Des joueurs de cricket sponsorisés par des protections périodiques en Inde ? C'est historique

Le cricket, sport national... et militant ?
Le cricket, sport national... et militant ?
"C'est un vrai changement pour toutes celles qui connaissent l'Inde tradi, l'oppression et l'isolement des femmes pendant leurs règles". En Inde, une équipe de cricket affiche en cette rentrée un nouveau sponsor : une marque de protections périodiques. On applaudit.
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"C'est une lutte contre la précarité menstruelle, la stigmatisation et l'ignorance". Sur les réseaux sociaux, on se réjouit déjà d'une salutaire initiative : celle des Rajasthan Royals, l'équipe de cricket professionnelle du nord-ouest de l'Inde. En cette rentrée, les joueurs de la Premier League indienne traînent derrière leur maillot un sponsor bien spécifique : Niine. A savoir, une marque de protections périodiques. Des serviettes hygiéniques qui accompagnent le sport le plus populaire du pays ? Cela paraît anodin, mais c'est exceptionnel.

Rappelons quelques vérités pour vous donner une petite idée de la chose. En Inde, moins de 12 % des citoyennes ont accès à des protections hygiéniques, comme nous l'affirme le documentaire (oscarisé) Les règles de notre liberté. 23% des filles arrêtent les cours après leurs premières menstruations. 8 femmes sur 10 souffriraient de précarité menstruelle au sein du pays. 71% des jeunes femmes indiennes ne seraient même pas au courant de l'existence des règles jusqu'à leurs premiers cycles, rappelle l'Unicef. Taboues, les menstruations génèrent non-seulement des non-dits, mais des situations systématiques d'humiliation.

Début 2020, les responsables du Sahjanand Girls Institute, un établissement scolaire pour filles de l'ouest de l'Inde, forçaient leurs 68 jeunes étudiantes à se déshabiller pour voir si elles avaient ou non leurs règles. Comme si cette diabolisation était institutionnelle. Évoquer Niine, ce n'est donc pas seulement bénéficier d'un nouveau sponsor, mais bel et bien "sortir les règles de l'ombre", se réjouit le journal britannique The Guardian.

Une évolution discrète mais notable, et ce quelques semaines après l'initiative remarquable de la boîte indienne Zomato : proposer à ses employées un congé menstruel annuel. Vers une essentielle évolution des mentalités ?

Une première historique

On l'espère. Le président exécutif des Rajasthan Royals, Ranjit Barthakur, aussi. Le PDG aimerait que ce parrainage "apporte un réel changement" au sein de la société indienne, a-t-il déclaré publiquement. Pour appuyer ses dires, des chiffres : l'an dernier, la "Premier League" de cricket indienne a attiré 462 millions de téléspectatrices et téléspectateurs, excusez du peu. On peut donc penser que le nom de "Niine" inscrit sur le dos des joueurs ne passera pas inaperçu, aux yeux des fans de cricket comme de l'opinion publique. D'autant plus que c'est la toute première fois qu'une marque de serviettes hygiéniques sponsorise une équipe sportive indienne, toutes pratiques incluses.

"C'est un vrai changement pour toutes celles qui connaissent l'Inde traditionnelle, l'oppression et l'isolement des femmes pendant leurs menstruations", se réjouit à l'unisson l'initiative britannique WHY, consacrée à l'éducation et à la santé des personnes défavorisées de Delhi. Pour l'association, c'est "un énorme pas en avant, d'autant plus que la publicité lors des compétitions de cricket est regardée par des millions de personnes". Une démarche pas simplement symbolique, donc.

Fondatrice de Menstrupedia, encyclopédie en ligne inculquant aux jeunes filles tout ce qu'elles doivent savoir sur leurs règles (et en bandes dessinées), Aditi Gupta exprime elle aussi son enthousiasme dans les pages du Guardian : "C'est incroyable ! Quand j'étais petite, la diffusion des publicités pour les serviettes hygiéniques n'était même pas autorisée à la télé, pendant les heures de grande écoute", témoigne-t-elle. Et la créatrice d'ajouter : "D'ailleurs, lorsqu'une publicité pour des serviettes hygiéniques était diffusée à la télé, ma famille avait l'habitude de changer de chaîne. C'est dire à quel point c'était tabou".

Un tabou loin d'être tout à fait déconstruit encore. Mais pour Aditi Gupta, ce sponsor est déjà un premier pas vers une tâche plus conséquente : "combattre la stigmatisation". Et épicer le milieu sportif d'un brin de militantisme.