Impayés, harcèlement : des mannequins portent plainte contre leur agence

Le mannequin Vanessa Perron, une des plaignantes
Le mannequin Vanessa Perron, une des plaignantes
Salaires qui ne viennent jamais ou imputés de 70% pour des frais fictifs ou gonflés, harcèlement sur leur poids ou flicage de leur vie privée, une plainte déposée à New York révèle les coulisses du métier de mannequin.
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C'est un événement dans le monde très feutré des coulisses de la mode. Dans une action de groupe, plusieurs mannequins attaquent en justice leurs agences de mannequinat parmi lesquelles Major Model Management, Wilhelmina, Next, MC2 Models, Clicks et la célèbre Elite. Tous ces top-models ont travaillé pour des marques comme L'Oreal, J.Crew, Macy's ou Neiman Marcus.

La plainte a été déposée à la Cour Suprême de New York. Elle vise à recouvrir les impayés de salaires et les dommages causés par les pratiques de ces agences dans les années 2000. Dans le texte obtenu par le DailyMail.com publié dans un article du 30 juillet qui cite la plainte, il est écrit : "Il n'y a rien de beau dans la façon dont l'industrie du mannequinat à New York traite ses mannequins. Les accusés - certaines des agences de mannequinat les plus grandes et les plus puissantes de la ville et du monde - ont systématiquement tiré parti des modèles qu'ils prétendent représenter en détournant illégalement des millions de dollars de la plus-value des modèles vers eux-mêmes."

Des salaires amputés de frais imaginaires


Il était interdit aux mannequins sous contrat de négocier directement avec les clients de leur rétribution. "Les accusés ont également négocié avec les clients et ont accepté que certains de leurs top-models soient payés "en nature", c'est-à-dire par le biais de vêtements, d'accessoires ou d'autres marchandises, plutôt qu'en monnaie, pour certaines affectations, généralement des défilés de mode." explique la plainte. Parfois, les plaignant•e•s n'ont jamais rien reçu.

Des frais indus auraient également étaient déduis sur les cachets des mannequins, parfois jusqu'à 70% du total, pour des colis, le coût des photos test ou du book, sans que jamais les agences ne produisent de factures. Les mannequins supposent aussi que ces frais aient été gonflés artificiellement.

Une des plaignantes, Vanessa Perron, raconte par exemple que pour un shooting en Australie, son agence, Next, lui a assuré que son vol serait remboursé par le magazine une fois le travail terminé. Lors du versement de son salaire, elle a remarqué que l'agence avait déduit le prix du billet, elle n'a jamais été remboursée.

Une autre, Marcelle Almonte, raconte comment son agence MC2 Models l'a fait vivre à neuf dans un appartement de deux chambres à Miami pour 1850 dollars par mois chacune alors que l'appartement ne valait que 3300 dollars en entier selon les prix du marché.


Un contrôle abusif de l'apparence des modèles

Dans la plainte, plusieurs des mannequins signalent que leurs agences les ont obligé·e·s à perdre du poids, à faire plus d'exercice physique ou à aller voir un dermatologue ou un·e chirurgien·ne esthétique. Dans la plainte, Vanessa Perron raconte qu'on lui a proposé de l'aider pour trouver une clinique et qu'on l'a encouragé à "avoir une opération pour rendre ses cuisses plus fines, avec des instructions pour qu'elle perde du poids, change ses cheveux, s'habille différemment et fasse plus d'exercice."


Le DailyMail cite également l'histoire d'Eleni Tzimas, racontée dans la plainte. En contrat avec l'agence Elite Models pendant sept ans jusqu'en 2005, tout était fait pour contrôler son poids : "Elite exigeait de Tzimas et d'autres modèles à être photographiés en maillot de bain plusieurs fois par an pour qu'Elite puisse contrôler leur poids et leur silhouette." Elle raconte aussi comment son agence lui a demandé d'assister à plusieurs soirées New Yorkaise à cause de la présence de plusieurs personnalités dont Donald Trump.

Le contrôle de la vie privée des mannequins

Les agences auraient aussi, selon les plaintes, voulu contrôler les vies des mannequins, leurs demandant de venir régulièrement pointer à l'agence, parfois deux fois par jour, en plus de leur emploi du temps. Elles et ils devaient également préciser leurs lieux de vacances à leur agence, s'ils avaient un rendez-vous chez le·la médecin ou quelle personne ils ou elles voyaient pour le déjeuner.

Melissa Baker, en contrat avec l'agence Click, s'est vu payer 3000 dollars pour un shooting avec L'Oréal. Il était alors précisé dans son contrat que si la photo était utilisée dans une campagne publicitaire, elle serait mieux rémunérée. Elle n'a appris que plusieurs années plus tard que sont image avait été utilisée à son insu et sans rétribution. Elle raconte aussi que son agence l'a encouragé à se séparer de son petit copain militaire pour qu'elle puisse sortir avec une célébrité ou un athlète professionnel.

Cette plainte au tribunal de New York rappelle que le monde de la mode peut être sans foi ni loi.