"La Déferlante", la superbe revue qui fait résonner les révolutions féministes

La Déferlante, la nouvelle revue trimestrielle qui fait résonner les luttes féministes.
La Déferlante, la nouvelle revue trimestrielle qui fait résonner les luttes féministes.
Misandrie, écoféminisme, révolutions chiliennes, sexisme et pop culture... Ce sont mille et uns horizons de réflexion que propose le superbe premier numéro de la revue "La Déferlante", en plus d'une savoureuse rencontre Annie Ernaux/Céline Sciamma.
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C'est une revue dont l'intitulé sonne comme une vague qui rugit - non, pas les fameuses "vagues" du coronavirus, mais une vague révolutionnaire et revigorante. Magazine trimestriel abondamment illustré, La Déferlante débarque dans les librairies ce 4 mars 2021. Et compte bien "donner des outils pour penser le quotidien hors des représentations patriarcales et des stéréotypes de genre", comme l'indique son site.

Que trouve-t-on donc au fil des 150 pages de ce premier numéro ? Une rencontre des plus stimulantes entre l'autrice Annie Ernaux et la cinéaste Céline Sciamma, déjà. L'occasion de parler romanesque, #MeToo, Adèle Haenel et autres jeunes filles en feu. Mais aussi, un portrait de Françoise d'Eaubonne, pionnière de la théorie écoféministe avec son manifeste Le féminisme ou la mort (1974), par l'autrice Elise Thiébaut, qui a d'ailleurs consacré à cette grande penseuse un livre essentiel (L'amazone verte, aux éditions Charleston).

Tout aussi enthousiasmants, les larges focus entrepris sur l'appropriation de la misandrie, le traitement par la justice (et les médias) des violeurs, la perduration des clichés sexistes au sein des séries animées... Et ce entre deux coups de rétro sur les fondamentaux du féminisme. La philosophe Manon Garcia, autrice de l'essai On ne naît pas soumise, on le devient, revient ainsi sur la phrase-choc de Simone de Beauvoir : "On ne naît pas femme, on le devient".

Un sacré programme.

Un "mook" engagé et stimulant

La Déferlante concilie en un tout limpide, coloré et sororal enquêtes journalistiques et qualités littéraires, sur fond d'interrogations politiques qui pulsent. D'un article à l'autre de ce "mook" (publication hybride, entre magazine, revue et livre), on y évoque autant la culture du viol que l'on y valorise le matrimoine, cet héritage des grandes figures féminines encore trop peu visibilisé.

Comme une évocation de cette pluralité d'images et de visions du monde, ce premier numéro arbore un sous-titre éloquent : "Naître". Ses instigatrices, Marie Barbier, Lucie Geffroy, Emmanuelle Josse et Marion Pillas, développent leurs intentions dans l'édito : "Tous les trois mois, nous vous proposons de prendre le temps de lire pour entendre la complexité et le foisonnement du monde autrement que par les réseaux sociaux". Un challenge salutaire.

Revue sans publicité, La Déferlante dépend de ses lecteurs et lectrices, avec l'abonnement (possible ici) comme coeur du modèle économique. Si la lecture qu'elle propose valorise le temps long, il y a dans ses choix éditoriaux une mise en avant évidente de l'action - un agir immédiat, collectif, intellectuel et physique. "La Déferlante ne se place pas au-dessus de la mêlée, elle prend parti", insistent ainsi ses instigatrices l'espace d'un manifeste.

Une mobilisation qui, entre deux gros plans sur les révolutions chiliennes (le mouvement Las Tesis) et l'essayiste afroféministe Audre Lorde, s'exprime à travers les mots de la réalisatrice Céline Sciamma : "Il y a l'échelle de nos vies individuelles et celles de nos luttes collectives. Alors oui, on va lutter toute notre vie, mais nous serons riches de ces luttes, qui engagent la totalité de nous-mêmes. C'est ce que je trouve appétissant pour le futur".

La déferlante, revue trimestrielle
Mars 2021, 19 euros.