Menaces de viol, montages hyper sexualisants, insultes sexistes, menaces de mort également pour couronner le tout, Marlène Schiappa libère la parole sur les violences misogynes dont elle est victime régulièrement en ligne. Edifiant. Et cela devrait malheureusement faire écho au vécu de bien des femmes.
Sur la Toile, le nombre de femmes victimes de harcèlement est accablant. Malgré les prises de conscience, la sensibilisation, les mobilisations féministes, les chiffres ne faiblissent pas. Ce n'est ni la montée du masculinisme ni le culte de la virilité et du virilisme en ligne qui vont venir adoucir cette réalité insidieuse.
Voilà ce que fustige justement Marlène Schiappa dans son tout dernier livre, enquête sur les menaces dont font l'objet la moitié de la population en raison de leur genre. Marlène Schiappa elle-même est constamment critiquée et jugée, depuis des années.
L'ex ministre de l'égalité pose pour Playboy ? Elle est insultée et considérée comme "indigne". Elle porte des tenues trop décolletées à l'Assemblée nationale ? Les mêmes noms d'oiseaux rétrogrades fusent. Récemment, elle apparaissait lors d'un salon de femmes entrepreneuses et, pour le simple fait d'être enceinte et de porter une tenue large, se voyait qualifiée "d'éléphant", source d'insultes grossophobes très décomplexées, et de "cachalot". Une misogynie en bonne et due forme.
Justement, c'en est trop pour la femme politique, qui a enfin décidé de libérer la parole. On l'écoute ?
Marlène Schiappa explique à franceinfo que suite à l'intervention au sujet de son livre, elle sera forcément ciblée par les misogynes. Dénudée l'espace de photomontages obscènes, insultée, traitée de tous les noms, au gré de contenus à la fois menaçants et hyper sexualisants. Dégradants en somme.
"Les femmes sont toujours sexualisées en ligne par les harceleurs, on fait régulièrement des photomontages de ma personne, où on me dénude, il y aura après cette intervention des commentaires à mon encontre comme : Oh, je la baiserai bien, ou : Non, elle est horrible. Il y aura clairement des fake de moi dénudée"
La femme politique poursuit sur le même ton, tristement lucide malheureusement. Cela sent le vécu, une certaine expérience féminine qui est plus collective qu'individuelle.
“Après chaque émission, on trouve toujours les mêmes commentaires : sur le physique, des menaces de viol, de mort, des photomontages, parfois générés par l’IA. Je peux vous les prédire à l’avance.” dénonce-t-elle aujourd'hui à franceinfo.
Ce que raconte Marlène Schiappa témoigne d'un certain air du temps. Sur certains réseaux qui viennent naturellement en tête, il est évident que le sexisme est plus qu'autorisé : banalisé et érigé en "liberté d'expression", pour mieux euphémiser les discours de haine. Car la misogynie est un discours de haine, et une culture de la violence.
Voilà pourquoi Marlène Schiappa, à l'instar d'une Marion Séclin par le passé, décidé désormais d'ouvrir la voix et de dénoncer ces violences systémiques, qui vont de la culture du viol au harcèlement de rue, en passant par les attaques groupées en ligne envers les militantes féministes.
Marion Séclin, cyber harcelée massivement elle aussi, déclarait ceci lors d'un Ted X mémorable : "Ce n'est pas moi contre 40 000 personnes, c'est moi contre une personne plus une personne, plus une personne... J'ai pas le temps, ni l'énergie ni les moyens de porter plainte contre 40 000 pseudonymes. Vous avez déjà porté plainte contre quelqu'un ? Vous connaissez les démarches administratives pour porter plainte contre quelqu'un en France ? C'est très long contre une personne. Donc imaginez 40 000 personnes. Bon et puis j'ai pas envie de porter plainte contre X. C'est pas X qui me harcèle, ce sont de vrais gens."