7 figures lesbiennes qui ont révolutionné le monde

Monique Wittig.
Monique Wittig.
Avec le second tome coloré et punchy de "40 LGBT+ qui ont changé le monde", l'auteur et dessinateur Florent Manelli délivre une ode aux figures militantes d'hier et d'aujourd'hui. Un panorama stimulant d'où émerge le fameux "génie lesbien" vanté par Alice Coffin.
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Après un premier tome tout aussi pop et pêchu, l'auteur et illustrateur Florent Manelli revient avec le second opus de sa saga militante 40 LGBT+ qui ont changé le monde. Au fil des pages ? Des portraits d'icônes gay, lesbiennes, transgenres, qui n'ont pas hésité à élever leurs voix pour mieux bousculer les lignes. D'un chapitre à l'autre, on croise ainsi les visages familiers du cinéaste espagnol Pedro Almodovar, de la drag queen américaine RuPaul ou encore du Britannique Alan Turing, pionnier de l'informatique homosexuel au destin tragique.

Mais bien d'autres noms résonnent encore à nos oreilles. La pionnière des gender studies Judith Butler, la bien-nommée Divine, drag queen et perfomeuse trash iconique du cinéma underground de John Waters, l'acteur·ice non-binaire Jacob Tobia (Transparent)... Et aussi des incarnations de ce que l'élue écologiste au Conseil de Paris et activiste Alice Coffin intitule "le génie lesbien". Des figures lesbiennes inspirantes et transgressives qui mettent à mal un système patriarcal bien décidé à minorer leurs voix. Raison de plus pour les faire résonner.

Voici sept trajectoires de vie saisissantes.

Lynda Baumann (1982)

Une voix jeune et inspirante.
Une voix jeune et inspirante.

L'auteur Florent Manelli admire son activisme "infatigable et déterminé". On pourrait aussi vanter sa fibre solidaire (elle a été bénévole pour la Croix-Rouge) et sa conscience prononcée des problématiques intersectionnelles (au coeur de l'organisation Namibia Diverse Women, à laquelle elle se consacre). Figure discrète de l'engagement, Linda Baumann milite en faveur des droits des personnes LGBTQ là où elles sont invisibilisées : en Namibie notamment.

Car dans le sud-ouest de l'Afrique, nous rappelle ce précieux opus, les rapports homosexuels sont jugés contre-nature. Une loi a officialisé depuis 1927 leur interdiction pure et simple. C'est dire si les mobilisations contre les "phobies" banalisées importent. Comme la marche des fiertés, initiée il y a trois ans de cela par Linda Baumann herself, au sein de la capitale du pays. Ou la Coalition des Lesbiennes Africaines, dont elle est la co-instigatrice.

Ce réseau féministe panafricaniste a pour but de garantir "la liberté, la justice et l'autonomie corporelle pour toutes les femmes sur le continent africain et au-delà", nous dit-on. C'est à ces fins salutaires que se bat Baumann depuis près de deux décennies. Sans flancher.

Monique Wittig (1935-2003)

Une parole de référence.
Une parole de référence.

Doit-on encore présenter Monique Wittig ? L'autrice de La pensée straight, et de cette phrase que ne cessent de rappeler les militantes d'aujourd'hui : "Les lesbiennes ne sont pas des femmes". Les pensées cinglantes de la romancière française ne semblent pas avoir pris une ride, de ses décryptages critiques (sur le "corps lesbien" et l'hétéronormativité) à ses multiples prises de position publiques tout aussi "radicales", comme on dit.

Parmi elles ? La co-fondation du Mouvement de libération des femmes, MLF qui fête en cette année 2020 son demi-siècle d'existence, sa mobilisation au sein du groupe activiste Les Gouines rouges, ou encore ses cours consacrés au genre outre-Atlantique - la France n'étant pas forcément friande de "pensée lesbienne" émancipée, encore moins de "génie lesbien". Eloquente, Monique Wittig disait, ou plutôt écrivait : "Nous devons détruire les sexes en tant que réalités sociologiques si nous voulons commencer à exister".

Un exercice de déconstruction encore d'actualité.

Barbara Gittings (1932-2007)

Une figure éloquente.
Une figure éloquente.

"Fermer les yeux sur les violences LGBTphobes ne protège personne et surtout pas les personnes concernées. Oser regarder ces violences est un premier pas vers le changement", nous assure l'auteur Florent Manelli. Et ce n'est pas l'évocation d'un nom comme celui de Barbara Gittings que le contredira.

Coordinatrice au sein de la Gay Task Force of the American Library Association, participante à de nombreuses mobilisations des années cinquante aux années 70 (comme la première Marche des fiertés new-yorkaise en 1970), rédactrice en cheffe de The Ladder, premier magazine lesbien mensuel des Etats-Unis... Le CV de cette grande dame est long comme le bras.

