Plus de 700 contraventions distribuées en un an pour "outrage sexiste"

Plus de 700 contraventions distribuées en un an pour "outrage sexiste"
Plus de 700 contraventions distribuées en un an pour "outrage sexiste"
713 amendes ont été contractées depuis cette disposition de la loi Schiappa, adoptée le 3 août 2018. Un constat "insuffisant" pour plusieurs organisations et collectifs féministes.
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713, c'est le bilan des contraventions attribuées par les forces de l'ordre pour "outrage sexiste", depuis la mise en vigueur, il y a tout juste un an, de cette disposition de la loi Schiappa souhaitant renforcer la lutte contre les violences sexuelles et sexistes.

Celle-ci pénalise "propos ou comportements à connotation sexuelle ou sexiste" lorsqu'ils sont "dégradants, humiliants, intimidants, hostiles ou offensants". Des amendes pouvant aller de 90 à 1500 € lors de conséquences aggravantes (si la victime a moins de 15 ans, par exemple), distribuées lors de flagrant délit - et dont le chiffre ne donne qu'un aperçu minime de la situation. Car si on se réfère au rapport du Haut Conseil à l'Egalité, 100% des utilisatrices des transports en commun ont déjà été victimes de harcèlement sexiste et sexuel au moins une fois au cours de leur vie. Couplé au nombre de situations que l'on peut aisément imaginer dans la rue ou autres lieux publics, 713 semble d'un coup très peu.

C'est notamment ce que reprochent plusieurs militantes, dont Anaïs Bourdet, de Paye Ta Shnek. Interrogée par l'AFP, elle explique qu'il "ne faudrait pas que le chiffre des verbalisations devienne le chiffre officiel servant à quantifier le phénomène". Elle déplore également le coup de "communication" gouvernementale que représente selon elle ce texte, et le fait qu'il ne s'applique que lorsque les agresseurs sont pris sur le fait : "même si les harceleurs ne sont pas très intelligents, ils ne vont pas agir devant un agent de police !".

"Une avancée symbolique" loin d'être suffisante

Pour Ynaée Benaben, fondatrice de l'association En avant toutes, cette loi n'est tout bonnement pas "suffisante". Lors d'un entretien avec Franceinfo, elle aussi estime que le chiffre est trop peu représentatif de la réalité. Elle considère ainsi la loi davantage comme "une avancée symbolique" que comme un vrai recours. "C'est un outil parmi d'autres pour lutter contre les violences faites aux femmes", accorde-t-elle. "Après, ce n'est pas suffisant. Le harcèlement sexiste est une représentation des rapports de pouvoir qui existent aujourd'hui entre les femmes et les hommes. Pour pouvoir les modifier, pour pouvoir changer profondément les comportements sexistes, il faut aller plus loin que ça."

La prévention serait l'une des clés majeures pour que cela cesse, affirme l'activiste. Les interventions au sein des établissements scolaires restent donc essentielles, mais pas uniquement. "Il est nécessaire que ce soit déployé à très grande échelle sur l'ensemble du territoire, pour que tout le monde ait un espace de réflexion sur les comportements sexistes, sur les inégalités dans l'espace public et dans les sphères privées".

Autre domaine à améliorer : l'accueil des femmes harcelées ou agressées auprès des policier·es et des agent·es de sécurité. Jusqu'à présent, lorsqu'elles portent plainte ou rapportent un cas, "on leur demande si elles avaient bu ou comment elles étaient habillées, ou bien on leur dit que ce n'est pas grave, qu'elles vont s'en remettre", assure Julie Peigné, militante, à l'AFP. Certes, grâce à cette loi, l'impunité n'est plus totale, et c'est encourageant. Mais force est de constater que les moyens mis en place par le gouvernement peinent encore à mettre à mal ce fléau, que les femmes subissent toujours au quotidien.