IVG : le président des gynécologues de France s'enfonce sur la clause de conscience

Bertrand de Rochambeau sur Public Sénat
Bertrand de Rochambeau sur Public Sénat
Le président du Syndicat national des Gynécologues Obstétriciens Français a enfoncé le clou. Bertrand de Rochambeau a insinué ce lundi (1er octobre) sur la chaîne Public Sénat que les docteur·esses qui seraient obligé·es de réaliser des IVG, "maltraiteraient" les femmes. Des propos qui ne passent pas.
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Une nouvelle fois, le président du Syndicat National des Gynécologues Obstétriciens Français (Syngof) a eu des propos embarrassants. Sur l'antenne de la chaîne Public Sénat, pendant l'émission Sénat 360 lundi 1er octobre, il a déclaré : "Je suis parfaitement en accord avec le raisonnement de madame Schiappa. Les médecins qui seraient contraints, parce qu'on n'admettrait pas leur clause de conscience, ont un grand risque de maltraiter les patientes qui à l'inverse ont besoin d'être aidées."

En face de lui, deux femmes plus qu'étonnées par ces propos : l'ancienne ministres des Droits des femmes Laurence Rossignol, aujourd'hui sénatrice socialiste de l'Oise et Madeline Da Silva, militante féministe du Groupe F et maire-adjointe à la petite enfance de la ville des Lilas.

La phrase de Bertrand de Rochambeau a fait immédiatement réagir Laurence Rossignol : "Ça veut dire que vos confrères et vos consoeurs pourraient maltraiter des patientes ? C'est assez terrible comme aveu."

Il répond alors : "Cela mettrait de côté les médecins qui ne se sentent pas d'attaque pour faire ça." Interloquée, Madeline Da Silva lui rétorque : "Si un médecin ne se sent pas d'attaque pour faire une IVG qui est aujourd'hui un droit en France, il n'est pas gynécologue."

La clause de conscience, "un outil pour les anti-IVG"

Madeline Da Silva continue plus loin dans l'émission Sénat 360 : "Je trouve ça extrêmement interrogeant qu'on prenne comme acquis le fait qu'un médecin pourrait maltraiter une femme parce qu'il ne serait pas d'accord pour faire une interruption volontaire de grossesse. Aujourd'hui, le problème, on va le regarder dans l'autre sens : les femmes doivent avoir droit à cette interruption volontaire de grossesse sans prérequis, sans justification, sans moralisation, parce que la violence, elle est bien là."

Elle ajoute : "Un médecin qui devient gynécologue ou une sage-femme qui peut pratiquer un IVG médicamenteuse le sait quand elle commence ses études. Donc le choix, il doit s'opérer à ce moment-là. On ne peut ne pas retirer cette clause de conscience pour que les médecins ne maltraitent pas les femmes, c'est juste un aveu qui me fait froid dans le dos."

Laurence Rossignol enfonce le clou. Pour elle, la clause de conscience est un outil pour les anti-IVG qui auraient compris que la loi sur l'avortement ne serait pas abrogée, pour faire avancer leurs idées au détriment des droits des femmes. Cette clause est pour elle un "dispositif d'empêchement". Suivant ce raisonnement, le groupe socialiste au Sénat, dont elle fait partie, a proposé une loi pour abroger la clause de conscience.

Madeline Da Silva considère cette clause de conscience comme une "moralisation de l'IVG". Cela "met en danger la vie des femmes". Pour elle, c'est une "violence faite aux femmes". Ce qui gênerait les praticien·nes qui font appel à leur clause de conscience, "c'est l'idée même qu'une femme avorte."

Des réactions outrées aux propos de Bertrand de Rochambeau

Suite à cette nouvelle polémique, les réactions ne se sont pas fait attendre. Laurence Rossignol et Madeline Da Silva sont revenue sur les propos de Bertrand de Rochambeau sur Twitter après l'émission.

Des personnalités connues des milieux militants se sont également exprimées comme Marie-Hélène Lahaye, autrice du livre Accouchement : les femmes méritent mieux, Anaïs Leleux du Groupe F, mais aussi des professionnelles comme Clara de Bort, directrice d'hôpital, ou le docteur Martin Winckler, toutes et tous engagé·es contre les violences gynécologiques.

Le docteur Bertrand de Rochambeau avait déjà déclaré ne plus réaliser d'IVG dans l'émission Quotidien sur TMC le 11 septembre dernier : "Nous ne sommes pas là pour retirer des vies."

Le SYNGOF avait alors vite réagi en déclarant que la position de Bertrand de Rochambeau sur la clause de conscience ne représentait pas celle de l'ensemble des gynécologues obstétricien·nes réuni·es dans ce syndicat.

Vendredi 28 septembre, à l'occasion de la journée mondiale du droit à l'avortement, dans un communiqué, le SYNGOF a réitéré son soutien à Bertrand de Rochambeau : "Le Conseil d'administration du SYNGOF [...] a renouvelé sa confiance à son président le Dr Bertrand de Rochambeau. Il le remercie de son engagement à défendre tous les gynécologues et gynécologues obstétriciens qui s'engagent pour un égal accès à des soins de qualité pour les femmes en toutes circonstances."