Le harcèlement dans les transports parisiens vus de l'étranger, c'est pas joli joli

Le harcèlement dans les transports parisiens vus de l'étranger, c'est pas joli-joli
Le harcèlement dans les transports parisiens vus de l'étranger, c'est pas joli-joli
Le harcèlement dans les transports en commun est-il un fléau typiquement français ? Alors que le gouvernement a présenté le 9 juillet un plan national pour lutter contre les comportements sexistes, une journaliste anglaise du "Telegraph" ayant vécu à Paris revient sur les déboires qu'elle a rencontrés dans les transports de la capitale.
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Les mains baladeuses, les sifflements concupiscents, les regards lubriques et les "compliments" parfois obscènes susurrés à l'oreille alors qu'on attend le train, qu'on est assise dans le métro ou qu'on s'apprête à descendre du bus sont monnaie courante à Paris. Pire : selon un rapport du Haut Conseil à l'Égalité femmes-hommes (HCE/fh) paru au mois d'avril, 100% des utilisatrices des transports ont été victimes au moins une fois dans leur vie de harcèlement sexiste ou d'agressions sexuelles, qu'elles en soient conscientes ou non. Parmi ces victimes de harcèlement dans les transports, 50% ont moins de 18 ans.


À défaut d'être nouveau, ce phénomène écrasant du harcèlement dans les transports en commun semble enfin être entré dans le débat public. Le 9 juillet dernier, sous l'impulsion du HCE/fh, mais aussi d'associations féministes (Stop harcèlement de rue, Osez le féminisme !...), la secrétaire d'État chargée des Droits des femmes Pascale Boistard a présenté 12 propositions concrètes pour lutter contre le harcèlement dans les transports en commun.

"Je me sentais anxieuse et en danger pratiquement à chaque fois que je quittais la maison"

L'initiative, saluée en France, a aussi été bien accueillie de l'autre côté de la Manche où le phénomène du harcèlement de rue semble bien moins important. Journaliste au journal britannique The Telegraph, Sarah Graham a vécu quelques mois en France lorsqu'elle était encore étudiante. Dans les colonnes du quotidien, elle revient sur le sentiment d'insécurité permanent qui l'habitait lorsqu'elle devait utiliser les transports.


"Il y a cinq ans, j'ai passé quelques mois dans la capitale française dans le cadre de mon diplôme universitaire. J'ai vite découvert que la réputation de Paris comme la capitale mondiale du romantisme – vous pensez certainement aux cadenas sur les ponts et aux promenades au clair de lune – n'est pas tout la réalité. Essayez le harcèlement sexuel à la place", écrit Sarah Graham.


Expliquant que les femmes londoniennes ne sont pas épargnées par les sifflets et les remarques sexistes, la journaliste estime cependant que "la fréquence écrasante des agressions à Paris va bien au-delà de ce qu'[elle] a pu vivre en Angleterre".


Sarah Graham raconte ensuite que ce sentiment d'insécurité permanent l'a poussée à développer "son arsenal de sécurité", comme de marcher son trousseau de clés à la main, "prête à attaquer", ou bien d'envoyer des textos à un ami "à intervalles réguliers tout au long de [son] voyage de retour".


"Après plusieurs mois, je me sentais anxieuse et en danger pratiquement à chaque fois que je quittais la maison. C'est très déprimant de devoir décliner une invitation à une soirée ou de refuser des jobs en horaires décalés et bien payés car ils impliquent de voyager tard le soir."


Accueillant le plan national du gouvernement français avec satisfaction, Sarah Graham rappelle qu'une initiative similaire a été mise en place dans le tube londonien pour lutter contre le harcèlement sexuel dans les transports. Intitulée "Report it Stop It", cette campagne de sensibilisation incite les femmes de Londres à utiliser le texto pour dénoncer les faits de harcèlement subis ou constatés dans le métro. Car dans la capitale britannique aussi, les femmes restent la cible des comportements sexistes. Selon un récent sondage mené auprès des usagers du métro de Londres, 10% des passagères été victimes harcèlement sexuel durant leur trajet.