En 1955 déjà, Barbara Gittings revendiquait fièrement son militantisme, au sein d'une Amérique loin d'honorer les paroles des personnalités lesbiennes. N'en déplaisent aux esprits réacs d'une société qui semble autant tenir à son hétérosexualité normative qu'à son racisme ambiant. Deux décennies plus tard, la leadeure cassait définitivement les tabous en luttant pour que l'homosexualité ne soit plus considérée comme une "maladie mentale" aux Etats-Unis. Une véritable avant-gardiste.

Audre Lorde (1934-1992)

Un nom majeur de l'afroféminisme.
Un nom majeur de l'afroféminisme.

"Si la théorie féministe américaine blanche n'éprouve pas le besoin de traiter des différences entre femmes, alors que faites-vous du fait que les femmes qui nettoient vos maisons et qui s'occupent de vos enfants pendant que vous participez à des conférences sur la théorie féministe sont, pour la plupart, des femmes de couleur ?".

Cette réplique punchy n'émane pas de n'importe qui : on la doit à la grande Audre Lorde, essayiste et poétesse afro-américaine et autrice d'ouvrages de référence pour qui s'intéresse à la pensée féministe. Féminisme dont elle n'hésitait pas à tacler la facette "mainstream", étroitement lié aux regards blancs, hétéros et bourgeois. A l'inverse, les écrits de Lorde dénoncent aussi bien les discriminations racistes et les violences policières que le système capitaliste. Oui, des thématiques qui, hélas, sont encore au goût du jour...

Une oeuvre à redécouvrir pour comprendre l'importance du féminisme intersectionnel.

Nancy Cárdenas (1934-1994)

Actrice, autrice, activiste.
Actrice, autrice, activiste.

El Frente de Liberacion Homosexual, Ser Humana... Des décennies durant, Nancy Cardenas s'est engagée dans la création de nombreuses associations, aussi bien consacrées au respect des personnes homosexuelles dans son Mexique natal qu'aux victimes du Sida. Si le grand public connaît davantage sa carrière d'actrice et de metteuse en scène, au théâtre comme au cinéma, cette dramaturge et journaliste - mais aussi traductrice - décédée d'un cancer du sein à l'âge de 59 ans était avant tout une figure activiste majeure au sein de son pays.

Figure et plus encore pionnière, en première ligne lors de l'organisation de la toute première Marche des fiertés mexicaine par exemple, à la fin des années 70. Au devant des caméras également, quand il s'agissait d'évoquer sur les plateaux sa condition de femme lesbienne. Bref, une parole minoritaire et polyphonique, à la fois artistique et politique, qui n'hésitait pas à prendre la Une au nom de celles que l'on écoute pas.

Fabianna Bonne (1988)

Un parcours que nous fait découvrir Florent Manelli.
Un parcours que nous fait découvrir Florent Manelli.

"Si la peur de la mort, de la solitude, de l'isolement, du rejet ou de toute forme de violence peuvent guider nos luttes, c'est surtout la lumière d'un chemin plus heureux et l'espoir que les choses changent qui les nourrit", écrit encore l'auteur du livre Florent Manelli. Cet espoir-là, Fabianna Bonne l'incarne en partie. C'est aux Seychelles que la militante co-fonde l'association LGBTI Sey (en compagnie de sa consoeur Ronny Arnephy), réaction à une homophobie et transphobie tenace qui envahit volontiers îles et archipels.

"Quand je luttais lorsque j'étais jeune, je n'avais nulle part où me tourner, mais maintenant les gens ont vraiment un endroit où aller", déclarera-t-elle à ce propos. Assurer un "safe space" aux minorités stigmatisées, une initiative salutaire dans des régions volontiers isolées.

Au gré de ses luttes, Fabianna Bonne sera violemment insultée et menacée. Mais du milieu associatif aux réseaux sociaux, l'activiste n'en démord pas et poursuit sa mobilisation.

Ellen Page (1987)

L'icône d'une nouvelle génération.
L'icône d'une nouvelle génération.

Il semble loin le temps où Ellen Page n'était qu'un espoir du cinéma américain, crevant l'écran dans la comédie douce-amère Juno. Aujourd'hui, aux côtés d'Emma Watson et Kristen Stewart, l'actrice fait partie de ces jeunes voix qui n'hésitent pas à revendiquer leur engagement féministe. En 2014, elle faisait son coming out face à une assistance admirative lors de l'événement "Time to Thrive" ("Il est temps de briller").

Deux ans plus tard, la star d'Inception lançait sur la chaîne Vice la websérie à succès Gaycation, escale déployant au gré des pays un état des lieux volontiers critique de la prise en considération des personnes homosexuelles, lesbiennes, transgenres. Sa lutte actuelle ? Se battre encore et toujours pour le respect des personnes LGBTQ, et notamment leur visibilité au sein d'une industrie hollywoodienne encore loin d'avoir dépassé sa légendaire frilosité.

On l'applaudit, et on l'admire.

40 LGBT+ qui ont changé le monde, par Florent Manelli.
Editions Lapin, 220 p.