas. D'après le journal Zürichsee-Zeitung, un Suisse résidant à côté de l'hôpital de Männedorf, près de Zürich, a porté plainte pour nuisances sonores. Le problème, selon lui ? Le bruit fait par les femmes lorsqu'elles accouchent. "Les femmes crient trop fort", a-t-il osé pour justifier sa décision d'en appeler à la justice helvétique.

Interrogée par le média local, la porte-parole de l'établissement a confié le "comprendre" le point de vue du plaignant, mais n'a pas manqué de rappeler : "Vous ne pouvez quand même pas dire à une femme de se taire !". On est d'accord.

Pourtant, et c'est aussi improbable que révoltant, l'homme a été entendu. Pire, il a obtenu gain de cause. Désormais, les fenêtres des salles de travail resteront closes, pour son bien-être personnel à lui que la société semble prioriser. Les futures mamans, elles, devront donc - comme si l'accouchement n'était pas suffisant - être privées d'air extérieur voire d'air tout court en attendant que la maternité installe la climatisation comme elle le prévoit.

La douleur des femmes, l'éternel tabou

Une punition pour n'avoir pas su "souffrir en silence", en somme. Et une énième preuve que la douleur des femmes, quand elle n'est pas glorifiée, est lâchement minimisée, tue, décrédibilisée. On rappelle à ce monsieur qui n'aura donc jamais connu telle peine que, bien que l'issue aka le bébé nous réjouisse, sa naissance est une véritable épreuve. Une épreuve éreintante, inégale selon les mères, traumatisante parfois, qui puise toutes les ressources que le corps puisse offrir.

Ce n'est pas un miracle de donner la vie, c'est un boulot indescriptible sur lequel on commence enfin à lever les tabous. C'est une fin à plus ou moins neuf mois d'une grossesse qui ne se passe pas toujours (voir quasi jamais) sereinement et sans anicroche. Un moment où, aussi entourée soit-on par les soignant·e·s et son·sa partenaire, on se retrouve aussi seule face à la douleur.

Même la péridurale, cette invention merveilleuse à laquelle ont recours plus de 80 % des femmes et qui aide à atténuer radicalement le mal, n'épargne pas, pour nombreuses d'entre nous, les coups de poignard que représentent des contractions de plusieurs (longues) heures qui permettront à notre col de se dilater assez pour avoir droit au liquide anesthésiant.

Alors oui, on crie. Fort. Pendant que ce monsieur prend son café dans son salon mal insonorisé, on tente juste d'expulser deux à quatre kilos de petit·e humain·e de notre utérus puis vagin. Pardon de déranger. Pardon de faire du bruit. Pardon d'exister. Seulement mauvaise nouvelle pour lui : on ne va nulle part. On est là pour rester. Pour exister, pour faire du bruit et surtout : pour déranger. Accoucher pour certaines, et pas en silence. Et il serait grand temps de l'intégrer.