Submergée d'appels, une association contre le harcèlement sexuel au travail ferme sa hotline

Submergée d'appels, une association contre le harcèlement sexuel au travail ferme sa hotline
Submergée d'appels, une association contre le harcèlement sexuel au travail ferme sa hotline
Ce mercredi 31 janvier, l'Association européenne contre les violences faites aux femmes au travail a annoncé mettre en pause sa hotline téléphonique. Submergée d'appels et faute de moyens suffisants, elle estime ne plus être en mesure d'"assurer la défense des victimes".
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Coup dur pour les femmes victimes de harcèlement sexuel dans le cadre professionnel. Ce mercredi 31 janvier, l'Association européenne contre les violences faites aux femmes au travail (AVFT) a annoncé par communiqué qu'elle suspendait temporairement sa ligne téléphonique.

Submergée d'appels et faute de moyens financiers suffisantes, l'association – la seule dédiée aux violences sexistes et sexuelles au travail – a annoncée qu'elle n'était plus en mesure de faire face à toutes les sollicitations et d'assurer correctement la défense des femmes qui la contactaient.

"Submergée par un flot ininterrompu de saisines des femmes victimes de violences sexuelles au travail mais aussi de professionnelles à la recherche d'informations, l'AVFT n'est plus en mesure de répondre à tout le monde et d'assurer son travail de défense de nouvelles victimes", a fait savoir Marylin Baldeck, déléguée générale de l'association.

Entre 2015 et 2017, le nombre de saisines faites auprès de l'AVFT a doublé. L'affaire Baupin en 2016 et surtout l'affaire Weinstein au dernier trimestre 2017 ont entraîné un surcroît de travail pour l'association, spécialisée dans le conseil et l'accompagnement juridique des femmes victimes de violences sur leur lieu de travail. Entre octobre et décembre 2017, 223 femmes ont ainsi saisi l'AVFT. "Il faudrait une année entière pour tout faire", explique Marylin Baldeck, "mais à condition de clôturer les dossiers ouverts les années précédentes, de ne plus en ouvrir d'autres, de ne pas répondre aux 85 saisines par des tiers, aux 97 saisines hors champ de compétences de l'AVFT (...)".

Le manque de moyens financiers en ligne de mire

L'association, qui emploie cinq salariées, dont l'une en CDD jusqu'en novembre 2018 s'est dit "au bout du rouleau" dans un entretien accordé à LCI. En cause : la charge de travail immense, couplée avec un manque de moyens financiers. "Trois mois" après l'affaire Weinstein et "après la grandissante mise à l'agenda médiatique de la question du harcèlement sexuel au travail", "alors que l'AVFT fonctionne sans augmentation de subventions et donc d'effectifs depuis 13 ans, il n'est pas difficile de comprendre que notre situation est absolument intenable", souligne le communiqué.

Amère, l'association rappelle que le 25 novembre dernier, lors de la Journée internationale dédiée à la lutte contre les violences faites aux femmes, le président de la République Emmanuel Macron avait affirmé que l'égalité femmes-hommes était la grande cause de son quinquennat. Et que, de ce fait, "la lutte contre le harcèlement sexuel au travail était inscrite au titre des priorités de l'inspection du travail". Or, aucun "moyen supplémentaire" n'a été accordé justement aux associations qui ont fait de la lutte contre le harcèlement sexuel leur principale mission.

Pour poursuivre ses missions, l'AVFT demande " une augmentation substantielle de ses ressources financières " ainsi que le renforcement "des moyens et compétences de tous les acteurs concernés par la lutte contre les violences sexuelles au travail, particulièrement les acteurs publics".

Mais pour le moment, cela ne semble pas être à l'ordre du jour. Contacté par la journaliste Anaïs Condomines de LCI, le cabinet de Marlène Schiappa a rappelé que l'AVFT bénéficiait d'une subvention de 705 000 euros sur trois ans. Renouvelée en 2017, cette subvention s'est élevée à 235 000 euros l'an dernier. Aucune augmentation n'est cependant prévue "à cette heure", a déclaré l'entourage de la secrétaire d'État chargée de l'Égalité entre les femmes et les hommes. Pour Marylin Baldeck, ce refus d'octroyer les subventions nécessaires au bon fonctionnement de l'association est "symptomatique du fossé abyssal qui sépare les besoins des victimes de la réponse de l'État".