Ligue du LOL : c'est quoi et quelles conséquences pour les harceleurs ?

Illustration Ligue du Lol
Illustration Ligue du Lol
Depuis vendredi (8 février) a éclaté l'affaire de la Ligue du Lol. Mais quel est ce groupe de journalistes et communicants accusé aujourd'hui de cyber-harcèlement et qu'a-t-il fait ? Quelles sont aujourd'hui les conséquences pour les protagonistes ?
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La Ligue du LOL est un groupe Facebook privé créé en 2009 par celui qui est aujourd'hui journaliste à Libération, Vincent Glad. Les membres de ce "club" étaient à l'époque considérés comme les journalistes à la mode de la place de Paris.

Mais selon les différents témoignages recueillis par Checknews de Libération dans son article publié le 8 février, depuis ce groupe Facebook, composé d'une trentaine de personnes, s'organisait sous couvert de l'humour, des raids numériques et le harcèlement ciblé de nombreuses personnes sur Twitter notamment. Ce groupe composé essentiellement d'hommes a été très actif jusqu'en 2012.

En plus de raids numériques envers des journalistes femmes, des militantes féministes, mais également des personnes LGBT, les participants actifs de la Ligue du LOL ont également fait, entre autres, des photos montages dénigrant leurs "cibles", leur ont fait des canulars téléphoniques, les publiant ensuite en ligne afin de se moquer d'elles publiquement, et sont allées jusqu'à les menacer physiquement dans la vraie vie.

Pourquoi cela ressort aujourd'hui ?

Mardi dernier, le journaliste du magazine en ligne Slate Thomas Messias tweete : "Il est beau le journaliste modèle qui joue les exemples après s'être bien amusé au sein de meutes de harceleurs de féministes. Il est beau."

Sous ce tweet en date du 5 février, de nombreuses femmes, certaines journalistes, demandent des noms.


Plus tard, le journaliste de Libération Alexandre Hervaud, qui faisait partie de cette Ligue du LOL, lui répond :

Toujours le 5 février, la journaliste Aïcha Kottmann répond à Alexandre Hervaud et évoque la mystérieuse Ligue du LOL avec ces messages :

Vendredi 8 février, la rubrique CheckNews de Libération, qui répond habituellement aux questions que les internautes se posent sur l'actualité, et qui démonte les fausses informations, a répondu à une question : "La Ligue du LOL a-t-elle existé ?"

L'article interroge de nombreux protagonistes de cette "Ligue" comme Vincent Glad, Henry Michel, Alexandre Hervaud et Stephen Des Aulnois, tous journalistes.

Sont également mis en cause, David Doucet, aujourd'hui rédacteur en chef des Inrocks, Christophe Caron, aujourd'hui rédacteur en chef de Slate ou Olivier Tesquet, journaliste à Télérama, Renaud Loubert-Aledo travaillant chez Publicis ou Guillaume Livolsi.

Libération a également donné la parole aux victimes comme la journaliste et traductrice Nora Bouazzouni, la militante de Gras Politique Daria Marx ou l'autrice du blog Crêpes Georgette. Nora Bouazzouni raconte : "Ces mecs-là faisaient peur à beaucoup de gens. Beaucoup de filles étaient terrifiées par ces gens, avaient peur de les dénoncer."

A la suite de cet article, de nombreuses personnes ayant été harcelées par cette Ligue du LOL ont témoigné sur les réseaux sociaux.

Tous ces témoignages, de jeunes journalistes ou de blogueur·ses à l'époque évoquent la même chose : le cyber-harcèlement et la perte de confiance en soi totale qui les a conduit à se taire afin d'éviter les répercussions sur leur carrière.

Des personnes qui parfois ont abandonné l'idée d'être journaliste à cause de ce harcèlement.

Plusieurs victimes ont osé témoigner de leur vécu, notamment la journaliste scientifique Florence Porcel, victime d'un canular téléphonique (dont le rédacteur en chef des Inrocks David Doucet reconnaîtra être l'auteur).

Mélanie Wanga, co-fondatrice de la newsletter Quoi de meuf et du podcast Le Tchip, a elle aussi expliqué le harcèlement dont elle avait été la victime : "La Ligue du LOL, c'est ce qui m'a poussée à quitter cette appli en 2013. C'est quoi ? A l'époque, une team de fringants journalistes qui s'adonnaient au harcèlement comme à un sport, avec pour cibles des féministes, des personnes LGBTQ et racisées."

Nadia Daam, journaliste qui avait quitté Twitter à la suite d'une vague de cyber-harcélement organisé depuis le site Jeuxvidéo.com, a rouvert son compte pour parler de cette Ligue du LOL et expliqué la différence avec son cas personnel :

Une autre des victimes, Matthias Jambon-Puillet, raconte son calvaire dans un article sur Medium. Il raconte : "J'ai pleuré, j'ai tremblé, j'ai vomi, j'ai demandé de l'aide, à mes managers, à mes amis, à d'autres victimes, et ce texte ne parle qu'en mon nom, n'est qu'un ajout parmi d'autre."

Les excuses de la "Ligue"

Plusieurs des mis en cause ont tweeté des excuses ce week-end, comme Vincent Glad, Renaud Aledo, Alexandre Hervaud, Baptiste Fluzin, Guillhem Malissen, Sylvain Paley, Davis Doucet.

Pourtant, ça n'est pourtant pas la première fois que cette Ligue du LOL est dénoncée. En 2010 déjà, des victimes avaient voulu faire parvenir une lettre aux différentes rédactions qui employaient les membres de la Ligue afin qu'elles prennent des mesures. Lettre qui avait était interceptée par des protagonistes de la bande.

Quelles sont les conséquences ?

Depuis ce lundi matin (11 février), plusieurs protagonistes de la Ligue du LOL ont déjà vu les conséquences de ce week-end de révélations.

Le premier, Alexandre Hervaud, rédacteur en chef de la rédaction web de Libération, a été mis à pieds par son journal "à titre conservatoire ". Une enquête va être menée en interne.

En milieu de journée, on a également appris la mise à pied de Vincent Glad, créateur de la Ligue du LOL, lui aussi journaliste à Libération. Il est également en charge de la rubrique "Page président" du site Brain, site qui a annoncé le suspendre de cette fonction.

Stephen des Aulnois a fait savoir par le biais d'un tweet qu'il se "retirait du poste de rédacteur en chef du Tag Parfait".

En début d'après-midi, l'entreprise de podcast Nouvelles Ecoutes, studio produisant les podcasts La Poudre et Quoi de meuf, ont "pris la décision de mettre fin, avec effet immédiat, à [leur] collaborations avec Guilhem Malissem" à la tête du podcast Bouffons.

Selon le journaliste de Libération Jérôme Lefilliâtre, David Doucet, rédacteur en chef des Inrock "a été mis à pied à titre conservatoire. Une procédure de licenciement pour faute grave a été engagée."

Des journalistes femmes ayant du subir les conséquences professionnelles de cette bande de copains, pour la plupart issus de l'école de journalisme ESJ de Lille, leur demande aujourd'hui via le hashtag #RendsLargent, de payer pour les conséquences de leurs actes. L'une des victimes, Florence Porcel, demande par exemple que ces hommes démissionnent et poussent pour des candidatures de leur consoeurs journalistes.